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Les menstrues – Par Jade

Ciao,

Cette semaine, j’écris aux crépues filles. Pis attachez votre tuque, parce que je vais commencer ça vite de même, pas de préludes, pas de préfaces, pas de précautions. Crépues gars et cœurs sensibles, s’abstenir.

Aujourd’hui, mes crep’, je fête le troisième mois-nniversaire de ma nouvelle relation avec mes menstruations. Comme écrirait mon amie Amé, quand elle veut reproduire le son qu’on fait quand on vit quelque chose de pénible : uhuh!

Pour vous dire ben franchement, j’sais pas comment prendre ça. J’en ai gros sur le cœur, mais surtout dans les culottes. Ça devrait être un jour heureux, pourtant : la célébration de l’éclosion de ma féminité, le passage symbolique de ma fertilité vers un monde nouveau, les louanges de ma fécondité. Pfff! J’ai rien que le goût de pleurer, la face dans le bol à punch (mais encore faudrait-il que je trouve le bol à punch).

L’affaire, c’est qu’avant le mois de septembre dernier, ça faisait deux ans que mon armée rouge s’était rangée. N’allez pas penser que c’est parce que mon utérus était fucké. Pantoute. C’est que je me contraceptisais avec du Dépo Provera. Une piqure pour les gouverner toutes (mes damnées hormones).

Pour votre information, le DP, c’est un progestatif qu’on se fait injecter une fois par trois mois pour nous épargner ET de se retrouver en cloque, ET d’être menstrue.

Entre le DP pis moi, c’était l’amour fou. Fou comme dans «ha ! Ce contraceptif me convient.» Moyennant quatre visites par année chez l’infirmière, et un mal de fesse d’une heure ou deux à chaque fois, parce que c’est là qu’on me piquait, j’avais renoué avec mes bobettes blanches, pis avec la poubelle de la salle de bain. Plus de mal de ventre, plus de magasinage de tampons, finito les SPM. Je savourais la vie sans craindre la semaine fatidique, et me contentais de conseiller mes amies in-ze-week en leur ventant les bienfaits de la coupe menstruelle, même si je l’avais jamais essayé.

Mais un jour, comme toute bonne chose a une fin, ma cousine médecin est venue se glisser entre DP pis moi. Son discours ressemblait à : « arrête de prendre ça tu suite, tu folle toé! Fais-toi prescrire un stérilet si tu penses que t’es du genre à oublier la pilule… pis prends donc un bain d’eau bénite tant qu’à y être ! Grouille!»

Évidemment, vous me connaissez, à la suite de ces doux propos, j’ai été prise d’une sorte d’anxiété notable. Ça fait que là, pour me rassurer, je suis allé sur des forums de filles qui prennent aussi le Dépo Prov. Haha! Catastrophe! Selon elles, mon heure allait bientôt sonner.

J’ai décidé d’arrêter de me contraceptiser. Sur le champ. De toute façon, les filles de Doctissimo disaient que ça prenait deux ans, après la dernière dose de DP, pour redevenir tel un agneau qu’on aurait égorgé. À part de ça, depuis peu, j’avais pu de chum. Pis même si j’en avais eu un! Le caractère de mon ex était un anticonceptionnel à lui tout seul.

Je me suis donc engagée sur les routes de la féminité au naturel avec l’innocence d’un film d’amour quétaine. Pleine de bonne foi, je suis même allée acheter une boîte de protège-dessous à la pharmacie, convaincue que j’en aurais pas besoin, mais juste au cas. J’ai pris les plus cutes, des extra minces pour tanga dans des petites pochettes bleues, pis roses, pis mauves. Mauve ! Lovely! J’ai passé le mois d’août sur les plages de Santa Barbara, en maillot de bain, avec le majeur de mon cœur élevé au-dessus des humeurs de mon appareil reproducteur.

En septembre, j’ai eu mal au ventre. Un mal de ventre bizarre, doublé d’une faiblesse générale, pis d’une envie de mettre mes moins beaux joggings. Un genre de mal de ventre qui descend jusque dans les jambes.

J’avais faim.

Ça fait que là, je suis descendue de ma chambre jusqu’à la cuisine, où j’ai pleuré dans les bras de mon coloc, qui se trouve aussi à être mon bro. Après ça, j’ai crié « Coup donc ! Y’a tu juste moi qui lave la vaisselle icitte ? Si tu pouvais au moins cleaner la salle de bain! Ben c’est ça, retourne dans ta chambre ! Laisse-moi seule avec l’appart! Maudit que je suis tannée!» Après ça, j’ai ris, en m’excusant, parce que je trouvais ça con d’avoir crié pour deux ou trois bols sales.

Finalement, je suis retournée à la pharmacie, pour acheter une coupe menstruelle, je suis revenue chez nous, j’ai fait un punch, pis j’ai célébré ma fertilité, la face dedans. Olé!

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