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Estelle & Lucille: la thérapie par la grand-mère – Par Joelle

Si tu n’aimes pas les filles derrière Estelle et Lucille avant même de les avoir rencontrées, il y a des questions à soulever. (Comme: peut-être que tu es un robot? Penses-y). Elles sont amies depuis toujours (nées le même jour, dans le même hôpital!) et rêvaient de travailler ensemble. C’est maintenant chose faite, parce qu’elles ont mis sur pied une entreprise qui fait fondre ton coeur comme du beurre au micro-ondes: Estelle & Lucille.

En gros, pour celles qui sont pas encore tombées en amour, Estelle & Lucille est une boutique en ligne qui vend des articles de tricot faits à la main. Là tu me demandes: FAITS À LA MAIN PAR QUI POUR L’AMOUR DU CIEL? C’est là que c’est intéressant…parce que tous les articles sont tricotés par des vraies grand-mamans! Et 25% du prix de vente va à la Société Alzheimer de Québec.

(Pis 25% du prix de vente là, ça veut dire 50% des profits. Et le reste sert à acheter la laine, faire des étiquettes, etc, etc. Personne se met riche avec ça, pas même les grand-mamans qui refusent d’être payées avec autre chose que de la laine et encore, y’en a qui veulent rien savoir pis qui donnent leur cachet pour l’Alzheimer.)

Dernière affaire avant de leur laisser la parole: là, vous vous dites qu’elles s’appellent Estelle et Lucille. FAUX! Estelle et Lucille, ce sont leurs grand-mamans, toutes deux décédées des suites de…je vous laisser deviner…l’Alzheimer.

Rencontre avec deux filles formidables, impliquées et…occupées!

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Sophie à gauche (avec le plus beau gilet à paillettes au monde) et Marianne, à droite, qui ressemble quand même à Amy Adams, on va se le dire.

Parlez-moi de vos grand-mamans. Une anecdote sur Estelle? Une histoire sur Lucille?

Marianne: Ma grand-mère Estelle était une « belle madame », une fidèle cliente du Holt Renfrew. Une femme forte, parce que son mari est mort quand elle était jeune et qu’elle a élevé mon père toute seule. Elle a fait de l’Alzheimer longtemps, je l’ai presque toujours connue comme ça…J’ai de super bons souvenirs avec elle, mais en même temps, j’ai vu son état se dégrader. L’autre jour, je regardais les cartes de Noël qu’elle m’a données, et au fil des ans, les messages sont plus courts, moins clairs aussi. C’est triste.

Sophie: Lucille est décédée en janvier 2013. Mon grand-père est jardinier et il a voulu la garder à la maison le plus longtemps possible, mais à un moment donné c’était trop intense. En même temps, elle a toujours été un peu mêlée, ça fait partie de sa personnalité. C’est pour ça que ça a été long avant de diagnostiquer sa maladie. Quand j’étais petite, elle nous pointait et disait: Jeanne-Sophie-Maude! Elle connaissait nos noms, à mes soeurs et moi, mais avait du mal à savoir laquelle j’étais!

Pourquoi le tricot, mais surtout, pourquoi cette volonté d’aider les autres? Trouvez-vous que c’est un peu rare que les gens de notre génération soient tournés vers les autres?

Sophie: On pense beaucoup à nous, c’est vrai. Alors donner de soi pour les autres, c’est plus rare, peut-être, mais c’est aussi très sain psychologiquement. On se dit que si ce qu’on fait peut aider d’autres gens de notre âge à adopter une cause, ce serait vraiment cool. Et on va pas se le cacher, ça nous fait du bien de passer du temps avec les grand-mères! On revient de là, pis on se sent automatiquement bien.

Marianne: C’est une forme de thérapie par la grand-mère! Pis faut quand même dire qu’au début, c’était pas une cause sociale, on voulait se partir un projet commun moi et Sophie. C’est après que ça a pris cette dimension-là, et c’est tant mieux.

Sophie: Parce que les recherches sont tellement avancées, pour vrai, ils pourraient trouver un remède très bientôt, alors c’est crucial de les aider à se financer. Un jour, peut-être même qu’on parlera de l’Alzheimer comme on parle du scorbut aujourd’hui!

(On éclate toutes de rire. Je dis à Sophie que c’est sûr que je mets cette citation dans mon article. Elle a peur d’avoir l’air niaiseuse. Je dis que ben non, évidemment, elle a juste l’air sympathique à mort.)

Comment recrutez-vous les grand-mamans? Je sais que vous avez une section sur votre site, mais avant de vous lancer, vous les avez trouvées comment?

Marianne: Ça c’est drôle! On a fait imprimer des affiches avec des numéros de téléphone dans les centres communautaires, les caisses pop, des résidences, etc…On voulait vraiment trouver nos grands-mères!

Sophie: La première journée qu’on a eu une grand-mère on capotait! Faut dire que ça les touche directement, parce qu’elles connaissent toutes quelqu’un qui a souffert de l’Alzheimer. Pour nous, c’est nos grand-mères, mais pour elles, c’est leurs amis, leurs frères et soeurs…Ça doit être encore plus bouleversant.

Avez-vous encore le temps de travailler? En dehors de votre entreprise mettons?

Marianne: Je travaille chez BCP Architecture à temps plein. Disons que je suis dans le jusSophie: Moi je suis styliste à mon compte. À deux, on essaie de se voir une fois semaine, mais on se verrait de toute façon. On parle de nos grands-mères devant un verre de vin!

Que répondez-vous à ceux qui disent que vos prix sont élevés?

Sophie: On comprend que c’est dispendieux. Éventuellement, on aura des produits moins chers parce qu’on a réussi à avoir de la laine grâce à un fournisseur. C’est sûr qu’un foulard en acrylique fait en Asie va être moins cher, mais il va durer moins longtemps. On essaie de proposer des modèles intemporels, indémodables, fait avec de la laine de haute qualité.

Marianne: Il faut calculer que c’est fait à la main, et qu’on tenait à ce qu’un gros montant du prix de vente aille à la Société de l’Alzheimer. Il peut y avoir 45-50 heures de travail dans un foulard, en plus d’une centaine de dollars pour la laine, alors au final, c’est du gros luxe. C’est de l’achat responsable, de l’écologie de consommation. On est là-dedans.

C’est quoi la suite pour Estelle et Lucille?

Sophie: Une collection en ligne début décembre, juste à temps pour Noël. Et on aimerait organiser des journées de tricot où chaque personne achète un paquet de laine et des aiguilles et apprend à tricoter (ou se perfectionne) avec nos grand-mères expertes!

(Euh? Count me in, je suis déjà sur la liste d’attente pour ces journées-là)

Pensez-vous qu’elles seraient contentes de savoir que vous faites ça?

Marianne: Oui, c’est sûr. Estelle serait vraiment contente si elle savait.

Est-ce qu’elle tricotait?

Marianne: Ben non, elle avait pas le temps!

Suivez-les sur: http://www.estelleetlucille.com

Et pour finir, comme je ne vous laisserais jamais une semaine sans rien faire de vos dix doigts, voici un lien vers un DIY que les filles d’Estelle et Lucille elles-mêmes ont qualifié de « vraiment cool » (je vous jure, ce sont leurs vrais mots)….un tapis qui fait de la lumière!

Vrai comme j’te parle!

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Paniquez-pas, le patron est pas en anglais au début, mais si tu descends sur la page…il est traduit! 😉 C’est ici !

joelle joelle

alexe1Alexe Raymond, réviseure, raymond.alexe@gmail.com

2 thoughts on “Estelle & Lucille: la thérapie par la grand-mère – Par Joelle

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