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Aimer les magazines féminins

Je suis une fille de magazines.

Petite, je décachetais les revues Châtelaine de ma mom en cachette pour pouvoir lire en primeur la table des matières. Femmes, voyages, mode, maquillage, horoscope, je lisais « toute », pis j’aimais « toute ». Je feuilletais tous les looks, tous les styles, je découpais même les catalogues Sears pour me faire des cahiers artistiques perso. J’avais ma chambre de rêve, mon kit de ville de rêve, mon kit de sport de rêve, t’sais tout ce que je n’avais pas dans la vie parce que j’étais la last kid d’une famille de quatre. C’était mon éveil, pis ça n’a jamais arrêté.

Ado, j’ai bricolé ma propre revue. Ça s’appelait Gazoule (ouin, jugez-moi pas) pis y’avait des articles super pertinents dedans comme un top 10 des plus beaux gars avec genre Marc Gagnon (lui en suit de patinage de vitesse), Sam Roberts pis Clive Owen (ouin, je les aimais matures). Je lisais dans les files d’attente du Super C. Le Dernière heure pour les scoops du Québec, le Paris Match pour ceux des « Zeuropes », pis ben le Elle, le Loulou, le Clin d’œil pis le Cooool. Le nombre de fois où j’ai bavé su Devon Sawa…

Can I keep you

Y’a rien de mieux que de lire et de regarder des magazines quand y pleut dehors, en pyjama avec un bon thé. Je pourrais dire, y’a rien de mieux que de lire le dernier Houellebecq, mais câlisse, des fois oui. Des fois, j’aime ça regarder le look in de l’automne qui approche, des fois, j’aime ça apprendre comment me faire un maquillage nude, des fois, j’aime ça la fébrilité de tourner les pages jusqu’à la dernière, toute dernière, qui va me dire combien j’ai d’étoiles en love ce mois-ci, feuilleter le dernier Vanity Fair et pleurer devant la beauté des photos d’Annie Leibovitz, cliquer sur la page Facebook de ma revue « franchou pref » : Paulette (t’sais quand on se met à énumérer…).

Femmes de Vanity Fair

J’étais dans un cégep l’autre jour, pour une étude sur la perception corporelle des 18-35 ans. On était debout dans le hall, à tendre des revues Clin d’œil (et là on va se le dire que c’est un cool magazine en ce qui a trait à la démocratisation de l’image corporelle). Bref oui, j’étais là, dans le hall du cégep, pis ben une étudiante un peu pressée m’a dit qu’elle en voulait pas de sa revue gratuite parce qu’elle étudiait en psycho…

Je me suis souvent sentie comme ça, catégorisée en tant que « lectrice de magazines féminins », comme si c’était honteux d’aimer ce divertissement. J’avais un ex qui ne comprenait pas, par exemple, que je puisse étudier en littérature et aimer regarder des articles de mode ou de beauté. Je me suis déjà sentie coupable de m’acheter un magazine, pour vrai, alors qu’au fond c’est ben moi qui décide de mes lectures!

Je vais faire une analogie, disons, particulière… Je me suis inscrite au gym cette année, un gym pour femmes. Là-bas, j’avais pas peur, ou plutôt, pas de gêne d’avoir l’air débutante, ni de faire des « steppettes » à la zumba même si j’étais la seule qui allait à gauche quand tout le monde allait à droite. Au gym, et c’est là que l’analogie commence, je me sens dans un univers confortable, sans jugement, dans lequel l’apprentissage est possible et le milieu, amical. C’est comme ça que je perçois l’espace que les magazines féminins ont créé, au Québec ou ailleurs. Ce sont des endroits d’échange, dans lesquelles les femmes peuvent s’épanouir en parlant d’elles-mêmes, autour de sujets aussi diversifiés que la beauté ou la politique.

Je parcourais récemment l’essai de Francine Pelletier, Second Début, Cendres et renaissance du féminisme, paru dans la collection de Nouveau Projet, et je lisais la même chose : le magazine (dans ce cas-ci La vie en Rose, revue féministe québécoise parue de 1980 à 1987) comme espace de libération féminine!

Second Début, Cendres et renaissance du féminisme de Francine Pelletier

Alors oui, les revues sont des objets d’émancipation, qu’elles parlent de Lady Gaga ou de Simone de Beauvoir, elles parlent avant tout de nous.*

*Le texte a été féminisé pour des raisons pratiques, mais il est tout à fait entendu que bons nombres d’hommes lisent également les magazines dits féminins.

ArianeLessardrondAliceArsenaultrond

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