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À fleur de peau : les hypersensibles – Par Noémi Otis

J.M. Barrie décrivait la Fée Clochette comme « trop petite pour ressentir plus d’une émotion à la fois ». Lorsqu’elle est en colère, ce sentiment s’empare d’elle dans son entièreté, avec toute son intensité. Ça ne m’a pris qu’une seule lecture de ce passage pour le retenir. Jamais auparavant j’avais lu une description aussi exacte de moi-même. Enfin, pas de moi-même-moi-même, puisqu’il était question de l’acariâtre Fée Clochette. Mais de mes réactions démesurées et celles de bien d’autres comme moi.

J’ai longtemps cru être atteinte de troubles de l’humeur ou de troubles de personnalité quelconques parce que j’arrivais pas à mettre le doigt sur les causes de mes humeurs trop changeantes, trop extrêmes. Ma météo sentimentale souffre du même problème que celle de notre belle planète : des écarts trop grands et trop de températures qui n’étaient pas dans les prévisions de Colette.

Après en avoir parlé à une professionnelle, on en est venu à ce diagnostic : je ne souffre de rien.

Je souffre, certes.

Mais c’est seulement en conséquence d’un trait de personnalité. Et ce trait, c’est l’hypersensibilité.

Mais c’est quoi ça? Ça sonne vague. Ça sonne flou. Ça sonne comme une excuse pour ceux qui ne contrôlent pas leurs émotions? Mais ça, c’est juste parce que t’es une personne peu compréhensive.

Pour commencer, il faut savoir que près d’une personne sur cinq est hypersensible. C’est pas qu’un peu. Ensuite, il faut savoir que l’hypersensibilité est encore plus souvent présente chez les gens atteints du TDA/H. (Non, vraiment là, j’ai pogné le gros lot!)

C’est logique, dans un sens.

Selon mon grand ami Antidote, l’hypersensibilité est définie comme une sensibilité excessive. (Voir ici la connotation péjorative du mot « excessif » qui nous apprend avec peu de surprises que les émotions ont pas la cote, dans notre ère.) Oui, mais encore? Si on recherche plus loin que les journalistes du Journal de Québec et que l’on clique sur « sensibilité », on peut lire ceci sous « Définition » :

« Nom féminin (Évidemment quand c’est sensible, faut que ce soit féminin…)

*Propriété d’un être vivant ou d’un organe de réagir aux modifications du milieu.

**Caractère d’une personne qui éprouve facilement des sentiments.

***Capacité à réagir aux modifications mineures du milieu. »

En somme, on peut conclure que l’hypersensibilité, c’est le caractère d’une personne qui réagit de façon démesurée aux changements mineurs dans son environnement. Il est donc logique qu’une personne atteinte d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité soit plus sujette à ce trait de personnalité. « M’voyez », le TDA est un problème lié aux neurotransmetteurs. Je vois bien la face que tu fais derrière ton écran, alors je vais t’expliquer ça en français. À chaque instant de ta vie, tu baignes dans un environnement mettant en alerte tes 5 sens. Même tes 6 sens. Chacun envoie à ton cerveau des stimuli par l’entremise de neurotransmetteurs face auxquels le cerveau devra choisir de réagir.

Imaginez que les stimuli soient des voitures pleines d’informations. Toutes ces voitures-là passent par la même autoroute : le neurotransmetteur sud.

Dans un cerveau TDA, l’autoroute ressemble un peu à celles qu’on connaît au Québec : pleines de nids de poule et de travaux, constamment congestionnées, bref, les voitures prennent tellement de temps à se rendre à destination qu’il arrive qu’elles abandonnent l’idée. Ça crée des bouchons de circulation, et le cerveau sait plus vraiment comment réagir. Il voit « toute » pis rien à la fois. Les stimuli les plus forts lui font un peu l’effet d’une surprise et les réactions qui suivent ont pas le temps d’être réfléchies ou mesurées.

C’est pas étonnant qu’une personne TDA réagisse souvent trop fortement aux événements, puisqu’elle a tendance à se sentir un peu comme une balle de tennis dans une sécheuse. Brassée.

Hypersensible, je m’adresse à vous.

L’hypersensibilité peut vous atteindre à différents niveaux. C’est surtout émotionnel, mais ça touche beaucoup d’autres parties de votre être.

Émotionnellement

Vous êtes la définition même d’être à fleur de peau. Vous changez souvent d’humeur en une seule journée, pour des riens. Vous avez ce que j’appelle des robinets aux valves sensibles à la place des yeux. On vous décrit généralement comme susceptible, soupe au lait. C’est que les commentaires, même constructifs, vous touchent si profondément que vous avez tendance à culpabiliser de vos mauvais agissements imaginaires. Par conséquent, vous avez aussi tendance à vouloir plaire à tout le monde, afin d’éviter les mauvais commentaires, ou à vous suranalyser de façon préventive. Les humeurs des autres influencent beaucoup vos émotions. Encore ici, vous avez tendance à prendre cela de façon personnelle. Si quelqu’un passe une mauvaise journée, vous avez l’impression que vous lui avez fait quelque chose. Enfant, vous étiez relativement peureux, vous aviez besoin sans cesse d’être rassuré par vos parents. Désormais, vous êtes plutôt anxieux.

Vous avez probablement été marqué par votre découverte du « mal ».

Personnellement, je me souviens parfaitement avoir écouté les nouvelles, un soir au souper, et avoir entendu pour la première fois qu’un homme avait tué une femme quelque part à Montréal. Je devais avoir 5 ans. J’ai bombardé mes parents de « pourquoi » et de larmes, tout le reste de la soirée? J’ai passé un sale moment à découvrir que certaines personnes pouvaient faire du mal à d’autres.

Vous vous remettez difficilement des événements lourds en émotions. En amour, vous recherchez celui qui est capable de vous assurer que c’est pour la vie à la minute où le rencontrez. Vous prenez beaucoup de temps à vivre les choses à fond et arriver à les comprendre. Non seulement vous êtes empathique, mais vous aimez être à l’écoute des autres, car vous avez souvent l’impression de les comprendre et vous associer leur situation à des émotions que vous avez déjà ressenties par le passé.

Vous êtes tellement près de vos émotions que vous avez l’impression que les gens qui ne sont pas comme vous ne ressentent rien ou qu’ils ne savent pas quoi faire de leurs émotions.

Vous avez aussi un instinct hors du commun. Vous avez la capacité de ressentir les changements dans votre environnement avant même qu’ils n’arrivent. Vous savez tout de suite lorsque quelqu’un ne va pas ou qu’il cache quelque chose. Vous devinez souvent les situations, de sorte que les gens restent souvent hébétés devant votre perspicacité. Et vous êtes incapable de la justifier.

Mentalement

On dit des hypersensibles qu’ils pensent en symbole ou en image, contrairement à la majorité de la population qui aurait des pensées verbales. Si un penseur verbal peut penser jusqu’à 2 mots par seconde, on dit de celui qui pense en image qu’il peut susciter jusqu’à 32 images par seconde. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que les hypersensibles se dirigent très souvent vers des milieux artistiques. Vous êtes un créatif dans l’âme. Vous avez un sens de l’esthétisme très développé et un sens du détail. Tout ce que vous faites, vous vous devez de le faire à la perfection, sinon, vous ne serez pas satisfait. Vous êtes aussi doté d’un esprit logique et d’un grand besoin de cohérence et de précision. Vous détestez tout ce que vous n’assimilez pas tout de suite. Vous êtes d’ailleurs un grand impatient.

Vous avez tendance à vous poser beaucoup de questions existentielles. Vous avez souvent un penchant pour la spiritualité.

Généralement, les enfants hypersensibles font preuve de timidité. Très souvent, ils démontrent également beaucoup de pudeur. Malgré tout, ça ne veut pas dire que les hypersensibles sont des personnes introverties. Même que 30% d’entre eux sont extraverties.

Physiologiquement

Vous êtes aussi sensible en dehors qu’en dedans. Vos cinq sens sont très développés. Vous avez le nez fin et détectez les odeurs trop facilement (surtout les mauvaises!). Vous avez les yeux sensibles à la lumière et au vent. Vous pleurez d’un rien et vous vous retrouvez le nez froncé dès que la lumière reflète sur la neige ou sur l’asphalte. Les bruits forts vous meurtrissent les oreilles, les bruits urbains vous insupportent et vous empêchent de vous concentrer. Vous avez la peau sensible au soleil, aux chandails qui piquent, aux étiquettes de vos vêtements. On peut jouer au Tic Tac Toe sur vos poignets tellement votre peau se marque facilement. La chaleur vous vide complètement de votre énergie. Vous êtes aussi sujet aux allergies et aux intolérances alimentaires.

Heureusement, il y a aussi du positif : les caresses et les massages peuvent vous mener à l’extase. Le moindre toucher vous fait ressentir une envolée de papillons sur votre peau.

Et même si ça peut vous apparaître comme un fardeau d’être hypersensible dans un monde d’insensibles, il s’agit là d’un don exceptionnel. Ça fait de vous une personne authentique, ouverte et créative qui apporte un peu d’humanité à ce monde de pierre.

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4 thoughts on “À fleur de peau : les hypersensibles – Par Noémi Otis

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