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À toi, chère « aimante » – Par Florence

Les rares fois où j’oublie mon fil auxiliaire, je me dois d’écouter la radio dans mon auto. C’est là que je me surprends à connaitre les chansons pop de l’heure par cœur. Parfois, j’écoute une chanson et mon subconscient l’apprend sans que je le veuille vraiment. Il arrive que la curiosité prenne le dessus et, ainsi, je me retrouve sur YouTube devant un vidéo-clip à l’américaine. C’est comme ça que je me suis retrouvée devant le clip de Sam Smith : « I’m not the only one ». Durant mon écoute, j’ai ressenti un étrange sentiment d’inconfort. Tout est mis en œuvre pour nous laisser comprendre qu’il s’agit d’une femme qui apprend que son mari la trompe, le tout suivi de scènes montrant l’amante et l’homme dans des positions inadéquates. J’avais l’impression qu’on me conseillait fortement de ressentir de la haine envers cette autre femme dans lesdites positions inadéquates. C’est souvent ça qui arrive. On donne toutes les parcelles d’empathie qu’on trouve à la femme trompée, et tout notre dédain à l’autre. Je ne dis pas que la fidélité ce n’est pas important, je dis juste que la maîtresse elle, elle n’a pas besoin d’être fidèle. Peut-être seulement un peu naïve. Elle n’a sûrement pas décidé d’aimer quelqu’un de déjà pris. Clairement, si elle avait choisi, elle n’aurait pas fait exprès de s’imposer de la misère.

Je crois qu’il existe une compétition constante entre l’amante et la cocue. Trop souvent, l’amante se bat toute seule parce qu’elle est la seule dans le secret. L’attente, c’est ce qui caractérise le plus l’autre femme. Elle attend qu’il l’appelle quand sa blonde a le dos tourné, qu’il sonne à la porte, quand lui est disponible. Elle attend les textos écrits à la va-vite, qu’il fasse un « move », qu’il la laisse. L’attente de quelque chose qui n’arrivera probablement jamais. Si elle attend autant, c’est parce qu’elle aime. Elle aime une ombre qui file déjà.

Je nous trouve trop sévères envers ces gens qu’on appelle les autres. On juge de façon négative l’autre, mais au fond, est-ce que c’est vraiment à cette personne qu’il faut en vouloir? Elle fait pitié au final, elle gagne seulement durant quelques heures.

J’aime beaucoup donner en exemple ce que le grand écran nous impose. On parle toujours juste de la cocue. Dans les films, on nous présente le gars et sa maîtresse comme deux monstres égoïstes; ils ne sont jamais considérés comme deux personnes normales qui ont un faible l’une pour l’autre. Comme si on punissait l’amour au commencement malsain. Sommes-nous vraiment aptes à juger les sentiments?

On ne contrôle pas nos émotions. L’amante est sûrement triste au fond. Elle se nourrit de marques d’attention aussi simples qu’un texto. Elle collectionne ces attentions comme des petits trophées qu’on exposerait sur une étagère, parce que leur rareté les valorise. Puis, plus rien. Arrive novembre et cette saison d’amour s’éteint. Après ça, elle s’occupe autrement en époussetant ses trophées pour tenter de conserver leur valeur.

Il y a aussi les aventures spirituelles, l’art de tromper sans vraiment le faire. Quand l’autre devient martyrisé par les belles paroles sans action. Les aventures sans contact, mais une multitude d’écorchures. Vivre dans le deuxième choix comme si c’était le seul moule existant. Jouer la doublure pour un spectacle au casting complet.

 L’autre n’a pas le droit de verser une seule larme, même s’il en ravale dix. L’autre doit garder son rôle de cruel, même s’il respire la bonté. L’autre n’a pas le privilège de jalouser, d’exploser. L’autre se doit de déguiser sa peine en culpabilité.

Je dédie ce texte à tous les autres de ce monde. Je m’excuse pour toutes les fois où vous n’avez pas eu d’excuses.

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