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Nos attentes de marde – Par Noémie Rousseau

Je me rappelle exactement de mon réveillon du jour l’An de 2013. Tout semblait parfait dans ma tête, j’avais pensé à cette scène mille fois et pratiqué mon discours dans mon bain aussi souvent que j’ai pu mettre l’album de Lana Del Rey sur repeat. Tout allait être parfait, j’allais lui avouer mes sentiments juste avant les trois coups de minuit et ensuite il me déclarerait les siens, j’aurais la larme à l’œil, puis nous nous embrasserions dans la folie d’une nouvelle année, sous le chaos des gens qui célèbrent, enterrés par la musique des festivités. Ça, c’était dans ma tête évidemment, parce qu’en réalité, lui il n’a rien voulu savoir de moi, j’ai bu comme un trou et je suis partie vers chez moi à pied, en pleurant, les mains gelées jusqu’à ce qu’un camion de déneigement s’arrête à ma hauteur pour me reconduire, probablement par pitié. J’en ai profité pour raconter ma vie à l’étranger à bord, les joues noires de mascara, le cœur en mille morceaux, mon haleine d’Hoegaarden qui soufflait mon chagrin. On peut dire que j’usais de mon pathétisme à son maximum.  Entre trois-quatre mouchoirs, le gentil monsieur de la charrue qui m’écoutait me lamenter depuis au moins cinq feux rouges déjà, m’a sorti un truc du genre : « bla bla bla… On n’est jamais mieux déçu que par soi-même ». Fuck, c’est tellement vrai. Il avait raison, je m’étais totalement conçu une idée préfabriquée du déroulement de ma soirée, du scénario que j’appréhendais depuis des jours, DU moment parfait que j’avais choisi en silence dans ma tête, d’une attente faussement idéalisée qui m’avait amenée à croire que tout ce que j’avais prévu allait arriver.

EH bien NON, rien n’arrive exactement comme prévu, rien ne se déroule de la manière envisagée, rien ni personne ne peut nous donner ce que nous souhaitons secrètement, perchés là-haut, sur notre petit nuage rose que nous nous sommes construit paisiblement. À moins de jouer à Sims 4, c’est très improbable que tout dans la vie fonctionne exactement comme on l’avait supposé. La plupart du temps, il y a des imprévus, des empêchements, des complications, des changements de plan, tous causés par le hasard des circonstances de la vie, parce que oui, c’est ça la vie. Elle nous surprend autant qu’elle peut nous réserver quelques inconvénients qui foutent tout en l’air. N’empêche que, plus souvent qu’autrement, ce sont nous qui tissons, avec le fil de nos espérances démesurément trop grandes pour si peu parfois, le coussin de notre amertume, sur lequel nous nous endormons le soir, découragés.

En fait, le truc c’est d’arrêter de se faire des attentes trop hautes et précises pour ne plus être pris au dépourvu par la réalité qui peut nous sembler moins magique. Plus facile à dire qu’à faire n’est-ce pas?

Personnellement, j’ai essayé, très fort, pendant quelques jours et, sans même m’en apercevoir, ma vilaine habitude reprenait le contrôle de mon quotidien.

Ça peut paraître niaiseux, mais toutes les occasions sont bonnes pour s’étendre aisément dans le doux confort que l’imagination nous apporte lorsqu’on ouvre la porte à l’anticipation d’un événement, qu’il soit petit ou grand. Par exemple, une soirée qui s’annonce M-A-L-A-D-E avec des amis, une date (enfin!), un film au cinéma que j’attends depuis six mois ou un souper dans ce nouveau restaurant. C’est décevant quand je me dis que finalement je me suis fait choker par mes amis, que j’ai eu une date avec un gros innocent, que j’ai trouvé le film vraiment plate malgré les critiques et que la soupe tonkinoise qu’on m’avait recommandée n’était pas mangeable…

Moi, si je m’éparpillais dans mes pensées, dans mes attentes qui dépassent largement la fiction, parce que je ne le cacherai pas, j’ai l’imagination de Peter Pan sur le crack, je passerais ma vie dans un clip de Taylor Swift avec des beaux papillons pis les chatons des annonces de Cottonelle. Certes, c’est agréable comme image, mais faut pas s’imaginer que ça va nous arriver, pis ça, c’est plate à dire, mais y’en a un méchant paquet à qui il faudrait le rappeler, que ce soit en amour ou en amitié. Je dis trop souvent à voix haute « mais je pensais qu’elle le ferait » ou « j’aurais voulu qu’elle y pense » ou encore « je l’avais pas imaginé comme ça ». C’est décevant d’avoir mis tant d’énergie à se créer des attentes sur une personne qui n’a pas su être à la hauteur de nos exigences, en partie parce qu’elle ne le savait pas, et ce, par notre faute.

Ça fait que tranquillement pas vite, j’essaie de résister à l’envie de tout prévoir d’avance dans ma tête, de tout mettre beau, d’enjoliver mes projets et d’imposer mes exigences et mes attentes au monde entier parce qu’en fin de compte, c’est moi qui finis par être perdante dans l’histoire. Au lieu de tout ça, ma chère maman d’amour m’a conseillé d’avoir toujours un plan B, pour être moins déçue en cas d’imprévus. Bon… C’est certain qu’il y a des choses auxquelles on ne peut avoir de solution #2, je parle entre autres d’une date pourrie, parce que ouf, dans mon cas, juste en avoir une c’est un miracle (pathétisme à son maximum, level 1000)!

J’aurais aimé ça te donner des conseils sur comment arrêter de te faire des attentes inutilement, mais je suis pas encore rendue là, je m’excuse, mais de toute façon…

Tu t’attendais à quoi?

Hé! Hé! Hé! Bonne fin de semaine mes crépues 🙂

noemierousseaunoemier

alexeraymondAlexe Raymond, réviseure.

2 thoughts on “Nos attentes de marde – Par Noémie Rousseau

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