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Le bonheur intérieur brut II

J’ai été célibataire pendant douze ans.

Pas abstinente. Pas nonne. Pas allergique aux relations amoureuses, mais de statut célibataire.

Je vous la jouerai pas longtemps : C’était à peu près jamais mon choix.

Dépendante affective au possible, je m’attachais presque instantanément, je collectionnais les amants impossibles (en couple, de passage, amoureux de ma meilleure amie, encore amoureux de son ex, homosexuel dans le placard, etc.) et… ils m’ont presque tous « trompée ». Évidemment, ça « comptait » pas vu que j’étais pas leur blonde, mais, comme il y en a dans le lot que j’ai fréquenté pendant 1, 2, 5, 7 ans, je peux vous dire que la blessure était tout autant vive.

M’en allais pour finir vieille fille. Ainsi, un certain temps des Fêtes, en voyage aux Chutes Niagara avec mon meilleur ami gai comme une fleur, je tonnais mes nouvelles résolutions pendant que les Chinois qui meublaient l’autobus voyageur avec nous tenaient leurs caméras vis-à-vis de leur fenêtre pour ne rien manquer du paysage bétonné Montréal-Toronto.

« J’achèterai un condo. Je l’habiterai seule. À Québec. Pour ma carrière. Sur le bord de la rivière Saint-Charles. Parce que c’est beau. Parce que je veux rester dans Limoilou. Je me ferai inséminer. J’élèverai mon enfant seule. Tu en seras le parrain. »

***

– « Chérie, ça te dérange si je me couche pas tout de suite avec toi pis que je vais lire un peu sur le balcon? »
– « Ben non, voyons, je dors deboutte. Je vais canter tout de suite, de toute façon. »

47 mois plus tard, ceci est mon quotidien.

– « Je t’aime chérie. À tantôt. »
– « Moi aussi je t’aime. Bonne lecture. »

Et mon chum, un hibou comme il ne s’en fait plus, vient se coucher auprès de moi au lever du soleil, après une nuit à lire, jouer de la musique, regarder des films, préparer ses cours du lendemain, s’occuper de sa fille qui a fait un cauchemar, etc.

***

Je sors avec des amies. Elles sont, pour la plupart, célibataires, comme moi. Avec mes rares amies qui sont en couple, sans doute par envie, je sens toujours un certain malaise. Y a qu’avec les célibataires, les aussi libres – et folles! – que moi, que je me sens à l’aise d’être moi-même. Aucun sujet n’est tabou, on se raconte nos dates foireuses, on est témoins des flirts des unes et des autres dans les bars, les partys, les shows… Un couple qui s’embrasse : L’amour, cette chose extraterrestre pour moi.

***

On travaille, on mange, on parle, on s’indigne de l’actualité, on procrastine sur Facebook, on lit nos courriels, on regarde des films en ligne, on écoute de la musique en mangeant, des fois on joue au Nintendo ou à des jeux de société, on fait l’amour, aussi. Et, la fin de semaine, tout porte la couleur juvénile de la fille de mon chum qui est avec nous et qui aime les dessins, les jeux de semblant, les toutous, les histoires, les jouets, jouer sur l’ordinateur de papa, etc. Avec le bain, les repas à heures fixes, les rituels de dodo, le trajet pour l’école, l’autre pour en revenir, un brin de discipline à l’occasion, des sorties agréables… c’est la routine depuis que je suis en couple, quoi.

***

Des heures. Me laver. Me maquiller. Me coiffer. Choisir ce que je vais porter. M’arranger pour être belle. Sexy. Me parfumer. Bijoux aussi. Rien qui prend trop de place ou d’attention. Juste ce qu’il faut pour marquer mon style.

Sortir en me sentant belle, prête à tout, confiante de rencontrer quelqu’un d’intéressant.

Revenir 5 heures plus tard chez moi. Remplie d’alcool. Vidée de mon cash. Empestant la cigarette. Et le dégoût de moi-même.

Je « pogne » pas. J’ai la charpente de Louis Cyr avec le coffre de la Castafiore. Je vieillis. Je mollis. J’ai rien de suave, d’enjôleur, de mystérieux, de délicat… Je ris plus fort que tout le monde, j’enterre sans micro des artistes sur un stage, je renverse toujours ma bière ET celle des autres, j’ai plein de tics et j’exècre les régimes.

Quand un gars s’intéresse à moi, il découvre mes autres « qualités » une fois rentré dans mon appartement. Ma to do list inclut, tous les jours, 72 affaires – souvent les mêmes – mais je choke toujours sur le ménage et la vaisselle. En plus, je sais pas cuisiner. Je mange des sandwichs au thon ou à l’hummus avec du fromage, devant mon ordi, en travaillant, ma table de cuisine étant à la fois un ramassis de traîneries et un perchoir pour mes chats.

Je vais finir seule, c’est garanti.

***

Chicane. Une autre. Pour ce problème-là. Encore. Celui-là ou un autre, on a le choix, y a tellement de sujets sensibles.

Au début de notre relation à mon chum pis moi, je voyais notre histoire comme un rêve. Il m’aimait – et m’aime encore – tellement que si on me l’avait demandé, je pense que j’aurais dit que je « recroyais » aux contes de fées.

Quand on faisait l’amour, je regardais mon chum, si beau, fin, attentionné, séduisant, que j’arrivais à peine à croire qu’il existait.

Je croyais presque en Dieu et je le remerciais pour ce miracle dans ma vie!

Au fil du temps cependant, y a fallu apprendre à se connaître et à exister en tant que couple, ce qui n’a vraiment pas été facile. Les disputes étaient fréquentes, véhémentes aussi. Au point qu’après deux semaines, je pensais que mon chum allait me laisser, pis qu’après un an, on a tous les deux consulté parce que notre « nous deux » était un genre de champ de mines : à tout moment, ça pouvait exploser.

***

Attendre cet appel qui ne vient pas. Ce courriel ne viendra pas. Cet amant qui ne veut plus de moi. Lui écrire. Des milliers de mots, la peau exsangue de s’être saignée de tous ses sentiments. Et nue de toute pudeur dans ma déclaration. Cette peau en deuil des caresses, des mains, de la bouche, de la langue et des lèvres onduleuses de l’amant. Et pour toujours. Comme enterrée vivante, toute ma chair qui hurle dans ma gorge. Pendant que mon cœur ploie sous le poids de la douleur. Le poids des larmes. Comme un boulet de canon en pleine poitrine et exhibé à tout vent pour m’humilier, dire à tout le monde : « Oui, j’ai mal. Pis???!!! C’tu de vos affaires??!! Laissez-moi souffrir en paix pis arrachez cette pitié de votre face quand vous me regardez! »

Insomnie, perte de poids, épuisement, alcoolisme.

Diagnostic de dépression. Pilules. Thérapie.

« Tout ça pour une petite peine d’amour? T’es décidément pas capable d’en garder un, hein? »

***

Intransigeante. Pour ne pas dire freak. Voilà la belle facette de ma personnalité que m’a fait découvrir le sentiment amoureux. Une espèce de germaine acariâtre, juste bonne à chialer sous sa robe de chambre et à engraisser jusque dans ses pantoufles.

Bref, faut que je fasse attention de pas devenir le cliché que j’ai tellement méprisé chez les autres.

Mon chum m’aime, mais y a vraiment des jours où je me l’explique pas.

Y a des jours où je demande au bon dieu, qui pourrait éventuellement exister, de me donner le courage pour passer à travers ça.

J’aime mon chum, mais y a aussi des jours où il ne comprend pas pourquoi.

Comme s’il n’y avait pas assez de place pour nous deux dans notre union.

L’amour ou le célibat, c’est pas une fin en soi. C’est pas une maladie non plus. Faut juste pas que ça serve de prétexte à tout mettre sur le dos de l’autre ou à attendre d’être heureux.

Mon petit bonheur intérieur, je remercie la vie de l’avoir. Mais surtout, je le construis. Je m’inspire de plus inspirant que moi : Vivre le bonheur, un jour à la fois. Sans le prendre pour acquis.

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