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Éducation sexuelle à l’école : perversion ou apprentissage?

« Ça d’lair que le gouvernement veut nous faire croire que les enfants ont une sexualité astheure! Pis qu’il faut donner des cours de sexe à nos enfants! Au primaire en plus! Dans cinq ans ça va être quoi? Des cours d’accouchement en 4e année? »

Vous avez sûrement entendu parler du programme pilote d’éducation sexuelle que le gouvernement mène actuellement dans quelques écoles primaires et secondaires de notre belle province. On a beaucoup discuté dans les médias des demandes d’exclusions qu’ont faites certains parents afin que leurs enfants soient épargnés du contenu dudit cours. Est-ce que l’inquiétude des parents est bien fondée? Est-ce que le gouvernement tente par ce programme de semer la graine de la lubricité et de la perversion dans les esprits purs et naïfs de nos enfants?

Fort d’un impressionnant CV journalistique constitué d’un seul article, je peux affirmer sans gêne que je suis un grand journaliste d’enquête. C’est pour cela que j’ai retroussé mes manches courtes jusqu’aux épaules et que j’ai plongé dans un magnifique document de 60 pages intitulé « L’éducation à la sexualité dans le contexte de la réforme de l’éducation » produit par notre cher gouvernement. Plus à la source que ça, ce serait bruncher avec le sous-ministre de l’éducation. Alors n’aie crainte Crépu, tu es entre de bonnes mains afin d’avoir des réponses à tes questions.

Premièrement : démystifier.

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Ce que le programme n’est pas!

  • Des séances de visionnement de porn avec les enfants;
  • Un outil d’hypersexualisation du gouvernement;
  • De la propagande LGBTQ;
  • Des cours de masturbation.

Donc, qu’est-ce que c’est?

Je résume grossièrement : ce sera des interventions, un peu comme des « ateliers » que les professeurs de différentes matières, au primaire et au secondaire, vont intégrer à leurs cours. Réparti selon différents thèmes qui seront abordés différemment selon le groupe d’âge des étudiants, le programme d’éducation sexuelle va répondre aux questions que les jeunes peuvent se poser, dans le but de démystifier le sexe, tant du côté de l’identité sexuelle et de genre que de l’acte sexuel et de l’image corporelle.

Fini le chou pis les abeilles. Par exemple, le programme propose d’expliquer aux enfants, dès l’âge de 5 ans, les différences entre le corps des garçons et des filles et d’expliquer les mécanismes de la grossesse et de la naissance. C’est répondre à la terrifiante question « Maman, les bébés viennent d’où? » Pour les adolescents, le programme propose de parler de pornographie, de prise de conscience de l’impact des images de genres stéréotypées véhiculées sur l’acceptation de soi, la violence sexuelle et, bien sûr, les classiques comme l’inévitable condom sur le pénis en bois (ou la banane, selon les budgets scolaires) et les ITS. C’est un programme très vaste.

Pourquoi?

Parce qu’on parle d’hypersexualisation depuis des lustres, mais qu’à l’exception de pointer du doigt, peu de mesures ont réellement été prises pour responsabiliser et encadrer les jeunes face à leur sexualité. C’est impossible de penser qu’on peut cacher aux adolescents (et aux enfants!) le fait que le sexe existe; il était temps qu’on trouve des façons de les accompagner dans la découverte de la sexualité plutôt que de l’ériger comme un tabou néfaste pour tous ceux qui n’ont pas 18 ans. Ça va permettre de mettre les attentes des deux sexes au même niveau pour que les premières expériences de chacun soient plus le fun. Quand y’a un des deux qui s’attend à ce que la nuit soit une scène romantique, douce et sensuelle sur un lit de pétales de roses sous les étoiles, pis que l’autre s’imagine de la grosse viande anale pis Big Boobs Gone Wild (fin de la généralisation extrême) c’est qu’il y a un manque d’éducation qui ramène les attentes vers la réalité. En moyenne, l’âge du premier contact avec la pornographie en Amérique du Nord est 11 ans. 11 ans, c’est genre 5 ou 6e année! C’est inévitable que les attentes soient modifiées. Pis des personnes osent croire que c’est un prof qui parle de « l’éveil de l’attrait sexuel » à cet âge qui va pervertir nos enfants?

Parce que l’enquête sociale sur la santé montre que « les jeunes filles de 16 ans ayant fréquenté un partenaire au cours des douze derniers mois, environ une fille sur dix a vécu de la violence sexuelle, une sur cinq, de la violence physique et une sur trois, de la violence psychologique. Chez les garçons de 16 ans, quatre sur cent ont eu recours à de la violence sexuelle, un sur dix, à de la violence physique et un sur cinq, à de la violence psychologique. » C’est simplement effroyable, et le fait que ce soit considéré comme acceptable, que presque rien de tout ça n’ait été dénoncé, montre qu’il y a un grave problème d’éducation sur ce que c’est qu’une sexualité saine et égalitaire. Putain. Dès l’âge de 5 ans, le programme propose de parler d’éléments d’exploitation sexuelle, et ce, jusqu’à 17 ans, question que tout le monde soit sensibilisé à l’inacceptable en matière de sexualité. Il faut que même les plus petits sachent que ce n’est pas correct de se faire obliger à jouer au docteur s’ils n’en ont pas envie et que les plus vieux soient préparés à dire « non », même saoul dans une initiation plus tard.

Est-ce que c’est quelque chose qu’un parent peut faire? Oui. Est-ce qu’on peut compter sur le fait que tous les parents vont le faire et vont le faire correctement? Non. C’est essentiel que ce soit un passage obligé (lire pas d’exemptions) pour qu’on puisse faire de nos enfants de meilleurs humains.

La partie de moi qui prône la liberté individuelle va respecter quelqu’un qui croit sincèrement que la meilleure chose à faire c’est d’exempter ses enfants du programme. Je comprends que c’est essentiellement un débat de valeur. Mais tout le reste de moi dit quelque chose comme : « Fuck you, viens pas pleurer sur mes épaules quand ton kid va pogner une chlamydia! »

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2 thoughts on “Éducation sexuelle à l’école : perversion ou apprentissage?

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