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50 SHADES OF GREY : la fanfiction, chapitre 2 – Par Cristina Moscini

Il y a quelques semaines, quand je me suis lancée dans l’écriture d’une fanfiction de l’œuvre (*tousse*) de E.L. James, 50 Shades of Grey, best-seller puis blockbuster, je ne pensais pas qu’on me proclamerait la prochaine grande Anaïs Noune, prophète défenderesse du cul littéraire réécrit sur le sens. Même que ça a encouragé des gens à se taper le film pour le vrai. Ça a encouragé des discussions à gorges découvertes. Ça a tripoté sous la jupe de mon news feed. Sensation du web, je poursuis ma lancée avec le vent (chaud) dans le (bas du) dos. Tu peux te faire un recap du premier chapitre ici.

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CHAPITRE 2

Lors du dernier épisode, Anastasia et Grey se retrouvaient dans le bureau à Grey, pis là il lui avait demandé si a l’était vierge, pis là a y’avait répondu que c’tait pas poli de d’mander ça à une femme à jeun. Ensuite, le sexé monsieur lui avait dit que ça tombait ben parce que y’avait un bar direct en bas de son bureau. Y’ont pris un ascenseur et c’est drette là qu’on est rendu. 

Intérieur d’ascenseur, l’après-midi. Boiseries shinées et pitons d’étages en or blanc. Y’a même une coulissante en fer forgé comme dans le temps. C’est décoratif, mais ça en jette en osti.

Grey : « Au lounge », commande-t-il.

L’ascenseur, avec une voix de Siri, mais en plus cochonne : « Au lounge, Mr. Grey. »

L’intérieur de l’ascenseur est tapissé de velours à motif de fleurs ouvertes. Si Anastasia avait choisi d’étudier l’histoire de l’art au lieu de la littérature anglaise, elle aurait pu remarquer que ça faisait penser à des motifs de plotes. L’ascenseur s’ouvre à l’étage du lounge et Grey passe devant elle pour sortir en premier. Le bar. Si Anastasia avait étudié le cinéma au lieu des livres, elle aurait pu trouver que le décor était identique à celui de la scène du bar dans le Shining de Kubrick. Hélas, on pourrait remplir un aréna avec les choses qu’ignore Anastasia, carencée du bocal au cheveu cassant à des lieux du sentiment d’être repue de l’intellect. Le bar, donc, long de même, en bois, avec des moulures comme si c’était un défi des records Guinness d’en crisser partout. Du rouge sur les murs, des lumières basses, du jazz en sourdine, un vieux barman qu’on aurait dit là depuis cent ans à récurer un verre à scotch avec un torchon de soie, laisse-moi te dire, lecteur : c’est feutré en tabarnak. Au loin, car c’est long longtemps c’te place, Anastasia aperçoit une sculpture en bronze représentant un osti de gros shaft hyperréaliste érigé comme une tour, au bout duquel un liquide sort en fontaine pour retomber dans une bassine en ivoire. Une bizoune de taille « séquoïenne » qui a l’air d’avoir coûté cher. C’est beau, y’a même des LED qui changent de couleur dans l’eau. Anastasia est sensible aux lumières, comme le sont les papillons de nuit.

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Grey : « Avez-vous soif, Anastasia? », fait-il en désignant de la tête sa fontaine phallique.

Anastasia : « Je catche pas trop, là. »

Grey : « Armand de Brignac. Un cadeau de mon ami Shawn Carter. Un champagne correct. Je le conserve à une température de treize degrés. Je vous fais goûter », dit-il en pointant un plateau contenant deux flûtes vides, qu’il s’apprête à remplir à même la fontaine.

Il boit une gorgée. Fait claquer sa langue sur son palais par appréciation, puis ramasse une tasse à café par terre, souffle dedans comme pour en enlever la poussière et la remplit à ras bord. Il la tend à Anastasia. Elle prend la tasse à deux mains comme les p’tites madames fragiles en laine le font sur leur galerie quand elles boivent un bol de lait chaud quand c’est so l’automne. Elle boit comme un petit oiseau malade, mais elle finit sa tasse d’une shot et fait claquer sa langue pour imiter l’autre. Mais ça sonne plus comme si elle sapait, telle une vraie sarfe. L’autre la regarde, comprends-tu, comme si elle était une écœurante un peu, le vieux barman fait comme s’il s’en crisse, tellement bien que, pour moi, il s’en crisse pour le vrai. Délicatement, elle penche sa tête vers son épaule et, discrètement, tente de sniffer ses effluves de dessours de bras, voir si elle est encore valide, du moins pour la durée de ce tête à tête qui la revire déjà dans ses shorts. Calvaire! C’est comme si elle avait dormi dans une soue, et ses souvenirs d’hier (bière aux fruits, jello shots, amaretto sour, brandy sour, tequila sour, sangria sour, dégueulis à côté de la bol sour) lui reviennent d’une traite. C’est fini, elle ne réussira pas cette entrevue-là. Sacrament, elle n’a même pas noté les réponses à ses questions plus tôt dans le bureau de Grey, trop occupée à lui deviner le bat. Une entrevue, une vraie, ça aurait pu lui sauver la session en péril. Depuis un an, elle manquait de plus en plus de concentration dans ses cours, son esprit était ailleurs. À sa job à temps partiel à quincaillerie, a regardait les pots de peinture se faire brasser dans la petite machine à brasser les pots de peinture pis elle se disait « pourquoi pas moi? ». Les vis, les écrous, les cordes, les œillets, les tie-raps, tout ça était comme un langage dont elle ne comprenait pas les symboles, mais qui essayait de lui dire de quoi. Sans savoir, elle était inexplicablement attirée par les outils. Restriction, douleur, suspension. Un monde de paraphilies prêt à s’ouvrir sous ses pieds…

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Grey : « Anastasia, je suis un homme occupé. Ne me faites pas languir davantage, soyez franche et je vous laisserai partir. Je vous promets que si votre réponse ne convient pas à ce que je recherche, je vous laisserai vaquer à vos occupations et pourrai vous fournir par la suite les informations nécessaires pour votre article, sans que vous soyez pénalisée. Il sera par contre impossible de nous revoir. Mais si, par un heureux hasard de la vie, vous correspondez à ce que je veux, il nous faudra nous revoir sans faute, demain, et j’enverrai une voiture vous chercher à 20 h tapantes. Anastasia… »

Anastasia : « Ouin, quoi? »

Grey : « Anastasia », poursuit-il en baissant son ton au niveau du râle rauque d’un loup famélique, « vous a-t-on déjà embouftée? »

Anastasia : « Lol! Embouftée! ROTFLMAO! »

Grey : « Soyez sérieuse, jeune sotte! Et répondez! », gronde-t-il, soudainement dominant en diable de crisse. « Avez-vous, oui ou non, perdu votre cerise? », rage-t-il, l’écume au bord des lèvres comme un taureau de corrida prêt à charger.

Anastasia se redresse, ce qui fait proéminer son rack et attire fatalement le regard de son interlocuteur vers ses p’tites boules. Elle se dirige à la fontaine de boisson, se penche le visage vers, sort sa langue pour y boire une gorgée de pétillant qui lui coule jusque dans gorge. Une fois pompette, la jeune revient vers Grey, et pour répondre à sa question, lui dit simplement : « Non ».

Grey : « Pour vrai? Vous affirmez, sous serment, être vierge? », demande-t-il. Son air menaçant s’évanouit devant ces révélations, il semble presque ému.

Anastasia : « Oui, oui. Jamais sucé, jamais crossé, jamais fourré, là là. »

Grey : « Même pas d’équitation qui aurait pu vous fendiller la collerette pendant la puberté? »

Anastasia : « Non, chez nous on n’avait que très peu de chevaux, fait que t’sais. »

Grey se lève précipitamment. Il fait quelques pas aller-retour sur le tapis à poil long d’un animal disparu. Il met son poing sur sa bouche, pensif, ou comme s’il sentait ses doigts. « Voilà ce que nous allons faire », commence-t-il. Il lui dit qu’il doit prendre congé d’elle pour le reste de la journée afin de toute préparer pour demain. Avant de trop savoir dans quoi elle s’est embarquée, Anastasia se fait crisser le cul dans une limousine qui la ramène à son appart. Déboussolée, elle se dirige vers sa salle de bains pour prendre une douche tiède. Une fois nue et trempée, quand le savon glisse sur son corps pour en faire disparaître la sueur, les humeurs, les émotions vives de la journée, elle remarque sa coloc qui entre dans la douche à son tour.

Coloc : « Ma tabarnak, tu prendras pas toute l’eau chaude, je m’en vais travailler, tasse-toé! »

Leur douche d’appartement de quartier prolétaire est d’une telle étroitesse que la fatalité fait se frôler leurs boules si elles en viennent à changer de place. Leurs seins savonneux se touchent. Les seins d’Anastasia, petits, aux aréoles claires et dressées. Et ceux de sa coloc, larges et bronzés, se pressent contre les siens. Elle peut sentir le souffle agité de sa coloc sur son cou. Ses cheveux sentent le lilas et le bonbon aux fruits. Sa coloc appuie ses deux mains manucurées façon ghetto fabulous sur ses clavicules et Anastasia sent son cœur battre jusqu’au fond de son ventre. Sa coloc s’approche encore d’elle. On sent le bruit de l’eau couler, comme une pluie torrentielle et absolue, qui embue l’air de plus en plus, à en dissiper la vue, à en décupler les sensations. Elle s’approche et dit : « J’ai dit tasse-toé, câlisse, chu déjà en retard, pis j’ai du savon dans les yeux. »

FIN DE LA SCÈNE 2.

cristinamoscinirondAnneMarie

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