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Déplaisant, tu dis?

Être déplaisant sans aucune raison valable ou même avec de bonnes raisons justifiant éventuellement ce manque de respect envers autrui, ça cache quoi? Parce qu’on va se le dire, c’est un méchant problème que tu essaies de camoufler derrière ton « sens de l’humour » qui blesse les autres. Ces autres qui ne sont même plus à tes yeux des fucking humains si tu te permets de les traiter de la sorte. Des personnes qui ne t’ont jamais rien demandé. Elles ont juste eu la malchance de croiser ton chemin. J’espère que la gorgée passera de travers, voire ne passera pas du tout pour ceux à qui le chapeau fait. Et le chapeau devrait faire à tous ceux qui se sont déjà fait demander : « Hey man, pourquoi tu fais ça, sérieux, arrête de faire chier » et à quoi ils ont répondu : « Haha, je sais pas, mais c’est drôle ». Le chapeau me fait, je l’accorde. Je me suis déjà permis d’être méprisante gratuitement. Je ne suis pas parfaite et je ne cherche pas à l’être, mais désormais je vais y penser à deux fois avant d’être déplaisante avec la caissière du McDo à 4 h du matin quand je viens me remplir de junk pour faire passer l’alcool. La prise de conscience que j’aspire à vous léguer ici, elle me vient de ce besoin de faire mieux, de faire les choses de façon à respecter tout ce qui m’entoure.

Cette prise de conscience là, moi, elle me vient de cette superbe retenue que je surveillais à l’école secondaire où je travaille. Comme ma bio l’indique, je suis nouvellement enseignante au secondaire en mathématiques. Vous le savez ou, du moins, vous l’avez certainement entendu dans les médias : ce n’est pas facile d’être enseignante. Ce n’est pas nouveau, mais j’en ai fait le choix et je l’assume. Il s’agit d’un défi que j’ai décidé de relever. Alors, être nouvelle enseignante rime avec asseoir sa nouvelle autorité sur les élèves. Ma réputation ne me précède pas. Je suis la nouvelle et il s’agit là d’un rite de passage dont nous sommes tous victimes un jour.

Bref, un mercredi, quatrième période, mes élèves ne sont plus capables de se maîtriser. Ça parle trop fort à mon goût et je dois hausser le ton pour ravoir le contrôle de mon groupe. C’est l’escalade, je saute un câble. Je hurle en classe. Ma patience est mise à rude épreuve. Il est rendu 16 h 15 et je n’en ai plus du tout. Par contre, je dois surveiller la retenue jusqu’à 17 h 30. Et voilà, c’est arrivé.

Je me suis fait regarder comme si je n’étais rien. Le pire regard de ma vie, eh bien, c’est un élève de cinquième secondaire qui me l’a gentiment lancé. Et il a même osé dire, en réponse aux commentaires d’une fille l’avertissant de se taire, avec le ton le plus nonchalant qui puisse exister : « Ben quoi, il faut ben qu’elle apprenne ». À ce moment-là, j’étais bleu marine. Il se permettait de parler de moi comme si j’étais une plante verte dans le fond de la classe et, en plus de ça, il jugeait mes apprentissages. Un petit cul de 16 ans se permettait de porter des commentaires sur ma personne. J’ai par contre décidé d’ignorer le commentaire et je suis intervenue en présence du directeur le lendemain. Ça s’est bien réglé, il s’est excusé et il m’a dit que je n’étais pas responsable de ce flagrant manque de respect.

C’est là que je me suis dit : « Oui, c’est son rôle d’élève d’essayer de défier l’autorité, mais pourquoi manquer de respect? Parce que je suis enseignante? ». Mais pourquoi embêter des gens juste en raison de leur emploi? Comme dire d’une policière qu’elle est une « maudite chienne ». Ça nous avance en quoi? Se moquer de quelqu’un qu’on juge moins beau que nous ou dont le métier n’est pas assez prestigieux selon nous, eh bien, ça cache un mal de vivre, j’imagine. C’est d’être déconnecté de la réalité. C’est d’avoir perdu notre humanité. Ça me désole de constater qu’on le fait tous.

carolannbedardrondGabrielle-Bernier

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