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J’ai peur du sang

J’aime bien le mois d’octobre, parce que c’est un peu plus frais, on peut se promener les cheveux lousses sans se trainer un élastique au poignet, on peut commencer à porter des bas de nylon avec nos petites robes, pis on peut parader avec notre manteau à moitié attaché. Ça sent bon, les couleurs sont belles. Ce que je te nomme là, ce sont les classiques, hein. À présent, je vais t’expliquer pourquoi j’avais en même temps plus que hâte que le mois d’octobre finisse : J’ai peur du sang. Maudit, Stéphanie, t’a 25 ans. Reviens-en. Non, je te jure, c’est plus fort que moi. Je voyais les gens avec leurs photos de maquillage de visage en décomposition, sur Facebook, pis je faisais glisser mon fil d’actualité plus rapidement.

Si je regarde sur Google, la peur irrationnelle du sang se nomme de l’« hématophobie » (ou hémophobie). Les meilleurs films d’horreur, ben crois-moi, crois-moi pas, je n’en ai jamais écouté un au complet. Il y a toujours une passe où je me cache les yeux. C’est pas drôle, de ne pas feeler de même, à la simple vision du sang. Ça doit faire 20 ans que les gens me disent que « c’est du ketchup ». Mon frère plus jeune a déjà essayé de me faire écouter Décadence. J’ai failli m’évanouir quand il se sciait le pied. Juste de dire la phrase et j’ai un petit mal de cœur. Mais, pourquoi? La vision du sang me rend toute molle. Je fais juste penser à « prise de sang » et mes jambes tremblent. Il y a quelques années de ça, je faisais ma fraîche au festival Woodstock en Beauce, à me promener en « gougounes » (ben oui, cette année-là on n’était pas pognés dans les sables mouvants de boue) et je me suis solidement cognée l’orteil sur un piquet de tente en métal. Sur le coup, ça a fait mal, mais je continuais à vivre, sans trop m’en préoccuper. C’est quelques minutes plus tard, quand j’ai senti mon pied tout mouillé, que j’ai regardé mon orteil en question et que j’ai vu une mare de sang dans ma sandale, que je me suis mise à me sentir toute molle. J’ai dû m’accouder sur la voiture de mon amie. Je voyais des petites étoiles partout. Il a fallu que mon amie m’aide parce que je n’étais même pas capable de m’aider moi-même. J’étais toute étourdie. Merci, Claude.

Clairement, si tu meurs dans ton sang à côté de moi, je ne sais pas encore comment je réagirais. Sois je m’évanouirais à côté de toi, sois j’aurais une poussée d’adrénaline qui surgirait à ce moment. On va espérer la deuxième option, mais je ne te garantis rien. Je sais, ce n’est pas rassurant. Je pourrais dire que ça nuit à ma vie sociale, parce que combien de fois je me suis empêchée d’aller au cinéma avec des amis car ils allaient voir un film violent? Je rêverais d’être capable d’aller dans les maisons hantées, à l’Halloween. Mais bon, ça l’air que y’a pire que ça dans la vie, alors, pour le moment, je me contente d’éviter les films violents. Merci à mon chum d’être compréhensif là-dessus. Selon Internet, c’est « une peur très courante » qui arrive en troisième position après la peur du vide et celle des animaux. Je me sens moins seule. On dit que ça se guérit par thérapie. Je ne suis pas trop certaine d’avoir envie de m’engager dans une thérapie pour ça. Peut-être qu’un jour je vais en avoir assez et je vais aller consulter, mais, pour le moment, ça va encore.

Est-ce que toi aussi, tu avais hâte que le mois d’octobre soit terminé pour arrêter de voir du sang partout?

stephaniebourassarondcatherine-jodoin

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