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Quand les questions cessent

Me poser des questions est certainement mon activité cérébrale la plus prenante de par sa constance et son intensité. Vous le savez, c’est également la trame de fond de tous mes articles jusqu’à présent. Plusieurs doivent se dire que je m’en pose trop. Par contre, d’autres doivent s’en poser tout autant, car, à l’exception de mes amies, il ne doit pas y avoir un grand nombre de lecteurs qui me lisent sans retrouver une part de leur schème de pensée dans ce qu’ils lisent.

Je me pose des questions vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ça n’arrête jamais, je me questionne constamment sur ce que je ressens ou sur ce que je devrais ressentir, sur ce qui se passe dans ma vie ou sur ce qui devrait se passer, sur ce que les autres pensent ou sur ce que j’aimerais qu’ils croient. Bref, ce n’est jamais relax and chill up here.

Je me remets en question, je fais de l’introspection, je suis une praticienne critique de la vie. Rares sont les moments où je pose des actions sans qu’elles soient préalablement réfléchies. Même mes erreurs sont analysées. Lorsque je commets des actes qui pourraient sembler à première vue provenir d’un manque de jugement, eh bien, ça ne l’est pas! J’avais pensé à mon affaire et j’avais délibérément décidé de les poser. Comme je me demande toujours ce que j’aurais pu faire autrement, je prends une très grande part de responsabilité dans ce qui se passe dans ma vie, pour ne pas dire l’entièreté de la responsabilité. Je préfère croire que je suis la fautive et ainsi fonder mes actions sur ce point de vue. De cette façon, j’ai l’impression de réellement avoir le pouvoir d’intervenir. Moi, je peux me changer. Les autres, je n’y peux rien.

Ce que je viens de décrire, on appelle ça un(e) control freak. Une personne qui ne peut pas se laisser aller, qui calcule tout, qui a besoin de tout gérer. Je travaille depuis quelque temps là-dessus, car j’en suis venue à l’évidence que je « tuais » une très grande part de la magie qu’opère la vie. Je tuais la vibe. J’intervenais trop vite. Je rejetais trop vite pour éviter de l’être. Je tuais l’œuf dans le nid. Donc, maintenant, je me concentre à essayer d’arrêter d’envisager, de tout prévoir. J’en laisse passer, je laisse certaines situations m’échapper. Je laisse l’autre prendre les rênes un peu et la vie se charger de mon destin.

Depuis peu, je remets en question le fait d’avoir des enfants plus tard dans ma vie. Du moins, cela ne représente pas autant une nécessité qu’auparavant. Je peux concevoir ma vie autrement. Des enfants je suis prête à en avoir, mais pas à n’importe quel prix et je m’assume. Par contre, j’ai visité à l’hôpital une amie et ses petites qu’elle venait d’avoir en septembre dernier. Et ça s’est arrêté. Le monde s’est littéralement arrêté de tourner. C’est comme si, à cet instant précis, tenir un petit être aussi fragile et aussi pur dans mes bras était mon unique raison de vivre.

Cette sensation que le monde arrête de tourner, ou d’être exactement au bon moment au bon endroit, ces émotions qui ont échappé au catalyseur de ma pensée critique, elles valent de l’or. Je les cultive lors des fous rires qui me subtilisent mon contrôle et me font rire en petit cochon, lorsque je fais des maths et lorsque je cuisine sans recette en laissant mon imagination créer un truc avec ce qui se trouve sous ma main. Pour moi c’est ça le bonheur, c’est lorsque mon petit hamster cesse de tourner dans sa roue. Multiplier ces moments où je peux tenir dans mes bras les petites jumelles de mon amie, où je ne peux cesser de rigoler, où je cuisine par plaisir et non par obligation et où je réalise les exercices du devoir de maths qu’auront prochainement mes élèves, c’est ma raison de vivre. En vieillissant, je me rends compte qu’on doit s’arrêter et faire du ménage dans notre vie pour ne garder que ce qu’il y a de positif et minimiser la fréquence d’apparition des situations qui nous rendent aussi anxieux. Voilà, c’est à vous d’isoler ces moments de pur bonheur.

carolannbedardrondmarieclaudebourquerond

One thought on “Quand les questions cessent

  1. Voici une recommandation pour toi. J’étais (et suis encore par moments) comme toi. Puis on m’as recommandé ce livre: Le Livre tibétain de la vie et de la mort. Ça peux paraître gros comme ça, mais ça parle de la vision bouddhiste de la vie. De l’impermanence des choses. Du lâcher prise, etc. Bref je te recommande la partie sur la vie.

    Bonne lecture

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