Menu

Saint-Rochelieu, un quartier perdu – Par Cristina

17mai_cristina_photo_1

Québec, septembre 2017. À la suite d’un article du philanthrope et éthicien reconnu, Dr Jérôme De La Landry, qui a paru 28 mois auparavant, une ségrégation sociale entre quartiers s’est créée pour ne jamais en revenir. Ainsi, après une brillante thèse exposant les fins fonds du quartier Saint-Roch (ses origines, son histoire, ses actants, ses habitants, ses lieux), Landry a déposé une bombe dans le Journal de Québec, le journal qui le publiait alors. Landry fut, par la suite, rapidement appelé à devenir conférencier dans les plus hauts milieux intellectuels de la province, devint vigneron et sortit trois albums de coaching de vie. L’article mettait en lumière que le fait d’être sur la terrasse d’un restaurant à mâcher son hamburger à un coin de rue achalandé peut faire en sorte que si vous pouvez énumérer jusqu’à trois individus au quotidien des moins sobres ou hygiéniques le temps d’un repas, vous pouviez en faire une règle exponentielle et en bétonner de l’argument et en remuer de l’immuable vérité. Le temps de finir sa patate, Landry avait su extirper l’âme d’un bout de ville populeux comme on extrait un ver d’une pomme, comme on retire une épine du pied, comme on arrache une dent pourrie à un vieux bum pourri lui ‘si. Saint-Roch est un quartier de désuétude. Québec centre-ville est apocalyptico-tico. Cauchemar, peur et dégoût à l’as des grâces! Sombritude et déchéance. Stupre et fornication! Invasions de sauterelles et déluges.

Certes, l’élite intellectuelle rassemblant commerçants, jeunes entrepreneurs, professeurs, étudiants, artistes et actants de la culture qui ont le revitalisement urbain à cœur lui crachèrent à la gueule à l’unisson, à cet ancien « Que l’on continue! » de l’Opération Scorpion. Ce n’est pas un ancien de TQS qui nous traînera dans le grotesque, vociférèrent-ils alors sur les défunts sites Facebook et Twitter. Si tu me traites de pourri, m’en va te traiter de pourri aussi. Ainsi débutèrent les coups de griffes entre la banlieue et la ville.

« Vous êtes laids! »

« Non, c’est vous qui êtes laids! »

« Vous arrosez votre asphalte! », hurlèrent les uns.

« Vous vous piquez de l’héroïne dans le péteux! », vomirent les autres.

En quelques semaines, l’article a fait une véritable saignée. Les gens de toute vocation résidentielle s’envoyèrent se faire voir ailleurs et péter dans les fleurs. La déchéance promise arriva dans une dégentrification massive des quartiers. On voulut aller se terrer ailleurs, se débrancher des quartiers tachés de flèches. Les diplômés écologiques vendirent leur nouvelle maison à Beauport pour retourner se terrer en Haute-Ville. Les Cap-Rougiens annulèrent l’achat de leur condo alors en pleine construction en Basse-Ville. Le marché immobilier s’en prit plein la gueule. Les constructions cessèrent. Les commerces d’en haut et d’en bas fermèrent par peur d’être associés à une clique, de servir quelqu’un du clan ennemi. Krach boursier. Suicide poétique. Les bacs à recyclage en feu d’épuisement. Combustion spontanée des bornes-fontaines.

Hélas, l’avenir donna raison à Sieur Landry. Et puis, 28 mois plus tard, c’est non seulement le quartier Saint-Roch, ni même seulement la Ville de Québec qui sombra dans le misérable à plein cul, ce fut la province au complet. Les gens cessèrent de parler à leur famille. On cessa de porter des couleurs. On refusa de sortir de chez soi. On ferma nos téléphones. On se remit à avoir peur que le ciel nous tombe sur la tête. Et Landry, qui fut désigné comme l’instigateur d’une guerre intestine allumée sur un feu de bois sec, devint un prophète dont les lumières furent admirées et craintes à la fois, devant un peuple qui mangea sa rage sans jamais digérer quoi que ce soit.

cristina_2joanie

One thought on “Saint-Rochelieu, un quartier perdu – Par Cristina

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre