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Tout le monde regarde avant de traverser la rue – Par Noémi Otis

La versatilité. La dualité. Voici là deux concepts qui pourraient vous éclairer davantage sur ma petite personne. J’ai moi-même éprouvé beaucoup de difficulté à comprendre comment je pouvais psychiquement être à deux endroits en même temps. Comprenez-moi bien, je n’ai pas de dédoublement de personnalité, c’est que je suis plutôt paradoxale. Contradictoire, disons.

Les sciences m’ont toujours beaucoup impressionnée. Plus jeune, je rêvais d’être une grande scientifique. Genre être microbiologiste pour la NASA. Quelque chose du genre. J’ai toujours été passionnée par mes cours de science. Les seuls cours qui réussissaient à capter totalement mon attention. C’est d’ailleurs grâce à la science que j’ai commencé à me poser des questions existentielles : « Où on va après la mort? », « Est-ce qu’on a une âme? », « Est-ce que Dieu existe? », « Est-ce que c’est le Dieu catholique ou un autre? », « Est-ce que Dieu c’est juste une métaphore? », « Est-ce qu’on est les seuls dans l’univers? », « Ils sont où les petits bonshommes verts? ».

Ma mère a toujours été une grande spirituelle. Elle me parlait souvent d’anges gardiens quand j’avais peur. Ses croyances frisent l’ésotérisme. Pis moi, j’adorais ça! L’horoscope, le tarot, les auras, les chakras, emmenez-en! Malgré ça, j’étais un peu perplexe face à mon désir de croire en Dieu, pis celui de croire à la théorie du big bang. Je croyais comme un peu au deux, en même temps.

En secondaire trois, j’ai demandé à ma professeure de sciences si elle croyait en Dieu, elle. À ma grande surprise, sa réponse était positive. C’était même une grande croyante.

En secondaire cinq, j’étais encore déchirée à cause des sciences. Je savais aucunement si je devais me diriger dans un domaine artistique ou scientifique. Dans ma tête de cruche, c’était deux domaines trop contradictoires pour qu’ils se rejoignent dans une même tête, dans un même cœur. J’ai décidé d’en parler à ma professeure de physique, parce qu’elle me comprenait bien, en général. Pis aussi parce que je la trouvais vraiment cool.

Fais qu’après mon cours de physique, je l’ai attendue. Quand je lui ai exposé mon problème, elle a eu un petit air amusé : « Toi, serais-tu Gémeaux par hasard? ».

J’étais bouche bée. Ça faisait deux professeurs de sciences qui m’avouaient être fervents de principes « antiscientifiques ». Je ne comprenais pas trop, pour être honnête. Je pensais à l’époque que les scientifiques devaient seulement croire à ce qu’ils avaient réussi à prouver. Que c’était ça, être intelligent! Être terre-à-terre. Pas trop rêveur ou créatif. Être sensé. Et là, j’en avais deux qui me disaient croire en quelque chose de plus ou moins sensé. Einstein a même dit que l’important, dans la science, c’est d’avoir de l’imagination. Ça m’a fait du bien, un petit velours. J’étais pas si paradoxale, finalement.

Quand tu développes une certaine spiritualité, un genre d’intelligence créative, une science par le cœur, tu te rends compte que de croire seulement en la science, c’est pas beaucoup mieux que de croire dur comme fer en une religion et seulement ça. J’ai souvent l’impression que la science c’est la nouvelle religion populaire du 21e siècle. On se donne plus la peine de croire en autre chose.

T’sais, la science, c’est décrit comme « des connaissances structurées obtenues grâce à l’observation et l’expérimentation objectives », selon Antidote. Dans mon livre à moi, c’est une religion dont les doctrines font abstraction de tout sentiment. C’est basé sur ce qu’on observe, et c’est bien, mais y’a plein de choses qui se passent et qu’on ne voit pas.

Je vous raconte ça parce que j’apprécie pas le regard lourd qu’on me lance quand je dis aux gens avec qui je traîne dans les rues grises du quartier St-Roch que j’aime croire au destin. Je sais pas pourquoi d’ailleurs, mais chaque fois que j’explique ma théorie du destin et du hasard, je suis en train de remonter la rue Saint-Joseph. Ce doit être le destin. Ou le hasard. Anyway, c’est du pareil au même.

Je vous explique, mais pour ça je dois revenir au fait que les gens me regardent souvent de travers quand je parle de destin. Ici, dans une société où les croyances sont tuées de la même façon qu’on fait le ménage — on s’en fout qu’il existe des bonnes bactéries, on a tellement la frousse des mauvaises qu’on voit pu la différence. Pis le génocide commence. Un après l’autre : le Purell, les antibios, le Lysol. Oubliez pas de laver vos mains! — on me dit souvent : « Fait que, dans le fond, toi, tu crois que t’as aucun contrôle sur ta vie, sur ton avenir? » Je sais pas si c’est parce qu’on est éduqué au American Dream que tout le monde me répond ça.

Parce que les gens préfèrent avoir l’air tough, ils croient que c’est mieux de penser qu’ils peuvent tout faire, sinon c’est dû au manque de volonté. Parce que quand on réussit, on aime dire que les gens qui réussissent pas, c’est qu’ils sont trop lâches. Pis faut être travaillant dans la vie pour être fait fort. Juste comme ça, d’après vous, pourquoi on nous dit de nous tenir occupés quand on est triste?

Peu importe.

C’est pas que je pense que je maîtrise aucunement mon avenir. Loin de là. C’est qu’il m’arrive de tellement penser que je le maîtrise que je dois lâcher prise. Dans la vie, là, y’a des trucs qui m’échappent. Des trucs que je vois pas, qui s’observent pas. C’est tout.

En réalité, je crois que le hasard et le destin sont deux notions plus semblables qu’on le pense. Vous allez me dire que c’est impossible que deux notions aussi opposées soient au fond une seule et unique chose. Pourtant, moi, je m’oppose à moi-même. Je vous l’ai dit, je suis paradoxale. Et dans presque toutes les croyances, la dualité est présente. Le signe astrologique Gémeaux, le tàijí tú, qui montre que le yin et le yang ne font qu’un… Même que dans le dictionnaire, les deux mots sont synonymes…

Il y a tellement de possibles conséquences à mes actes que j’ai l’impression qu’il y a une raison pour laquelle c’est cette conséquence-là qui est arrivée. Je suis pas prête à dire que c’est quelqu’un ou quelque chose qui l’a choisi à ma place. Juste que y’aurait pu arriver autre chose, mais c’est pas le cas. Et y’a toujours une leçon à tirer.

Les probabilités sont infinies, tu fais ta propre combinaison d’invariables, mais y’a toujours des variables qui s’ajoutent sans que tu t’en rendes vraiment compte.

Stephen Hawking a dit : « J’ai remarqué que même les gens qui affirment que tout est prédestiné et que nous ne pouvons rien y changer regardent avant de traverser la rue. » Voici comment je le vois.

Tu es sur le bord du trottoir. Tu t’apprêtes à traverser la rue. Tu regardes de chaque côté pour voir s’il n’y a pas de voiture. Le chemin est libre. Tu passes.

Tu es sur le bord du trottoir. Tu t’apprêtes à traverser la rue. Tu regardes de chaque côté pour voir s’il n’y a pas de voiture. Il y a une voiture. Tu attends.

Que tu aies fait le choix de regarder ou que ce soit parce que tu es conditionné à le faire, tu l’as fait.

Tu es sur le bord du trottoir. Tu t’apprêtes à traverser la rue. Tu es pressé ou tu as la tête ailleurs, tu regardes pas de chaque côté. Tu traverses, et rien. Tu continues ton chemin.

Tu es sur le bord du trottoir. Tu t’apprêtes à traverser la rue. Tu es pressé ou tu as la tête ailleurs, tu regardes pas de chaque côté. Tu traverses, une voiture te happe.

Pourtant, la possibilité que tu traverses sans problème était là. Tu aurais pu regarder, le chauffeur aurait pu être en retard ou tomber en panne ce matin-là. Mais tu t’es fait happer. Un hasard? Le destin? Les deux?

Si tu crois au hasard, tu diras que c’est comme un jeu de dés. Personne savait que tu tomberais sur le 6. Mais t’es tout de même tombé dessus.

Si tu crois au destin, tu diras que tu avais l’habitude de regarder de chaque côté, mais va savoir pourquoi, tu l’as pas fait ce matin-là.

Honnêtement, je vois pas la différence entre les deux.

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