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L’amour indifférent

T’es en couple depuis quelques années, Tom. Assez pour dire que Florence et toi vous formez un vieux couple.

Un vieux couple avec ses habitudes, ses hauts et ses bas, ses différences et sa complicité.

Le genre de vieux couple confortable. Le genre de couple que certains envient.

Confortable, oui. Comme un vieux pyjama. Celui que tu traines depuis ton adolescence, dont le tissu est élimé de partout, comme devenu trop grand et plus doux par les nombreux passages dans la laveuse, sur le tapis du sous-sol. Celui qui garde les traces de chips au BBQ sur les cuisses à force de l’avoir trop mis les samedis soirs devant les films d’horreur loués au Club Vidéotron.

Votre couple y’est rendu de même, Tom. Confortable comme un vieux pyjama.

Et entre toi pis moi, Tom – on peut se le permettre, depuis le temps – j’y crois plus.

Ça ne te va pas le vieux pyjama.

Ça te va plus, en fait.

Parce qu’entre nous deux, juste entre nous deux, on sait que tu as déjà essayé autre chose, d’autres filles, d’autres pyjamas avant de revenir dans ta zone de confort.

J’me souviens, entre nous deux, juste entre nous deux, que tu t’étais donné plein d’excuses qui, au bout du compte, devaient te donner bonne conscience.

J’imagine même qu’à certain moment, tu t’es convaincu, t’en es venu à croire que ces excuses-là que tu te donnais, pour justifier la peine que tu y faisais, c’était LA chose à faire. LA seule voie de sortie.

Parce que tu l’aimais, mais tu ne te voyais pas passer ta vie avec elle. Parce que… pourquoi s’impliquer si c’était pour finir? Parce qu’elle devait déménager dans quelques années pour un poste à Montréal, alors que toi, tu avais le tiens, steady, icitte, à Québec. Parce que tu n’en voulais pas d’une relation à distance. Parce que, depuis quelque temps, y’avait cette autre fille-là, qui elle, pourrait te faire voir autre chose, te faire ressentir d’autre chose que ta blonde, ta même bonne-et-vieille blonde.

Une nouvelle bouche pour des pipes, Tom, c’était ça? Ou c’était plus profond? J’veux juste que tu y penses.

Tu l’as planté là, Tom. Tu l’as laissée après un brunch qui n’en finissait plus de finir, qui s’est éternisé pendant des heures, pendant plusieurs larmes jusqu’à ce qu’elle reparte chez elle, épuisée, faute de mieux.

Tu m’as textée « Je viens de rompre avec Florence. T’es où? »

J’ai jamais ben ben aimé Florence. J’ai toujours trouvé que vous manquiez d’affinités. Mais on cherche pas l’amour comme l’amitié. Elle a un beau cul, je le concède. Je trouvais que tu étais avec elle parce que tu manquais de confiance en toi, Tom. Qu’elle n’était pas trop exigeante comme fille, pas trop prenante, ce qui te laissait l’impression d’être indépendant. By the way, on l’sait tous les deux que tu l’es pas, Tom. Enfin.

Florence me plaisait moyennement, mais ce n’était pas avec moi qu’elle sortait.

Pendant quelques semaines, c’est comme si y’avait pas eu de changement. Des actualités de ta vie, sans Florence, c’est tout. Elle avait disparu de tes histoires, de tes soupers, de tes sorties, mais tout était comme en place, en état.

Ce qui est étrange, tu le conçois comme moi.

Pendant quelques semaines, tu t’es mis à passer des soirées avec elle, l’autre fille.

Avec qui? Avec une fille, là. Ben c’est qui, je la connais? Non. Marie-Claude qu’elle s’appelle.

J’suis allé aux quilles, pis / AH! Aux quilles! Sans moi? / Ben j’étais avec du monde que tu connais pas / Qui? / Emma, tu sais comment t’es avec du monde que tu connais pas / Oui, pis je veux quand même savoir c’est qui, même s’ils me font chier! / Les amies d’amis de ma sœur / Marie-Claude? / Oui / Ben dis-le!

Tu n’en parlais pas.

Jusqu’à ce que tu reviennes en couple avec Florence, au cours d’un brunch larmoyant, post-rupture, un mois et demi plus tard, où tu lui as remis les clés de ton appartement de banlieue avec stationnement déneigé dans cours arrière.

Depuis, c’est comme si y’avait pas de changement. Comme si Marie-Claude avait jamais existé. Les actualités de ta vie, avec ou sans Florence, c’est tout. Elle est réapparue dans tes histoires, tes soupers, tes sorties. La seule différence, c’est que certains soirs, quand on sort avec Marie-Claude, tu préfères soudainement écouter un film avec Florence.

Ces soirs-là, j’y crois plus, moi, à votre vieux couple qu’on envie dans les soupers parce que ça fait longtemps qu’y sont ensemble.

J’trouve juste ça cheap de laisser et de reprendre Florence, en quelques deux mois. Même si cette fille-là me laisse indifférente, j’pense qu’elle mérite mieux. Mieux que de s’en servir pour s’essuyer les doigts de poudre de chips BBQ. C’tune image, là, mais elle mérite mieux. Comme la vérité par exemple.

Pis toi, tu mérites plus que l’amour que vous avez, Florence et toi, Tom. Même si le Love Calculator dit qu’à 98 % a relationship between Florence and Tom has a very good chance of being successful… et je te dis ça parce que je t’aime bien, Tom. Mais avec ou sans Florence, y’avait pas de changement. Y’aura toujours des actualités l’fun dans ta vie. Florence, ça a jamais été un gros titre.

Me semble juste que tu mérites un amour qui te laissera pas indifférent. Un amour fou. Qui te rendra jamais assez indifférent pour laisser une fille, lui briser le cœur et tenter de repatcher les morceaux parce que t’as pas les couilles de rester seul.

Essaye-toi, au moins. Ça te donnera quelques gros titres de plus et un vieux pyjama en moins. Au pire, j’ai des films d’horreur du Club Vidéotron et des chips pour les mauvaises soirées.

Source

 

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