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Les filles, on serait tu ben en CHEST! – Par Andrée-Anne

En pleine journée de canicule du début juillet, au bord d’une piscine avec des potes, on profite bien de la vie.  Étendue sur une chaise longue avec deux copines à mes côtés, le soleil brille de tout le pouvoir que lui confèrent les heures lasses suivant le dîner.  La chaleur est accablante.  Mon amie assise à ma droite s’exclame soudainement : « les filles, on serait-tu ben en chest!? ».  Comme pour mettre l’emphase sur ce cri du coeur, son chum se jette dans la piscine sous nos yeux, la poitrine ben flambante nue.

Nos réactions sur le coup sont assez mitigées : moi, complexée par mon huge rack, pas sûre que j’irais me faire virevolter les nichons à l’air libre même si c’était parfaitement légal et socialement accepté de le faire.  Notre amie, un peu plus conservatrice niveau corps humain/sexualité, trouve ça beau et pur qu’on érotise ça, des seins.  Elle est convaincue que la magie opère avec les seins et qu’on doit respecter ça.  L’instigatrice de la conversation, elle,  nous explique qu’elle voit ça comme une question d’égalité purement logique, tout simplement.  Pourquoi est-ce qu’en pleine canicule ou au coeur d’une averse, les hommes peuvent se balader torse nu, confortables, et pas les filles?  Pour elle, les seins ce ne sont que des totons de gars, avec plus de graisse.  Un amas de chair qui pend.  Vu sous cet angle-là, personne ne peut obstiner cette argumentation pour le moins rationnelle.

Le fait est que cette idée nous choque – pas tous, mais en général.  La société dans laquelle nous évoluons est loin d’avoir l’esprit ouvert à ce sujet.  Je surprends encore trop souvent des regards choqués lorsqu’une femme allaite son bébé dans un endroit public.  Tsé, le geste le plus naturel/beau/doux du monde?  Et surtout, le moins sexuel qui soit!  Pourquoi est-ce qu’on ressent le besoin d’enfouir ces femmes sous des couvertures, ou encore de leur bâtir un espace à part pour qu’elles abattent leur besogne de mère?  C’est scandaleux!  En réfléchissant au comportement de certains, je m’imagine difficilement comment on en arrivera à libérer les poitrines!

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La question qui se dégage de cette réflexion est la suivante : est-ce qu’il faut condamner l’attirance sexuelle envers les seins?  Je suis convaincue que non.  Par contre, je pense que ce ne sont pas les poitrines à l’air libre sur la rue qui devraient attiser le désir physique.  En ce qui me concerne, un beau dos d’homme peut faire claquer mes ovaires en symphonie dans un contexte qui s’y prête, mais je ne suis pas hors de contrôle pour autant quand j’en vois un sur la rue!

Est-ce que cela veut dire que les seins ne sauraient plus procurer de plaisir dans l’intimité au-x parti-s impliqué-s?  Pas du tout!  D’assumer sa poitrine dans un endroit public n’enlèverait en rien l’importance capitale de cette zone érogène dans un rapport sexuel (comme le sont aussi les cuisses, les oreilles et mille et une autres cachettes du corps humain!).

Si on prenait la situation à l’envers, peut-être réaliserait-on finalement que ce qui fait qu’on idolâtre les seins et qu’on en fait un objet de désir sexuel, c’est qu’on les a cachés depuis des siècles et des siècles et qu’on a bâti un mythe – pratiquement un tabou autour d’eux.  Si on s’habituait à en voir sortit de leur contexte «sexué», ces amas de chair nous sembleraient probablement beaucoup plus banals.  Ce ne sont pas des organes génitaux après tout!

Peut-être que les femmes se sentiraient moins complexées d’être entourées de «vrais» seins et seraient plus à l’aise à la chaleur?  Peut-être serait-il agréable de pouvoir prendre un congé des soutiens-gorge souvent plus inconfortables qu’autre chose à l’occasion (d’ailleurs, Julie la crépue nous a fait un super billet dernièrement à savoir comment choisir ton soutif ICI.

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À New York, il est légal depuis plus de vingt ans, pour une femme, d’apparaître topless en public et ça vient tout juste de commencer à être réellement toléré.  Ce n’est pas illégal comme tel au Québec non plus, malgré que si le geste est jugé comme provoquant, il peut y avoir arrestation pour indécence.

J’ignore si ce débat qui gronde actuellement et si la montée phénoménale du féminisme sur les réseaux sociaux et dans la culture populaire dernièrement annoncent l’avènement d’une nouvelle ère ni si nos petits-enfants grandiront dans un monde où les poitrines féminines seront libres et jugées comme égales à leur équivalent masculin.  Et malgré que je doute que j’adhère moi-même au mouvement, s’il y en avait un par préférence personnelle, je maintiens par contre que je préférerais vivre dans un océan de poitrines assumées, imparfaites et nues, plutôt que dans la marrée actuelle de décolletés, de shorts-bobettes ou de push-up bras qui véhiculent une image surfaite et irréelle de ce qu’il y a réellement en dessous.

Chose certaine, j’embrasse avec passion le concept d’égalité, et la liberté de choisir pour soi et pour son propre corps, et j’espère que c’est aussi votre cas, chers crépu-e-s.  Parce que le vrai luxe, c’est d’être soi-même.

Pis!  On serait-tu ben en chest?!

AA ♥

andreanneariane(1)

*Remerciement spécial à mon grand ami Pier-Alexandre Gagné, photographe au talent démesuré, à qui je dois le prêt de la magnifique photo de couverture de cet article.  Il faut impérativement que tu visites son SITE WEB pour t’en mettre plein les yeux!

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