Menu

Je me suis assise sur du velours devant une inconnue (Partie 1)

Je me rappelle, j’avais 15 ans, il me semble, lorsque l’époque où je criais la majorité du temps pour communiquer mes sentiments, mes refoulements et mes appétits à mon parental a commencé. Tout nécessitait une octave de plus, que ce soit une demande d’autorisation pour aller à une partouze ou ma préférence entre de la moutarde ou de la mayo dans mon sandwich au jambon quotidien du secondaire. Vous comprendrez, mes parents, s’ils sont devenus sourds d’oreille, ce n’est pas par vieillesse, mais par choix. Mes crises étaient fréquentes et peu justifiées. Mettons la faute sur les menstruations tardives. (Cette fille de 15 ans de l’époque aurait rougi de malaise en lisant cette phrase, encore plus en l’écrivant.) J’étais immature, peu réfléchie dans mes actions, mais surtout très spontanée dans mes paroles. Je manquais beaucoup de respect envers ceux qui m’ont offert la vie, et mes mots étaient souvent poignants et blessants.

Un soir d’hiver, mes parents m’ont traînée par la capine pour aller discuter de tout ça avec une psychologue. J’étais blasée, et le sourire manquait à l’appel sur mon facial. Cette soirée est restée très gravée dans mes souvenirs. Je me souviens d’avoir à peine commencé à parler et d’avoir beaucoup pleuré. Des larmes de petite fille consciente d’avoir un vocabulaire salé et irritant. La pièce était tamisée d’une ambiance intime à la moyen-âge. J’étais très inconfortable dans ce réconfort orchestré. Fin du souvenir de 2008.

Les années ont passé aussi vite que l’apparition de la calvitie chez les jeunes adultes de 25 ans et moins. Le parcours psychologique a fait son chemin. Heureusement, j’ai mûri et je suis maintenant une jeune femme très fière de ce qu’elle est devenue. Le bagage de l’expérience a fait son plein et inévitablement, c’est rempli de nouvelles connaissances, d’opinions, mais aussi d’anxiétés de toutes sortes. Des anxiétés qui traînent depuis l’enfance et des nouvelles qui avaient hâte de faire ma rencontre.

Comme je l’ai déjà mentionné, l’anxiété a commencé à faire partie de mon quotidien plus régulièrement à 19 ans. Nous devenions des amies inséparables et heureusement, j’avais des proches avec qui la partager. Nous vivions toutes sortes d’expériences, nous vivions dans le monde du média, et plus j’avançais dans cette direction, plus je perdais le contrôle de ces petites boules noires qui me serraient de plus en plus la gorge. J’ai souvent dit qu’un jour, lorsque je serais à bout de force, j’irais, de mon propre gré, consulter de nouveau. Ce jour est arrivé en décembre 2015. Je n’en pouvais plus. Je me suis rendue à bout et je crois que personne ne devrait attendre aussi longtemps avant d’agir.

Le 22 décembre dernier, je me suis levée avec le film de toutes ces craintes qui me collent depuis si longtemps. De laquelle allais-je lui parler en premier? Comment allais-je lui raconter cette histoire qui semble juste être une avalanche alarmante déficiente de sens et décousue. Le matin même, je travaillais, et la seule chose qui passait en boucle dans ma tête, c’était le rythme avec lequel j’allais lui déballer tout ce que je ressentais. Et je savais déjà que ça allait ressembler à un épisode de Pretty Little Liars : ça n’aurait aucun sens, et jamais la fin ne viendrait.

C’est avec fébrilité que je me suis trouvée devant sa demeure. Déjà j’éprouvais le malaise de me demander si je pouvais entrer dans celle-ci (qui était le lieu du rendez-vous en question). Mais a -5 °C, mon instinct de survie s’est mis a ON et je l’ai fait. Une fois la patiente précédente sortie, la dame m’a accueillie dans LA pièce des confessions, et je me suis mise à l’aise. Assise en Indienne sur ce sofa de velours − ou peu importe le tissu, c’était doux ‒, elle s’est ouvert un coke diète et j’ai su que je pouvais commencer mon exposé oral. J’ai pleuré. Je déballais tout ce que j’avais à dire. Je pleurais, je riais, j’étais très brouillon. Elle notait. Je parlais encore, je la regardais peu dans les yeux. Je mouchais ce fond de teint appliqué avec peu de talent sur ma peau rougie par les larmes. Elle parlait peu, et parfois j’étais gênée devant ces silences maladroits ou intentionnels. Elle n’avait rien à voir avec le psychologue d’Au secours de Béatrice (qui suis-je pour critiquer?). Elle semblait avoir choisi un chapitre en particulier et vouloir travailler celui-ci. Elle m’a expliqué les devoirs que j’avais à faire d’ici le prochain rendez-vous. Il y avait deux filles assises devant elle. La fille vulnérable, à bout, sans énergie, fatiguée qui lui parlait de tous ces états d’âme. Et cette autre fille qui réalisait en écoutant étaler toutes ses craintes sur le tapis de la salle de thérapie à quel point elle n’allait pas bien, et que ça sonnait tellement plus dramatique que c’était censé l’être. Elle se disait aussi que tout ça ne servirait probablement à rien et que, bien sûr, les psychologues n’avaient pas la solution miracle non plus. NON, elle ne me sauvera pas des eaux, mais j’aime croire qu’elle aura une bouée de sauvetage à mettre à mon cou.

C’est avec un goût amer de déception à la bouche et du doute que je suis sortie de ce rendez-vous, mais je sais aussi que ce n’est pas une rencontre qui va faire la différence. C’est pourquoi je vais laisser la chance, − toutes les chances − de mon côté pour aller mieux et me donner les outils nécessaires pour y parvenir. Je donne un autre rendez-vous à vous aussi pour la suite de cette quête pour trouver cet équilibre entre ces Détraqueurs qui nous rongent et le reste.

Par Valérie Charlebois

popupelisetetreaultrond

Source photo de couverture

One thought on “Je me suis assise sur du velours devant une inconnue (Partie 1)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2022. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre