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La trentaine : choisir enfin ses amis

Dès la petite enfance, nous cherchons à entrer en relation avec les autres, à créer des liens d’amitié. Nous commençons par jouer côte à côte, sans vraiment interagir avec l’autre. Puis, peu à peu, nous développons notre capacité à entrer en relation d’amitié, selon nos préférences, certes, mais aussi selon ce qui est à notre portée. Nos premiers amis sont donc inévitablement les enfants des voisins et les cousins. Viennent ensuite les amitiés du primaire : Ton pupitre est voisin du mien et tu aimes les Barbie? Veux-tu être mon amie?

Lorsque nous arrivons à l’adolescence, l’amitié est plus importante que tout. Nous sommes persuadés que nous ne pourrions vivre sans notre BFF et notre gang. Nous partageons les mêmes intérêts, nous nous habillons de la même manière, nous adoptons le même style de vie. Nous ne nous différencions pas de nos copains. Le même scénario se reproduit au cégep et à l’université; notre vie sociale est à son apogée et c’est le concours de qui aura le plus grand cercle d’amis, le plus de connaissances, la gang la plus cool. Les opportunités de rencontre sont alors immenses, mais nos amis sont généralement des gens du même domaine d’études que nous, de la même résidence ou de la même association étudiante.

Constat : Depuis notre tendre enfance, nous choisissons nos amis par dépit. Soit parce qu’ils sont à proximité de nous ou soit parce qu’ils partagent les mêmes intérêts et occupations que nous.

Vers la fin de ma vingtaine, j’ai quitté la ville de Québec pour m’installer à Montréal. J’ai alors perdu mon réseau que j’avais mis plusieurs années à bâtir. Ne connaissant personne de ma nouvelle terre d’accueil, j’ai été forcée d’admettre que de se faire de nouveaux amis n’est pas une tâche facile. N’étant plus étudiante et n’ayant aucune famille ici, mon potentiel de rencontre était grandement réduit.

J’ai alors commencé à essayer de me bâtir un nouveau réseau social; collègues de travail, parents lointains, vieilles connaissances, voisins et amis d’amis. Au fil des années, j’ai rencontré plusieurs personnes, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais la profondeur des liens créés est demeurée, dans la plupart des cas, assez superficielle. Trop souvent, je suis rentrée de mes soirées, vidée, épuisée, portant un sentiment de solitude immense. J’en ai eu assez de me demander si j’avais réellement eu du plaisir, ou encore si j’avais vraiment connecté avec toutes ces personnes.

J’en suis venue au triste constat que certaines relations que j’entretenais étaient insatisfaisantes, superficielles et vides de sens. Pas parce que ces gens étaient méchants ou toxiques, mais seulement parce nos échanges ne m’apportaient rien. Ces relations ne me faisaient pas grandir.

Maintenant que j’ai passé le cap de la trentaine, j’en suis à me positionner sur ce que j’attends d’un ami sincère. Aujourd’hui, voir du monde pour voir du monde ne me satisfait plus. J’en ai assez d’avoir des rencontres truffées de « small talk »,  de « faire semblant » et de « bien paraître ». J’ai envie d’échanger, de grandir et évoluer, par le biais de mes relations d’amitié. Je veux pouvoir être moi-même, sans jugement et sans condition, et être vivifiée par nos échanges. J’espère être en mesure de rendre la pareille aux personnes qui me sont chères, parce que j’ai envie de m’engager sincèrement auprès des personnes que j’aime. Je veux pouvoir choisir mes amis, comme je choisirais un amoureux. Pas parce qu’on est voisins ou parce qu’on est pareils, mais bien parce qu’on connecte vraiment, qu’on s’accepte tel qu’on est et parce qu’on se développe ensemble.

Je crois sincèrement que l’humain ne peut se développer qu’en entrant en relation avec les autres. Je n’ai aucun regret, toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie m’ont apporté quelque chose. Que les amitiés ne soient que passagères ou de longue durée, que les échanges soient positifs ou négatifs, ces relations m’en apprennent  toujours un peu plus sur moi-même. À 32 ans, je sais maintenant ce que je veux et ce que je ne veux pas. Je privilégie désormais la qualité à la quantité. J’ai accepté de diminuer mes attentes envers certaines personnes de mon entourage et j’ai choisi de limiter mes contacts avec d’autres. Je n’ai plus rien à prouver à personne. Je veux être moi-même, être vraie. J’ai besoin d’être entendue et reconnue mais j’ai aussi envie de donner et de supporter. J’ai choisi de mettre mes énergies là où ça compte.

Aujourd’hui je peux compter sur les doigts d’une seule main mes amis sincères à qui je voue une fidélité sans borne. Des amis que j’aime sans condition, tels qu’ils sont, avec leurs défauts et leurs qualités. Même si elles sont peu nombreuses, je me considère aujourd’hui extrêmement choyée d’être aimée par ces personnes attentives, généreuses et dévouées. Et ces belles personnes, je les ai choisies.

Je vous dis donc merci, mes amis précieux, d’être dans ma vie.

Je vous aime xx

emilieouelletrondcatherine-jodoin

2 thoughts on “La trentaine : choisir enfin ses amis

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