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Déménagement : vie et mort – Par Cristina

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Comme toi, ma pinotte, pis comme 200 000 autres toi, je déménage. Ça tombe bien, c’est l’été. ‘Fait beau, ton boss t’a donné congé, le gros Chabot va t’aider avec son pick-up, t’as juste à caller une grosse all dressed pis à donner des Boréale mix pack à tes chums. Déménager, ou rester là, comme disait la Julien. Déménager, c’est une christie de fête. Attends, je te jure. Le changement, c’est toujours bon. La vie, c’est le mouvement. Mais partir, c’est mourir un peu.

Le 1er juillet, on se célèbre l’anniversaire canadien en grandes sueurs dans la raie des fesses, à transporter du poêle-frigidaire au 3e étage, à faire des criss de boîtes, à passer des couches de primer, à laver des armoires, à sacrer après les précédents locataires si ça sent le chat, à sacrer encore plus quand tu te rends compte qu’ils l’ont laissé là. Si t’es comme moi, t’as tendance à accumuler ben du stock : du papier, des objets, du linge, même des affaires qui seraient bonnes pour la scrap et que tu te mettais en projet de réparer quand tu aurais le temps. Là, une fois que t’as la face dedans et que tu vois la poussière qui s’est accumulée sur tes optimistes projets, t’as pas le choix de relativiser tes choix de vie.

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Le pot de peanuts en forme de tête de Mr Planters.

J’avais acheté ça à la pharmacie dans le temps des fêtes. J’étais persuadée que l’effet vintage tromperait tous mes amis les plus distingués et que je pourrais faire « accrère » que j’avais pogné ça dans un bazar à Nashville ou à Natashquan (t’sais quand t’as de l’esprit). Ben non! Fuck off, le pot est resté dans un coin sur une étagère, et quand j’ai finalement dessaoulé de mes lubies de pseudo-philanthrope-conservatrice d’art, ‘me su rendu compte que le pot, y’était d’un laid assez ordinaire. Rêve échoué, destiné aux poubelles, je ne te le fais pas dire.

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Du linge, partout, du linge.

Une robe avec une bretelle brisée, un legging tout effiloché entre les cuisses qui frottent trop, un gilet avec un trou sous le bras, une jupe à raccourcir. Que d’ambitions j’avais à me dire que je ferais réparer tout ça. Pis quand est venu le temps de remettre ça dans des boîtes, de déménager du stock abîmé, je me suis dit : « ‘Tends peu, toi là. » Noé n’aurait pas fait monter une girafe éclopée sur son arche, pour quessé que je m’encombre de marchandise défectueuse? Garder le mieux, flusher le reste. Et là, illumination chamanique : tout nettoyer par le feu! Mais non, en fait, pas immoler mes décombres de garde-robe, mais faire tabula rasa du passé, ne pas entretenir les toiles d’araignée et me dire : « Ma belle grosse fille, tu mérites du stock neuf. Arrête de promener tes guenilles de taudis en taudis. »

Déménager, vivre et mourir. On se déleste de petites morts matérielles, et on survit ailleurs, oiseaux migrateurs au bail signé. Et le 1er juillet suivant, pour plusieurs, la danse reprend. Une valse de chaises musicales, une rotation des toits. Le changement, c’est toujours bon. La vie, c’est le mouvement. Mais partir, c’est mourir un peu.

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