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Si j’avais un char – Par Jade

Tout a commencé quand j’avais 16 ans. C’était le bon temps. Le temps où c’était notre père qui nous apprenait à shifter. C’était aussi le temps où faire deux ou trois fois le tour du parking de l’épicerie signifiait qu’on était enfin prêts à prendre sauvagement la première sortie d’autoroute venue.

Je me souviens de la première voiture de mon amie Jessie. Un vieux et fidèle bazou gris, affectueusement nommé « beubé », le symbole même de la liberté d’aller virailler un peu partout et n’importe quand, sauf si « un peu partout et n’importe quand » rimait avec « traverser le parc des Laurentides la nuit ». Ça, on avait pas le droit. Trop dangereux! Les risques que le hood de Beubé french avec une aventureuse maman orignal étaient trop élevés, il parait.

Le premier char d’une gang d’amis, c’est sacré et faut dire que Beubé, on l’a sacralisé pour de vrai. Son volant est passé entre toutes les mains, sauf entre les miennes.

Bin oui, figurez-vous donc que j’ai jamais su conduire et c’est pas à défaut de pas avoir essayé. Je me souviens de mes cousins qui prenaient tout leur p’tit change de courage pour me passer le volant, mais qui finissaient toujours par le regretter. Quand je passais pas proche de foncer dans un quelconque bac à vidanges, je rasais tomber dans un ravin.

J’étais rapide et très dangereuse hihi.

Tout le monde a essayé de m’apprendre, mais faut croire que je suis une cause perdue. Chers Papa, Maman, matante, Ti-brin, Beaudine, Johnny, Miriam et tous mes ex, désolée.

Quand j’ai eu 22 ans, environ, j’ai même pris quelques cours de conduite. Un flop, tu dis? Troisième cours, tout au plus, je me suis mise à brailler dans la minoune d’un moniteur qui m’avait violemment engueulée parce que j’avais pas fait un stop pis je vous jure, j’ai pas la larme facile.

Savez-vous ce qu’il m’a dit, le maudit ? Il m’a dit : « T’sais, y’a du monde qui sont mieux de prendre l’autobus dans vie… GENRE COMME TOÉ! ». Je fus dévastée. J’ai abandonné mon rêve d’avoir une Éconoline pis un permis.

Oui! J’ai capitulé. Faut savoir quand s’arrêter, qu’ils disent! J’ai assumé que je serais pour toujours la pire conductrice de l’Amérique, tout de suite après la fille qui a voulu éviter une famille de bébé canards. À part de ça, je me suis toujours dit que le milieu carcéral était pas fait pour des filles comme moi. Je suis trop bum, je ferais peur à toute l’Unité 9. Bref! J’ai décidé, à défaut d’être une pilote hors pair, de devenir une co-pilote du tonnerre!

Ah, ha! « Forgée dans cette matière dont on fait les rebelles ou les anges ».

Ça fait que je me suis engagée sur les routes de la meilleure liftée qui soit et ce n’est pas chose facile en raison du caractère parasitique qui colle à ce statut de marde. Au fil du temps, j’ai même développé de nombreux trucs pour devenir une source de joie perpétuelle pour mon hôte mobile. Voici donc, mes doux crépus, une liste des meilleures pratiques pour passer de co-poche-conducteur (CPC) à co-cool-conducteur (CCC).

1. Avoir la fast-food attitude

Pour être un CCC, il faut définitivement avoir la fast-food attitude. Ça, ça veut dire que si ton lifteux a le goût de manger une poutine, il faut que tu le nourrisses et que tu saches faire des bonnes bouchées. Avec juste ce qu’il faut de fromage et de frites. Ni trop grandes, ni trop p’tites. Yo!

2. Money, money

Je vous en prie, ne soyez pas un de ces liftés cheap qui donnent pas une cenne pour un voyage du bar à chez eux, à trois heures du mat. Non, c’est non. Vous payez même pour prendre le bus, alors soyez compatissants. Un char, ça coûte cher de gaz pis de plaques et un 5 piastres, c’est même pas le prix d’une brique de P’tit Québec (à moins qu’il soit vraiment à rabais).

3. MC CCC

Les yeux du conducteur sont rivés sur la voie routière, mais ses oreilles partagent autant l’habitacle que les tiennes. Certaines études démontrent que la combinaison du stress de la conduite et d’un stimulus auditif dagobien augmente les risques d’accident provoquant le trépas. Armez-vous donc de votre meilleure playlist et ne laissez aucun silence inonder le temple mobile.

4. L’autoroute, c’est fait pour jouer

Sachez-le, si vous voulez être un bon CCC, il faut connaître un shitload de jeux de char. Laissez-vous aller! Jouez à des jeux simples et irréprochables par rapport au code criminel, du genre « pour dix piastres, licherais-tu une grenouille? » ou « si l’âme de ton père et le corps de ton chum étaient malheureusement échangés, avec qui coucherais-tu pour rétablir la situation? ».

5. No stool

S’il boit (de l’eau), toi aussi. S’il boit de l’eau de vie, tu boiras de l’eau de décès dans pas grand temps, parce que tu roules dans un cercueil mobile. Ne l’oublie jamais mon crep! La mort est peut-être là à attendre. Une auto, c’est utile, mais c’est crissement dangereux.

 LOVE!

jadesarah

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