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La cheerleader

celle qui aime

L’autre. Celle qui a les cheveux toujours soyeux, le sourire infatigable, celle que tout le monde admire. Celle qui a été cheerleader. On sait que rien n’est parfait, bien sûr. Elle aussi, elle a sûrement dû arriver en retard à ses pratiques quelques fois, les cheveux gras ou ébouriffés et les yeux rouges parce qu’elle avait pleuré avant de s’endormir. Personne n’est épargné des écorchures au cœur, mais tout de même, c’est elle qui est assise sur le trône.

C’est elle qui est aimée de lui. C’est elle qu’il a choisie. Celle qui n’est pas moi.

Quand je repense aux hommes qui ont traversé mon cœur, je ne trouve pas d’autres termes. Ils l’ont traversé comme une balle perdue, de plein fouet, violemment, en ressortant aussitôt de l’autre côté pour s’enfouir dans la chair d’une autre, ne laissant derrière eux qu’un trou béant dans mon être vidé. Un être vidé n’a d’autre choix que de se questionner sur son vide, ou d’essayer de le remplir à tout prix, avec n’importe quoi.

Alors on reprend notre course. Cette course insensée après les garçons qui niaisent avec notre cœur comme ils niaisent avec une puck de hockey garrochée d’un bord et de l’autre sans cérémonie, pour se désennuyer pendant qu’ils sont sur le banc. Ceux-là qui ne sont pas game de répondre à nos textos ou de démontrer un signe clair d’intérêt (ou de refus). Ceux-là qui courent eux-même après les filles qui vont les niaiser à leur tour en leur faisant toujours miroiter une possibilité, car elles ont trop peur de leur lit vide. On se court tous après comme les p’tits gros courent après le truck de crème glacée : à bout de souffle, en s’humiliant et sans succès.

L’autre fille, il l’a sûrement choisie parce qu’elle sacre moins, boit moins, mange moins, pleure moins, est moins maladroite, plus sexy, moins toutoune, plus sportive, moins émotive, boude moins, rit moins fort et moins comme une truie qu’on égorge, a une meilleure job, un plus bel appart, de plus grands yeux, un plus petit nez, plus de boules, moins de fesses (ou moins de boules, plus de fesses)…

Cette fille-là a beau exister juste dans notre tête, elle n’en est pas moins réellement menaçante. On dit que quand on se compare, on se console. On dit aussi que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin et que la voisine a toujours de plus beaux cheveux et une plus belle robe. Moi je pense que la comparaison tue tout ce qu’il y a de beau et nourrit les mauvaises herbes qui envahissent notre confiance en nous. C’est une mauvaise herbe très maligne; on ne se rend pas toujours compte quand elle pousse. Plante grimpante qui accapare nos pensées. Au gym, dans l’autobus, dans un café, une salle d’essayage… Parfois, juste une petite tige sous la forme d’une seule phrase : « J’aimerais ça avoir des yeux de cette couleur-là » et pas « Tiens, elle a une belle couleur de yeux ».

Voici une chose que j’ai apprise : on est toutes la cheerleader de quelqu’un d’autre. Et tout le monde a des moments d’insécurité et se trouve aussi apte à vivre qu’un T-Rex à toucher ses orteils. Même la fille qui a eu la job, le stage, le rôle, le gars… ben y’a des choses qu’elle n’a pas eues aussi. Alors au lieu d’espionner le gazon de la voisine à travers les rideaux, on devrait se concentrer sur notre petit jardin à nous et arroser nos bégonias en paix. Même si parfois on aimerait mieux que ça soit des roses. C’est nos bégonias et si on ne les arrose pas, personne d’autre ne va le faire. Puis, ils vont faner et se faire bouffer par une mouffette. Il faut être capable d’admirer la beauté des roses sans l’envier et constater qu’elle n’enlève rien à celle des bégonias. Et ne jamais oublier que les roses ont des épines, parfois cachées.

Quand l’hiver arrive, c’est particulièrement difficile de prendre soin de ses bégonias, mais il ne faut pas lâcher. Un jour, ils seront tellement épanouis que tout le monde sera capable de profiter de leur beauté and they will bring all the boys to the yard.

jelenarjukicrondGabrielle-Bernier

Crédit photo : Sophie Latouche

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