Menu

Allergie à la routine – Par Gaëlle

C’est un lundi comme les cent précédents. T’as mis ton cadran à 7 h 35. T’ouvres l’œil à 7 h 37. Tu déjeunes avec des Mini-Wheats givrés de cassonade, les mêmes depuis quelques semaines. C’est que Metro les met en spécial depuis un bout.

Après t’être peignée et mis du mascara, tu agrippes rapidement ton lunch qui consiste en des restants de la veille. Tu voles un bec subitement à ton compagnon parce que tu es déjà en retard pour te rendre à l’arrêt, celui où tu croises toujours les mêmes visages qui attendent eux aussi la bus de 8 h 23. Personne se sourit. Vous êtes pourtant tous familiers, d’une certaine façon.

Rendue au bureau, tu observes que Marie, la secrétaire, a les yeux plus rouges et bouffis qu’à l’habitude, sauf que là, tu es pressée. Tu lances un « bonjour » sincère, mais insouciant. Tu es pressée par tous les dossiers qui traînent sur ton bureau depuis trois jours.

Ton dîner, tu le passes dans ton bureau. Tu manges ton spag froid puisque la file pour les micro-ondes commence à twister tellement elle se fait longue.

La tête de retour dans les dossiers, tu te dis qu’il doit bientôt être 16 h, l’heure de quitter. 14 h 57. Damn.

Avant de partir, tu textes ta douce moitié pour une idée de souper. Tu t’attends à du génie : « Une pizz, ça serait bon. »

Repas acheté, tu retournes chez toi, fatiguée. La tournée FacebookInstagramSnapchat-Alouette commence. Tout d’un coup que tu aurais manqué un évènement primordial! Y’a Justine qui a un nouveau chien, Maxime qui va en vacances dans le sud et Jessica qui fête son anniversaire ce soir : « Venez, ça va être le party au bar! Je-serai-trop-saoule-pour-m’en-rappeler. »

Pizz au four. Le souper et la jasette passés, il se fait tard.

Tu remets ton cadran pour demain matin, en te disant que c’est le même manège qui recommence.

À un moment, ça te prend. Tu en as ras le bol de la routine. Ces journées où les heures passent plutôt lentement, pour ensuite former des semaines, puis des mois. Tu n’es pas malheureuse. C’est juste que ça manque d’artifices. Tu sais que ça fait partie de la game, la routine.

Sauf que pour une journée, t’essayes de pimenter ça un peu.

Lundi. Tu as mis ton cadran un p’tit 5 minutes d’avance, pour prendre le temps de « spooner » ton chéri comme il se doit. En voyant les Mini-Wheats dans ton garde-manger, tu te dis que c’est à matin que tu oses faire ton premier jus vert-santé-estampé-partout-sur-les-réseaux-sociaux.

Après t’être peignée et mis du mascara, tu essayes de te faire un cat eye. Mine de rien, tu le réussis bien. C’est joli, + 5 de confiance aujourd’hui. Tu donnes un bec volé. Tu cours à l’arrêt de bus. Tu souris à ces visages que tu vois si souvent. Ils te le rendent bien.

Rendue au bureau, Marie a les yeux bouffis et rouges. C’est pas dans son habitude. « Marie, es-tu correcte? » Elle te regarde avec des yeux reconnaissants, comme si le simple fait de demander arrangeait bien des choses. « Ma soirée d’hier était bof-bof, mettons. » Tu lui souhaites qu’aujourd’hui soit une meilleure journée qu’hier alors. Dans le fond, c’est ce qu’on espère tous.

Un peu découragée, tu vois les dossiers empilés sur ton bureau.

Tu t’apprêtais à passer ta pause dîner dans ton bureau sauf que tu meurs d’envie d’essayer le p’tit café au coin de la rue qui vient tout juste d’ouvrir. Tu invites une de tes collègues à qui tu n’as jamais vraiment parlé, mais qui a l’air ô combien sympathique. Elle accepte. Vous découvrez que vous adorez le même groupe de musique et partagez une haine pour les personnes au bureau qui se prennent pour d’autres.

Quelques heures plus tard, tu jettes un regard dans le coin de ton ordi. 14 h 57. Damn.

« Une pizz, ça serait bon. » Et puis non, tu lui cuisineras les pâtes au saumon fumé qu’il aime tant.

Enfin à la maison, un peu fatiguée, la tournée FacebookInstagram-chalalala s’enclenche. Cinq minutes passent. Tu t’en fous un peu du chien, de la fête et du voyage des autres. Tu fermes ton cellulaire pour la soirée.

Le souper, la jasette, il se fait tard.

C’est l’heure d’aller se coucher, mais il commence à faire beau dehors, style pu obligée de mettre 5 748 couches de coton ouaté pour être confortable. Tu lances à ton compagnon encore le ventre rempli de son plat favori : « Hey, si on allait prendre une bière au pub pas loin? »

La routine, ça peut être lourd parfois. Ça fatigue. Faut juste s’assurer qu’elle comporte son lot de plaisirs, comme une bonne gorgée de bière l’été.

gaellejoanie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre