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Saigner ensemble

C’est bien connu, les moments de la vie sont toujours plus doux lorsqu’ils sont partagés avec un être cher. De beaux exemples seraient une promenade au coucher du soleil, un après-midi dans les magasins ou encore vivre ensemble ses menstruations.

Vous avez sans doute compris que je ne vais pas parler des joies de faire des activités entre amies, mais bien des menstruations synchronisées. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un sujet qui me passionne infiniment, car ce serait un tantinet étrange — du genre je sniffe des poubelles sanitaires dans les toilettes des filles. Pourtant, j’oserais dire que c’est un phénomène vraiment intéressant. En effet, qui n’a jamais entendu parler de colocs meilleures amies qui, après quelques mois de vie commune, ont leurs règles en même temps? Moi et ma mémoire de chum, on est presque sûrs qu’il y a un épisode de New Girl où un des gars a son SPM (du moins, c’est comme cela que les auteurs le « caricaturisent ») en même temps que Zooey D*. C’est donc dire que c’est un phénomène assez répandu.

Mais qu’est-ce qui se passe?

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Écoulements communs — Acte 1 : la science

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que des scientifiques se sont intéressés au sujet. Au début des années 70, Martha McClintock a fait la toute première étude sur le sujet. Après avoir sondé 135 étudiantes vivant dans un dortoir, elle est arrivée à la conclusion que c’est un phénomène bien réel. Les filles étant amies et vivant ensemble avaient leurs règles à des périodes beaucoup plus rapprochées que celles qui se côtoyaient peu [1]. Pour expliquer cette proximité ovulatoire, elle avance que ce serait des phéromones (des hormones que l’on capterait par une petite glande à l’intérieur de nos narines), qui pourraient retarder le déclenchement des menstruations. C’est un phénomène qui a déjà été vu chez différents animaux, principalement des rats norvégiens [2]. (C’est un texte de science, c’est évident que j’allais parler de rats.)

Tel l’endomètre détruisant la fécondité, la science détruit souvent ses propres théories. Ainsi, d’autres recherches ont été effectuées sur le sujet, et les résultats ont été radicalement différents. La plus notable serait celle de Schank et Al [3], qui reprend exactement la même recherche, de façon plus rigoureuse, avec plus de femmes, sur une période plus longue et en notant exactement le déclenchement et la fin des menstruations. Résultat : les croisements ne seraient que dus au hasard. L’auteur affirme même qu’il y aurait eu beaucoup d’erreurs dans la recherche de McClintock. En gros, il affirme exactement le contraire.

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Alors qu’est-ce qu’il faut retenir? Et bien, que rien n’est sûr encore, mais chez les scientifiques, la balance penche un petit peu plus vers le mythe.

Pagayer ensemble la rivière Rouge — Acte 2 : autres explications

Donc, la science ne parvient pas à expliquer ce que certaines d’entre vous ont sans doute vécu. Une grande partie du problème vient de la notion de synchronisation. Pour la plupart des chercheurs, pour qu’il y ait une vraie synchronisation, pas un juste un petit « croisage » un ou deux mois ici et là, il faut que le déclenchement et la fin des menstruations se produisent le même jour.

Donc, c’est tout à fait possible d’expérimenter ce phénomène et de saigner ensemble (pour peu que l’on ait un utérus). Car en dehors de tout le discours au sujet des phéromones, il n’en reste pas moins qu’il est très possible d’avoir simplement des cycles qui se croisent. Genre : Lucie est menstruée le premier du mois et Stacy le deux. Si Lucie a un cycle de 29 jours, elle aura ses règles à nouveau le 30 tandis que Stacy avec son cycle de 28 jours se décollera l’endomètre aussi le 30. BAM, les utérus font leur grand ménage au même moment et, pendant plusieurs mois, le début des règles de chacune sera séparé seulement de quelques jours. Résultat : il est possible pour tout le monde de vivre le phénomène sans que ce soit une « synchronisation » au sens propre du terme.

84 % des femmes seraient au courant du phénomène et 70 % le trouvent plaisant [4]. Le fait que ce soit une expérience « positive » (pour aussi le fun que puissent être les menstruations) doit contribuer à la prévalence du phénomène. Non seulement on est plus portés à remarquer les coïncidences (donc à se souvenir principalement des saignées communes et à oublier toutes les fois où les écoulements étaient asynchrones), mais en plus, comme c’est une expérience agréable, on est plus portés à en parler et à en discuter. Ce qui contribue à répandre le phénomène.

Donc, est-ce que deux colocs BFF depuis qu’elles ont 3 ans vont se rafraîchir l’appareil reproducteur au même moment? À la lumière de mes recherches de grand journaliste scientifique, je répondrai que c’est bien possible, mais qu’il y a plus de chance que ce soit un simple croisement de calendrier que l’effet de phéromones. Ça reste quand même un maudit beau prétexte pour manger de la crème glacée.

* J’ai fait mes recherches : épisode Menzies, New Girl, saison 2, épisode 7. Fuck mémoire, t’es où pendant mes examens?

SamuelDinelrondAnneMarie

Photo de couverture : source

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