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« C’est pas ta fille! »

J’ai découvert que j’aimais les enfants il y a quatre ans, quand je suis devenue la belle-maman d’une petite fille de cinq ans.

Elle était parfaite : brillante, pétillante, resplendissante (obstinez-vous pas : c’est la.plus.belle.enfant.de.la.planète.), curieuse, talentueuse (ballet, cirque, karaté, piano, violoncelle, chant, théâtre…), attachante…

Et plus que tout ce que j’espérais : elle m’a acceptée tout de suite. Lucky girl! 😉

Quand, après neuf mois de relation, son père et moi lui avons annoncé que nous souhaitions que je vive avec eux, elle a sauté de joie; quelle chance d’avoir ce petit trésor dans ma vie!

Depuis elle, j’ai une collection plus riche que jamais d’œuvres d’art (c’est une dessinatrice exceptionnelle) et je me suis vu octroyer des diplômes que peu de personnes reçoivent dans une carrière, comme celui de la « meilleure belle-mère du monde »!

Je l’ai aidée à apprendre à lire, à écrire, à compter, à combattre sa timidité, à persévérer…

J’ai aussi expérimenté mes limites et ma patience, j’ai mis à l’épreuve ma tolérance et certaines valeurs que je croyais inébranlables; merci ma chérie, je grandis à chaque remise en question grâce à toi!

Mes amies et amis avec lesquels j’avais jusque-là l’habitude de sortir et de la vivre à la Bacchus toutes les fins de semaine, ont eu plus de mal que ma petite famille et moi à s’adapter à mon nouveau mode de vie :

– Voyons, tu sors pu! On te voit pu!
– Je sais, mais que voulez-vous, vie familiale oblige.
– Ben là, c’est pas ta fille!

Ou une collègue au travail, quand je lui ai dit que je feelais cheap à travailler pour monter mes cours toutes les fins de semaine, que la petite s’ennuyait de moi et avait toujours peur de me déranger.

– Mais c’est pas ta fille! Tu lui dois rien, elle a des parents pour s’occuper d’elle!
– …

Pire, un gars arrogant et saoul – une des dernières fois que je suis sortie dans un bar – et qui m’avait entendue parler de ma situation familiale avec mes amies, s’est permis cette très pitoyable remarque :

– Oublie jamais que t’es juste sa belle-mère! Va jamais te prendre pour sa mère, ok? C’est pas ta fille!

Cette.phrase.pathétique. « C’est pas ta fille. »

Comme si je le savais pas. Comme si je savais pas que j’avais jamais accouché ni allaité dans ma vie, t’sais!

Merci de me le rappeler, gang! Qu’est-ce que je ferais sans vous?

Je ne sors plus, pas parce que je n’ai plus envie de vous voir, mais parce que ça ne me tente plus de veiller dans les bars.

Je me sens mal de travailler le samedi pis le dimanche alors que je devrais passer du temps avec mon moi-même, mon chum, sa fille et toutes les personnes que ça me tente de voir parce que je travaille pour vivre et pas le contraire.

J’envoie ***** très profondément toute personne qui, sans me connaître et sans autorité pour le faire, se permet de me dire comment me comporter dans ma vie privée.

Parce que sous le fabuleux « argument » du « c’est pas ta fille », moi je devrais faire comme si elle était pas là? Comme si elle était un meuble qui se déplace dans la maison ou un animal domestique qui parle, genre?

Je vais vous dire ce que c’est, être la belle-maman de cette petite merveille : c’est être accueillie chaque fois que je la vois avec un sourire, c’est me faire demander de jouer, de dessiner, de regarder un film, d’aller dehors, de manger des sushis (elle ADORE les sushis!), de recevoir des amies, de porter tel vêtement plutôt que tel autre, c’est rire, c’est encadrer les petites règles de discipline (se ramasser, brosser ses dents, prendre son bain…), c’est border en racontant des histoires, en placotant et en chantant des chansons le soir, c’est vivre… Et c’est aussi recueillir les confidences, les peurs, les peines; toute la confiance du monde, quoi.

Tout ça – et tellement plus! – ça fait partie de mes responsabilités et de mes plaisirs d’être sa belle-maman. Mais ça ne veut pas dire que je me prends pour son papa ou pour sa maman. Des parents, elle en a. Disons que je suis le petit plus.

Un petit plus qui ne peut pas régler les chicanes entre ses parents, un petit plus qui ne peut pas empêcher la vie de l’éloigner de moi, un petit plus qui aura un giga moins dans son existence s’il doit faire le deuil d’elle un jour, un petit plus comme les petits plus qu’on voit sur les marques de yogourt et qui, pour le commun des mortels, ne veulent pas dire grand-chose.

Mais pour elle, je sais que je suis plus qu’un petit plus sur une marque de yogourt. Pis les gens qui comprendront pas ça, eh bien tant pis pour eux.

ElizabethCyrrondcatherine-jodoin

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