Menu

Voyager : partir pesant pour revenir léger comme l’air – Par Emma

Voyager avec un grand V. Ce terme unique, son nombre illimité de définitions et ses grandes valeurs implorées. Admiré comme but à atteindre ou bien comme gain bien mérité, le voyage se veut pourtant très loin dans notre échelle de priorités. Rêve lointain et flou du futur, on ne cesse de faire des plans et d’imaginer un avenir où l’on s’offrira le cadeau d’une vie : voyager comme priorité.

e1

Tous se promènent de plus en plus pour découvrir de nouveaux horizons et apprendre que la vie ne se résume pas qu’à un petit noyau central. Plus loin nous allons, plus nous définissons de nouvelles valeurs basées sur une culture générale et globalisée plutôt qu’individuelle. Pourtant, cette vision n’est pas totalitaire. Les jeunes ne sont-ils pas individualistes de travailler si fort pour eux-mêmes et de peu partager afin de s’offrir de belles vacances à l’extérieur de leur ville natale, alors que même leurs parents n’ont pas les moyens de s’offrir ce luxe? Est-ce réellement égoïste que de vouloir entretenir son cheminement personnel, même si cela veut aussi dire quitter son emploi à temps partiel, mettre une pause aux études sans fin et dire au revoir à ses parents le temps de quelques mois?

e2

Pour moi comme pour tous les globetrotteurs, voyager veut dire aventure, découverte, passion, plaisir, expérience et jouissance. Mais voyager est aussi synonyme d’éducation.

e5

J’avais trois ans la première fois que j’ai pris l’avion : j’allais tout simplement dans un beach resort tout inclus. Seulement, ce beach resort, il n’avait pas plus de 3 étoiles et était bien plus isolé que le plus perdu des villages. Oh, et j’y allais avec ma maman, seules. Je me rappelle des poules qui couraient près de notre chambre, de la façon dont les locaux nous dévisageaient lorsqu’on essayait de communiquer aussi bien en anglais, qu’en espagnol, qu’en italien ou qu’en langage des signes pas encore maitrisé. Je me rappelle aussi des douches que j’ai prises, accroupie sur le sol à attendre impatiemment qu’une goutte beaucoup trop froide ruisselle sur moi, ou bien des nombreuses piqûres envahissant mes petites jambes d’enfant.

e6

Les semaines passées en Guadeloupe, à St-Martin, au Mexique, à Cuba, en République Dominicaine, en Grèce, au Costa Rica, en France, en Suisse, en Espagne, en Italie, à New York, à San Francisco et en Croatie m’ont littéralement changée; en commençant par mon autonomie et ma débrouillardise qui me permettent d’aller plus loin que les autres. Pas parce que je suis meilleure; seulement, moi, je me suis offert la chance d’apprendre.

e7

Quand, pour économiser, je décide d’éviter le shuttle bus pour voyager avec les locaux, que ça prend 14 heures au lieu de 4 et que je dois comprendre une langue inconnue, ou pas. Quand, enfin arrivée, je ne trouve pas l’auberge de jeunesse en question, et qu’en levant le pouce je finis par arriver au lieu en question, découvrant un dortoir où je suis accompagnée de quelques lézards et d’autres insectes appétissants. Quand je m’amuse à prendre un verre avec les gens de la place, tout en me sentant en sécurité. Quand je ne suis pas apeurée de faire des randonnées pédestres de plusieurs heures dans des montagnes infinies, et ce, seulement munie d’une carte et accompagnée d’un Australien. Quand tous ces défis deviennent plutôt ce qui rend mon voyage aussi merveilleux. Des phobies à surmonter, une sécurité à s’apporter, un logement à se trouver, un budget à respecter, un itinéraire à monter… tous ces défis, j’en raffolerai tant que je vivrai!

e8

La fluidité d’un itinéraire fixe n’appartient pas au monde des voyageurs. Au contraire, on court d’un bout du monde à l’autre, ce qui nous oblige enfin à porter attention à notre environnement et aux signes que nous lance notre corps. Chacun connaît cet état d’esprit : où le monde peut bien nous tomber sur la tête, mais nous nous relèverons, secoués d’aventures incroyables, mais encore plus impressionnés par ce que le monde possède en dedans. Chacun le sait et le recherche même, en ne décidant de réserver que quelques heures à l’avance, en cherchant dans des villes inconnues le seul marché qui existe, en décidant de se faire tatouer, afin que son esprit, transformé à jamais, coexiste avec son corps.

e9

J’ai longtemps voyagé, mais ça m’a pris un long moment avant de comprendre que voyager était pour moi une façon de prendre le dessus sur moi-même. Que la solitude pouvait facilement devenir une source de bonheur. Qu’en gardant contact avec Québec, j’admirais sa beauté avec une étrange satisfaction d’être confortable dans notre distance. Que finalement, j’avais l’entière possession des émotions qui m’habitent.

e10

J’ai longtemps voyagé, oui, et ça ne fait que quelques années que je le fais seule. Plus je m’enfonce dans un nouvel environnement riche de découvertes, plus j’ai une révélation devant le rire d’une jeune femme qui n’aurait rien vu auparavant. Chaque paysage, chaque château, chaque cathédrale, chaque tour de bateau, chaque coucher de soleil, chaque montagne, chaque poisson et chaque personne me font sourire du bonheur le plus profond que j’ai connu. Ce bonheur, je l’ai appelé amour : celui que je dévoue inlassablement à la découverte. Donc, moi, tant que je serai aussi amoureuse des routes déstabilisantes et de mon backpack rassurant, je continuerai à voyager seule et à jouir du cadeau que je me fais à moi-même : Voyager, avec un grand V.

emmamarie-claude

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2021. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre