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L’école de la vie.

J’en ai tellement rencontré, des élèves qui affichaient fièrement leur présence sur la liste d’honneur pour avoir élevé leur moyenne scolaire au-dessus de 80 %.

Bravo! C’est bien les performances scolaires, mais jusqu’à quel point est-ce qu’un certificat de réussite scolaire, ou même un diplôme, définit-il réellement la valeur d’une personne? Jusqu’où l’échelle hiérarchique, basée sur une seule compétence, doit-elle juger les aptitudes de cette même personne pour une multitude de sphères?

Depuis toujours, l’école constitue un lieu de prédilection où les élèves s’efforcent de se démarquer pour atteindre des standards prétendant « ouvrir toutes les portes ». C’est ce que l’on enseigne à notre progéniture, de prendre part à une compétition ardue où seul l’individualiste possède sa chance d’en sortir vainqueur. En fonction des normes du ministère de l’Éducation de notre province, nous nous efforçons de remplir leurs exigences à la perfection, sans un regard en arrière, sans même nous préoccuper de nos confrères. Les réponses de l’examen final de l’année précédente? Pas touche! Les conseils précieux d’un professeur sélectif? C’est pour moi! Des notes de cours? Je n’en ai pas! De l’aide? Jamais, travaille de ton bord. Tout ça parce qu’on nous enseigne que dans tout ce que l’on entreprend, il faut faire partie de l’élite pour avoir de la valeur.

Alors qu’en est-il des classes inférieures, celles qui ont peine à s’administrer ce foutu bout de papier intitulé « Diplôme d’études collégiales (secondaires) »? Ah, vraiment, elles n’ont aucune ambition, aucun futur, aucune valeur. Dommage… Pourtant.

Souvent, je pense à mes cousines jumelles, immigrées de Roumanie, qui font tout sauf se fondre dans le cadre scolaire; c’est par contre un jeu d’enfant pour elles d’entretenir un service de garde et un chez-soi, d’élever et de chouchouter leurs propres enfants à l’âge précoce de 21 ans, et de terminer en même temps une technique en secrétariat. Dans le cadre dans lequel leurs enfants seront élevés, où race, sexe, orientation et antécédents scolaires ne dissocieront en rien les différentes limites de chacun, c’est la passion qui agira de guide pour le futur. Ce ne seront ni de vieux professionnels, ni des tests qui nous différencient en fonction de quelques aspects précis, comme si nous étions de simples choses facilement définissables, ni un désir d’élargir les portes d’un marché du travail fructueux qui seront maîtres de leurs décisions et de leur mode de vie. Leurs enfants seront forts, ils auront été élevés par une famille amoureusement dévouée à son plus précieux trésor. Cet amour de la vie représentera à jamais un but dans la vie : s’épanouir seul, à deux, à trois ou à six plutôt que de vouloir atteindre un salaire annuel dépassant les six chiffres. La meilleure école de la vie n’est-elle pas une famille encadrante, chaleureuse et aimante?

J’ai longtemps pensé à mon cheminement scolaire, parce que je suis l’une des rares qui adorent étudier. Tout le contraire de mes cousines, qui pourtant me rejoignent profondément dans leurs valeurs; je me fonds facilement dans les bancs d’école. Je pourrais passer ma vie à étudier, si seulement j’en avais les moyens. Ma cote R générale de 33, mes bourses d’études et le temps que je passe à lire des livres qui plaisent aux professeurs font-ils de moi une femme plus intelligente que les autres? Sûrement pas.

Autour de moi, Josée, 27 ans, a fait le tour du monde plutôt que de terminer son Cégep. Elle vit aujourd’hui de sa profession d’artiste peintre et d’agente pour son mari, lui aussi artiste. Son sens de l’entrepreneuriat et sa passion sont suffisants pour qu’elle perce fièrement le mur de la réussite.

Rita, 23 ans, a tout essayé pour réaliser que, finalement, c’était l’écriture qui la passionnait. Son roman étant enfin en cours, elle s’épanouit dans son accomplissement personnel. Quel diplôme la mène aussi loin? Elle n’a même pas complété un certificat en création littéraire. Mais ce qu’elle possède dépasse largement un bout de mérite encadré dans un bureau et quelques trophées : elle est amoureuse de son métier, celui-ci occupant plutôt la place d’un passe-temps dans son cœur.

Germain, à peine 20 ans, compose, au piano et à la voix, de la musique plus qu’harmonieuse, une passion que lui a léguée son grand-père. Si la musique a été son banc d’école le plus éducatif, quel rôle a joué la scolarité? Deux ou trois lignes mentionnées en caractère 12 sur son curriculum vitae lui permettant d’offrir ses services dans une compagnie de mode masculine. Pourtant, son sens de la débrouillardise, son désir de conseiller les clients, son amour pour la mode et l’importance qu’il porte au perfectionnement ne lui ont été offerts que par la simple phrase « pianiste et voix », qu’il a subtilement mentionnée dans la partie « autres accomplissements personnels ».

Fleur, 19 ans, avec sa cote R de 37 et les innombrables heures qu’elle a passées enfermée dans sa grande et luxueuse chambre à étudier à temps perdu, n’a pourtant pas vu la dépression venir à bout d’elle. Quand tous fêtaient les vacances de Noël en famille, elle accumulait les rendez-vous les uns par-dessus les autres à l’hôpital et chez le psychologue. Ouais, faut avouer que ça n’a pas que du bon, la réussite scolaire : étudier jour et nuit, compromettre sa vie sociale et son état mental, redéfinir ses priorités et en oublier ses valeurs familiales, tout ça pour finalement glousser sa peine sous les pichets de bière du pub de l’Université.

Si Fleur est aisément acceptée à l’université et est regardée admirablement par ses confrères, doit-elle représenter l’élite de notre société pour être une élève parfaite? Josée, Rita, Germain et Fleur, dans leurs différences et leurs ressemblances, sont tous quelqu’un. Ils ont tous une valeur. Seulement, elle ne se note pas en pourcentage. Elle est qualitative, et marque le fait que nous sommes tous des humains avant tout.

emmarondmarie-claude

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