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Enfiler les chaussures d’un Asiatique – Par Camille Houle

Quand on naît en Asie et qu’on grandît en Amérique, on passe par certaines étapes avant de comprendre que nous vivons dans un monde où provenir d’une autre origine, c’est comme être un extraterrestre.

On parle très peu souvent du racisme anti-asiatique et pourtant, il existe. Je le sais, car je l’ai vécu, je le vis et je continuerai de le vivre. Les remarques et les commentaires sont parfois subtils, mais ils sont tout de même capables d’offenser, de choquer ou d’offusquer l’individu concerné.

On dit que c’est seulement en mettant les chaussures et en parcourant le même chemin qu’un autre qu’on peut comprendre son parcours et ce qui le définit.

Donc, à l’aide d’amis, j’ai collecté quelques témoignages sur lesquels je me suis basée et inspirée pour écrire ce texte. J’ai eu le goût que toi, crépu(e), tu chausses les souliers d’un asiatique pour les 5 prochaines minutes. N’as-tu jamais souhaité être dans la peau d’un autre pour quelques instants ? Voilà, ce sera chose faite.

3, 2, 1…Je t’invite à enfiler les chaussures d’un asiatique et à embarquer dans l’aventure, car c’est parti, on y va!

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Né en Chine, tu as été adopté par tes parents nés au Québec. Jusqu’à ta rentrée à la petite école, tu ne t’étais jamais posé de questions sur les différences culturelles. Le naïf en toi croyait qu’on était tous des blancs, des noirs et des jaunes mélangés et tout était normal. Tu vivais dans un monde où la couleur de la peau et les origines n’avaient aucune importance et que la catégorie « minorité visible » n’existait pas dans les formulaires de demandes d’emploi.

Puis, un jour et pour la première fois de ta vie, tu te sens mal d’être physiquement différent de tes camarades de classe. À la récréation, tu te fais constamment pointer du doigt par quelqu’un qui se moque de tes petits yeux bridés ou qui rigole en essayant de t’affronter dans un combat de Kong Fu. Sur l’heure du dîner, un autre t’interpelle par des « Chintok! » ou « Face de citron! ». Dans tes oreilles, ça sonne comme si tu étais un microbe qu’il ne faut surtout pas approcher. C’est à ce moment-là que tu prends conscience que tu n’es pas comme les autres. De toute façon, il y a toujours une personne pour te le rappeler.

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Une fois à la maison, enroulée en petite boule dans ton lit, tu te questionnes sur tes origines et sur ton apparence. À cet instant, tu te dis que c’est nul d’être un asiatique parce que tu as les yeux bridés et les gens te ridiculisent. La honte! Tu aurais tellement préféré être blanc pour être « normal ».

Avec le temps, tu t’habitues aux réflexions qui partent de bonnes intentions et à celles qui sont déplacées. Des regards curieux aux petits chuchotements, tu deviens vite le divertissement des petits et des grands. Parfois, tu aimerais être invisible. Pour tout dire, tu souhaiterais retourner sur ta planète d’extraterrestre parce que sur Terre, personne ne te ressemble, personne ne te comprend. Bref, tu es un intrus.

Somme toute, à l’âge adulte, tu rencontres ceux qui changent ta perception du monde : un ami qui t’a appris à t’aimer pour ce que tu es, un amoureux ou une amoureuse qui t’a appris à accepter tes différences et à les aimer, une âme sœur qui ne t’aime pas parce que tu es un asiatique, mais parce que tu es toi.

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Maintenant, c’est le moment de changer tes vieux souliers pour une nouvelle paire parce que tu commences un nouveau chapitre : la fierté de tes origines.

Aujourd’hui, tu embrasses tes origines asiatiques et ce qui te différencie de tes semblables terrestres. Tu aimes ton teint bronzé, tu aimes tes yeux bridés et tu aimes tes cheveux noirs. Dorénavant, quand quelqu’un engage une conversation sur tes origines, tu souris et tu lèves la tête haute parce qu’aucune personne ne peut retirer la fierté que tu as d’être un asiatique.

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3 thoughts on “Enfiler les chaussures d’un Asiatique – Par Camille Houle

  1. Merci pour ton témoignage. J’ai vécu beaucoup de discrimination sur mes origines asiatiques et je me retrouve dans ce témoignage. Le pire ce sont les gens qui m’appellent « chintok » alors que je viens du Laos. Ca m’a fait beaucoup de mal au point d’éviter tous contacts avec d’autres asiatiques. Je pense quitter la France pour le Quebec, mais je vois que ça a l’air d’être pareil là-bas….. Je peux te poser des questions? Dans quelles villes du Quebec as-tu subie ces discriminations? Est-ce que ce racisme est aussi commun et banalisé comme en France? Je serais impatient de lire les réponses histoire de ne pas trop idéaliser mon prochain pays d’accueil.

    • Allo !
      Je crois qu’il y a un peu de racisme partout dans le monde… Je ne connais pas la situation en France, mais où je suis au Québec, en général, les gens sont ouverts d’esprits. J’ai vécu du racisme quand j’étais une enfant, mais maintenant adulte, plus du tout (ou du moins pas à ma connaissance). Mais là encore, cela dépend de la personne, car ma cousine asiatique a déjà elle aussi vécu du racisme beaucoup plus intense que moi dans le coin de Montréal. Pour ma part, j’habite dans la ville de Québec.

      Ce n’est peut-être pas très précis comme réponse, mais je t’assure que les gens sont sympathiques envers les asiatiques ici au Québec.

      J’espère avoir pu t’aider un petit peu.

      Amicalement,

      Camille

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