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Utopie moderne

Si j’écris ce texte, c’est pour mes futurs enfants. C’est pour leur laisser un avenir qu’ils ne verront pas à travers un écran. Un écran parfois tellement mince, tellement clair, qu’il laisse croire qu’il montre la vérité.

Ne vous y méprenez pas, ceci n’est pas une critique des réseaux sociaux, mais plutôt une critique de l’utilisation que certains en font. Ici, je cherche à exposer comment ils peuvent pervertir. Je pense tout de même que les réseaux sociaux, quand on en fait une utilisation saine, sont géniaux. Ils permettent de partager de l’information et des conseils, de reconnecter avec de vieilles connaissances. Bref, je ne vivrais pas sans. Mais je dois admettre que j’ai peur pour les générations à venir. Je veux qu’elles voient la vie, la vraie vie, pas le faible reflet que les réseaux sociaux nous envoient.

Quand je vois des enfants de 8 ans faire des crises parce qu’ils veulent un iPad pour Noël, je suis découragée. Comment grandiront-ils, ces enfants? En croyant que c’est ça le plaisir? Que ça se trouve dans de vulgaires jeux sur un écran illuminé? Pour avoir vécu une enfance merveilleuse, je peux vous le dire il est où le plaisir. Il est dans le sourire de tes amis, dans la verdure de l’herbe, dans la sensation du vent dans tes cheveux. Le plaisir, quand on est enfant, ça peut être aussi simple qu’un bon chocolat chaud après une journée passée à glisser dans la neige. Ces enfants-là, ils ne grandiront jamais heureux si personne ne les réveille. C’est certain qu’ils ne seront jamais satisfaits de leur condition parce que toute leur vie, ils vont penser que le bonheur est dans le matériel.

Quand je vois ma petite sœur de 15 ans qui passe la majorité de son temps sur les réseaux sociaux, je suis découragée. Quand je la vois frustrée parce que Snapchat ne fonctionne pas et qu’elle ne peut pas répondre à l’une de ses quatorze fréquentations, je suis découragée. J’ai juste envie de la secouer et de lui crier : « Réveille-toi! Tu veux vivre? Ouvre tes yeux! Elle est là, la vie, juste devant toi, et tu es en train de la manquer. Tu veux rencontrer quelqu’un? Sors dehors, va dans un café, dans une bibliothèque et parle aux gens. Parle-leur avec ta voix, pas en tapant sur un clavier. Arrête d’avoir peur de montrer qui tu es vraiment. »

Si les gens pensent qu’ils vont trouver l’amour comme ça, ils se trompent, car une grande partie des personnes qu’on apprend à connaître sur les médias sociaux sont toxiques. Et s’ils pensent trouver un partenaire pour une nuit, ils ont probablement raison, mais ça ne rend pas la chose moins triste. Où est l’amour? Le vrai? Celui qui nous empêche de dormir? Je ne veux pas généraliser, mais plusieurs relations sont détruites, complètement écrasées par l’utilisation abusive des médias sociaux. Pourquoi? Parce que les gens tombent en amour avec quelqu’un qu’ils imaginent, quelqu’un que leur téléphone cellulaire leur permet de façonner selon leurs propres préférences. À travers un écran, les gens tombent rarement en amour avec un vrai humain, un vrai humain avec des défauts.

Tout ça, c’est sans parler de ces innombrables sites où des gens, souvent payés pour le faire, exposent leur vie. Leur vie factice composée d’amis factices et de sourires factices. Et qu’est-ce qu’on fait, nous? On pense que c’est vrai et on se compare. Et immanquablement, on réussit à se convaincre que tant qu’on n’aura pas une vie comme la leur, on ne sera jamais heureux. Mais toutes ses possessions et tout cet argent, est-ce vraiment ça qui rend heureux? Je ne pense pas. Trop souvent, on croit que les réseaux sociaux sont un miroir de la réalité, mais ce ne sont que des ombres. Trop souvent, on croit que ce qui nous apportera du bonheur, c’est d’avoir une centaine de likes sur notre dernier selfie. Mais il est temps de comprendre que le nombre de likes sur nos photos, ce n’est pas ce qui nous donne de la valeur en temps qu’être humain. Ce qui nous donne de la valeur, ce sont nos agissements, notre générosité, notre bonté, notre capacité à apprendre. En fait, tout, sauf notre personnalité virtuelle.

Ce monde parallèle, ce rêve flou, est en train de tuer à petits feux les grands esprits et les grandes idées. La plupart des gens veulent juste entrer dans le moule. Si je peux vous donner un conseil, essayer le plus possible de sortir de ce moule. Essayez de sortir de cette conformité qui vous courbe l’échine, et vivez.

Par Sarah-Jeanne McNeil (POP-UP)

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