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Un héritage, ce n’est pas des chiffres jouxtés à un signe de dollar

Dans l’histoire de l’humanité – et je pèse mes mots -, jamais l’enjeu de l’héritage n’aura été aussi complexe, aussi incompris et, malheureusement, aussi bafoué. Un héritage, ce n’est pas des chiffres jouxtés à un signe de dollar. Se faire héritier implique une ouverture face aux valeurs de nos aînés, une reconnaissance de la dignité de ceux-ci et, aussi, une curiosité à leur égard. Or, entre l’époque de mes grands-parents et la mienne, dans ce laps de deux générations, jamais le monde n’aura évolué aussi rapidement, rendant les rapports intergénérationnels presque loufoques.

Mon grand-père paternel est devenu marin à l’âge de 13 ans. 13 ans! Si je me fie à mes souvenirs, il me semble ne l’avoir jamais vu devant un écran d’ordinateur de ma vie. Ses mains usées, imposantes et fortes, savaient faire n’importe quel nœud et renverser ma poigne lors des joutes de tire au poignet, et cela même lorsque j’étais adolescent. Sa femme, ma grand-mère, a tenu durant de longues années un petit magasin général au sous-sol de la maison familiale, située dans le petit et charmant village de Portneuf. Ces mains, en plus d’être le prolongement de sa douceur si caractéristique, savaient coudre et rapiécer n’importe quel vêtement, peindre des marines ahurissantes et cuisiner des plats aussi chaleureux que pouvait l’être sa personnalité.

Ils sont partis depuis peu, me laissant le souvenir indélébile de leur amour inconditionnel. Ils sont néanmoins partis sans que je ne recueille leur héritage. Je ne sais pas peinturer, je ne sais faire aucun nœud, je ne sais pas coudre, je ne sais manier aucun des outils que mon grand-père a entassé dans son atelier du sous-sol.

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Mais, me diront certains, à quoi bon? Le monde a évolué, pourquoi cet intérêt pour le passé? Pour répondre à ces questions, il faut se rappeler une chose. Cette chose, c’est l’embarras de savoir qui nous sommes réellement, quel choix faire dans la vie, et de retrouver un sens à notre vie. À cet embarras, l’héritage de nos aînés peut constituer un point de repère. Il n’est pas ici question de s’entêter à refuser le progrès, mais plutôt de reconnaître que chaque individu appartient à une lignée et à un peuple, que nous ne sommes qu’un petit maillon dans ces ensembles qui nous dépassent. Se soustraire à cette facette de notre vie, c’est lui enlever du sens, nécessairement.

Mes grands-parents maternels sont toujours en vie. Toute leur vie, ils ont travaillé une terre qui, de génération en génération, a été la source de subsistance de notre famille. Mon grand-père est un modèle d’autonomie, de vigueur et d’endurance. Je ne serai jamais un cultivateur. Ma vie s’est trop éloignée de la sienne. Toutefois, une opportunité de reprendre la cabane à sucre familiale s’offre à moi. Mon grand-père s’approche des 90 ans. Il ne me reste plus beaucoup de temps, mais j’ai l’occasion d’apprendre quelque chose de lui, de m’enraciner un peu plus profondément dans ma famille, de tisser un lien entre mon futur et mon passé. Il y a quelque chose en moi qui dit que c’est la bonne voie.

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Je me souviens! Notre passé nous fait peur. Nous, Québécois, avons sclérosé notre passé en l’enfermant dans les catégories de la religion, de l’obscurantisme, du malheur. C’est rapetissé notre passé. Et je termine sur cette suggestion. Peut-être que tout notre malaise identitaire d’aujourd’hui – malaise d’autant plus patent avec les débats actuels sur l’immigration – découle en fait de ce rejet de notre passé. Ce qui peut effrayer, c’est de voir des gens à l’identité forte, alors que la nôtre est fragile.

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