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Vivre pour travailler… ou travailler pour vivre?

Je sirote un latté dans un café du centre-ville en attendant le courage de me plonger dans mon travail de mi-session. Toujours à l’affût des occasions de procrastiner, j’écoute distraitement mes deux voisines de table. Les silences qui ponctuent leur conversation me laissent deviner qu’elles ne se sont pas vues depuis longtemps.

– Pis, tu travailles toujours à ton magasin de souliers?

– Oui, j’aime ça.

– Tant mieux! Mais c’est temporaire, j’imagine… Enfin, jusqu’à ce que tu te trouves un vrai travail?

Malaise.

– Non, ça me convient. J’ai pas trop envie d’avoir un autre travail pour faire plus d’heures et avoir plus de pression. Un burn-out dans cinq ans, non merci!

– Ah… Ben oui.

Le mépris dans sa voix m’a frappé de plein fouet. Le « ah » en voulait dire beaucoup. Mais est-ce si mal de ne pas vouloir s’investir corps et âme dans son travail? De vouloir travailler pour vivre et non le contraire?

Selon plusieurs, le bonheur passerait avant tout par la réussite professionnelle. Faire des études, se trouver un emploi dans son domaine et gagner de l’argent. Vouloir une carrière prometteuse et connaître une progression professionnelle, sur le plan tant hiérarchique que salarial, sont devenus la norme. Tout nous pousse à avoir envie de grimper les échelons et à viser toujours plus haut : la pression sociale, notre soif de reconnaissance, notre estime de soi…

Je rêve moi-même de faire ma place dans mon domaine et d’en devenir spécialiste. Une vraie de vraie. Du genre que je me fais courtiser par toutes les universités du Québec pour donner un cours. Carriériste? Non, plutôt ambitieuse. Une pulsion, au plus profond de moi, qui m’incite toujours à me dépasser et à parfaire mes compétences. Ce désir de dépassement de soi, je l’ai toujours eu. Déjà petite, je réécrivais un travail 27 fois avant de le remettre.

Mais je ne serais pas prête à sacrifier ma vie, ma famille, mes loisirs pour une augmentation salariale. Loin de là. Je veux exploiter mon potentiel et m’accomplir dans mon travail, mais mes priorités demeurent mon bonheur. Mon petit bonheur à moi. Égoïste? Peut-être. Mais heureuse, ça oui!

Et surtout, je comprends les gens qui n’ont pas reçu l’appel de la fameuse réussite professionnelle. Ceux qui ne veulent pas se faire « voler de temps » et qui préfèrent s’investir ailleurs. Ceux-là mêmes qui sont considérés comme marginaux dans notre société.

« Et comment ils vont se la payer, leur retraite?! », me diras-tu peut-être. Je te répondrai que c’est probablement eux qui ont compris le sens de la vie.

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Par Marie-Julie Chagnon

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