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Basic-moi la switch à bitch

À toi,

À mon amie,

À ma basic bitch,

Je suis contente de te connaître. Connaître, c’est sans doute un grand mot, disons plutôt que je me reconnais en toi.

J’t’ai googlé, question de savoir à qui j’avais à faire. J’ai compris que j’arrivais quelques années en retard et que la grande vague de popularité avec toi est passée au-dessus de moi. Elle ne m’a pas atteinte. Je sais, je suis en retard. Et ça va à l’encontre de ton monde SO mainstream.

Moi, j’suis juste une fille de culture – populaire à temps partiel. J’vis dans l’passé et j’ai pas beaucoup de temps à moi dans l’présent…

Ça fait sens que je tombe sur toi avec quelques années de retard, non? Ton nom, basic bitch, est tombé dans une de mes conversations la semaine dernière, et j’ai pas pu m’empêcher de rire.

Si tu savais comment tu m’as fait rire.

J’ai dit ça à ma collègue de travail – Salut Camille! — pendant qu’on se fourrait la bouche de biscuits de Noël du Costco. J’y ai dit : « c’est tellement basic bitch de manger des biscuits dans c’te boutique-là. »

Pis on a ri – pas trop, pour pas s’étouffer avec nos beaux biscuits neufs.

J’ai dit ton nom de même, sur le fly, sans savoir ce que je disais. Ce qui m’arrive souvent.

Faque je t’ai googlé, question de te (re)connaître un peu plus et comprendre, qu’au fond, t’avais changée depuis l’temps.

Tranquillement, dans ton quotidien SO normal, les hiboux ont fait place aux chats. Les pumpkin spice lattes aux jus. Le Simons à H&M, le Urban Outfitters au Forever21. Les skinny aux cropped pants. Pis les cropped tops aux turtle neck. Sex and the City à Girls. Les cotons ouatés animaux aux crew neck designés à MTL. La zumba à la course. Ta passion pour les cupcakes pour les soupers-entre-amis-au-resto.

Photos à l’appui.

Au fond, j’imagine que t’as pas tant changé.

Tu hashtags-tu autant toute ce que tu fais?

La semaine passée tu hésitais entre refaire ton ombré ou te teindre blond-rose.

Tu portes plus de leggings avec des gilets XXL sur tes dernières photos Instagram. T’as un crew neck designé au Québec pis des sneakers blancs.

J’ai raison?

Pis en ce moment, t’hésites à refaire ton ombré ou porter le blond-rose qu’on voit partout.

Qu’on voit partout, et partout sur toi, dans ta vie.

Tu fais comme tout l’monde.

Comme moi, aussi – moi la première.

Vraiment.

Faut croire que je suis plus une fille de culture populaire que ce que j’pense. Dans l’fond je suis juste une fille normale. Comme toi, ma belle basic bitch. J’suis l’équivalent de la all-american girl, version made in Québec.

Faut croire. C’est ce que j’ai appris.

Au moins, on s’réconforte parce que toi-pis-moi, on est pas JUSTE des bad bitches, des boss bitches ou des dope bitches. Ou pire encore, une desperate housewives, une girl next door ou une scream queen.

T’sais, changer quatre trente-sous pour une piasse. T’sais, changer un stéréotype pour un autre.

C’est facile de dire que t’es superficielle, trop normale et donc inintéressante. Facile de croire que tu te définis par ce que tu achètes. On l’connaît l’refrain : Gucci Gucci, Louis Louis, Fendi Fendi, Prada, bla bla bla bullshit.

T’sais, avoir une opinion toute faite sur l’monde, sans aucune originalité. Ça, c’est basic en criss.

C’est quoi ton nom? Amélie-Claire-Sophie-Paulette. Stacey?

Enchantée, Stacey. J’peux t’appeler Stacey? Moi, c’est Emma.

Entre toi pis moi, t’as pas besoin de cette étiquette-là. Pourquoi est-ce qu’on doit encore être dans une tite case, sur l’top d’une étagère dans l’entrepôt de la société?

T’sais, jugez-nous. Ça ne fera pas de Stacey pis moi des femmes normales.

Certainement pas normales.

Parce qu’après mon dehors, y’aura toujours mon dedans. Hein Stacey? T’auras toujours ton dedans pour te racheter. T’auras toujours tes peines, ton premier amour secret de jeunesse, tes rêves-un-peu-fous que tu n’oses pas encore t’avouer. T’auras toujours des premières fois dont t’auras honte de parler. Pis ça, à mes yeux, c’est une brèche.

Que tu dises pas toute au bon moment, que tu te caches des affaires, que tu en caches aux autres, que tu t’endors mal la nuit, que tu remettes un travail en retard, que tu connaisses toutes les réponses à toutes les questions à Who Wants To Be A Millionaire, que tu magasines chez Forever21 question de budget, que t’aimes les fucking pumpkin spice lattes parce que c’est bon dans gueule pis ça fait du bien à ton être c’te dose de sucre-là, que tu capotes sur Guy de Maupassant et Émile Zola, que t’as déjà fait du ballet étant jeune, que ton sourire, tu l’dois à des broches qui t’ont maganné le sourire pendant 6 ans.

C’est compliqué, hein? Ton histoire personnelle, elle te complique?

Toute ça, c’est pas écrit dans ton front.

Tu peux laisser paraître ce que tu veux de toi. T’auras toujours ton intériorité — tes failles – qui feront de toi, Stacey, de moi, Emma, des femmes ben plus profondes que les rides qu’on va tenter de cacher un jour.

Of course qu’en apparence je suis comme toutes les autres. J’essaye fort. Basic-bitch-moi si tu veux. J’aurai un peu réussi à me fondre dans la masse. Of course, que je suis compliquée.

J’veux être comme toutes les autres – une vulgaire basic bitch – pis m’en dissocier haut et fort.

Ben oui, les filles c’est compliqué.

Ah ah ah ah!

Comment de fois tu l’as entendue celle-là?

C’est sans doute ça, aussi, être une basic bitch.

Être une fille, être tellement fille qu’on se rejoint dans cet autre cliché-là.

T’as le choix de ton cliché, fille. Tu prends lequel?

J’suis contente, Stacey, de pas avoir trouvé d’expression française pour parler de basic bitch. Pour parler de nous. Ça me rassure un peu. Sur nous, sur notre culture.

Pour le reste, me semble qu’y serait temps de la mettre à off, la switch à bitch – 2016 arrive quand même…

Basic. Basique. C’te mot-là, par contre, j’m’y identifie.

Ordinaire. Commun. Neutre. Fondamental. Essentiel. Des noms qu’on appose pas facilement à ceux des femmes.

Ça va venir, Stacey. Tu vas voir.

Basique Emma.

Basique Stacey.

Les bitches sont mortes. Vive les basiques.

Question d’être plus solides – dans nos fragilités.

Un jour, Stacey, j’espère juste être normale. Juste assez basique pour qu’on ne fasse plus de cas de moi, que plus personne ne ressente le besoin de me mettre une étiquette, de me ranger dans une case.

D’ici là, j’essaierai toujours d’y entrer, pour mieux en sortir. Pour moi, ça fait partie de la game.

EmmanuelleBelleaurondannemariebilodeaurond

Source (photo de couverture)

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