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Je ne t’attendais plus

4_SEPT_2015_JULIEDUFOUR

Salut. Ça fait un bail.

Tu vas passer m’prendre dans quelques mois.

Je sais que tu vas m’emmener faire un tour pis j’ai peur. Peur de toi. J’ai peur que tu m’amènes quelque part où j’veux pas aller. Que tu m’traînes de force. J’veux pas te suivre.

Je sais que j’t’ai voulu. Que j’t’ai fait la cour plus souvent qu’à mon tour — avec ma belle robe rouge pis mon mascara de fou —  au bar pas loin de chez nous. J’avais 16 ans. J’aurais fait n’importe quoi pour croire que je t’avais, à ce moment-là. J’ai faussé mon identité pour que personne ne me démasque pis j’ai enfilé des talons qui m’agressaient le mollet pour que tu me voies comme une femme avec quelques années de plus, une vraie.

J’ai cru qu’une fois ensemble, tout serait possible et que plus rien ne nous arrêterait. Pas de limite. Pas d’interdit. J’pensais que nous deux on allait être heureux pis juste tellement mieux.

Tu me paraissais inaccessible. Tu me paraissais loin.

Quand j’ai appris que tu t’amenais dans le coin bientôt, j’aurais dû être heureuse pis hâtive à l’idée de te voir débarquer. Depuis le temps que je t’attends. Mais non : j’me réjouis pas à cette idée-là.

Je t’ai trop voulu : maintenant que je te t’ai, je ne te veux plus. Je sais que tu viendras me chercher bientôt, mais, sans t’offusquer, je préfèrerais remettre ça à un lointain tantôt. Dans ma tête, ça ne fait plus de sens nous deux. T’es plus aussi beau pis plus aussi doux pis tu m’sembles plus être ce qu’il y a de mieux à mes yeux.

T’sais, Trentaine, j’ai rencontré Vingtaine il y a de ça 9 ans. Ça été le coup de foudre nous deux pis j’n’arrive pas à imaginer vivre avec une autre dizaine. Nos belles années ensemble, Vingtaine pis moi, ont été nos plus belles.

On est heureux. Comme jamais, en fait, pis j’ai peur que tu changes quelque chose à ce bonheur-là.

Dans le fond, Trentaine, peut-être que je devrais te regarder avec mes yeux d’avant pis t’aimer autant que je peux, mais j’ai peur d’en être incapable. Je sais que tu t’en viens pis t’sais…j’appréhende ton arrivée.

J’crois pas être capable de changer pour toi. Je n’y arriverai pas.

Tu sais, Trentaine, j’veux pas te faire de peine, mais moi pis Vingtaine, on s’aime. J’peux faire comme si toi pis moi c’était vrai, mais dans mon cœur, ça sera différent.

Te v’là… 30 ans. Mais en dedans de moi, j’aurai toujours mes 20 ans.

J’t’aime Vingtaine.

Xxx

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