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« Tu ne vis pas dans la réalité »

vivre dans la réalité

Enfant, déjà, mon entourage me faisait savoir que je ne vivais pas dans la réalité. Comme si j’avais un mauvais contact avec elle, que je vivais dans une bulle. Comme si je passais mes journées à admirer les reflets arc-en-ciel de ma bulle, jusqu’à ce qu’on me la fasse éclater pour que j’affronte le « monde réel ».

Moi, ça me mettait en colère de me « faire ramener à la réalité ». C’était aussi désagréable que le moment où les profs claquent des doigts en chantant des « réveille-toi! » suivis des « sors de la lune! » tout juste au moment où tu es sur le point de trouver la cure du cancer ou même de la stupidité. Dans ma petite bulle à moi, je pouvais être sensible en paix. Personne ne me disait qu’« y’a des affaires pires que ça dans vie » ou que « je suis pas la mère des pauvres ». Personne ne me disait de gérer mes émotions ou de prendre sur moi. Dans ma bulle, les mauvaises intentions existaient pas, les mauvaises actions non plus. Tout le monde était beau, bon, fin et philanthrope. C’était le yin sans le yang.

Je peux vous dire que j’ai mangé une méchante claque quand, pour la première fois, j’ai entendu parler d’un meurtre aux nouvelles. Les éclats de ma bulle m’ont vraiment fouetté le visage. Je comprenais pas comment les humains pouvaient s’entretuer sans que personne n’y fasse rien. Surtout, je comprenais pas pourquoi tout le monde tenait tant à ce que ce soit ça, ma perception du « monde réel ».

Après une couple de claques comme ça, ma vision du monde s’est modelée et a pris une autre forme. Malgré tout, cette vision ne concorde toujours pas avec celle des gens qui m’entourent. Désormais, le yang règne pas mal plus que le yin. L’ambiance est à la douleur et à la souffrance derrière le décor plastifié et peinturé à l’utopie capitaliste qu’ils appellent « le monde réel ».

Dans une conversation, je suis le genre de fille qui rappelle que, dans le monde, tous les individus ne bénéficient pas des mêmes privilèges que nous et qu’il ne faut pas les tenir pour acquis. On continue pourtant de me dire que je « ne vis pas dans la réalité ». Ça me paraît complètement absurde, considérant que le monde réel dans lequel ils vivent est digne d’une performance de théâtre fantôme.

« Ouin, mais toi, tu ne vis pas dans la réalité, t’sais… », me dit-on sur un ton de mépris.

Mais, la réalité ne s’arrête pas aux frontières de l’Amérique blanche. Et même là.

Promenez-vous sur la rue Saint-Joseph pour voir que votre réalité est différente de celle des autres.

Je suis de celle qui croit qu’il n’y a qu’une seule et unique vérité. Je ne crois pas qu’il y a autant de vérités qu’il y a d’opinions. Ce serait ridicule de dire que deux opinions entièrement contradictoires soient toutes les deux vrais en même temps. Or, il est convenable que chacun ait sa propre opinion et que cette dernière soit différente des autres opinions parce qu’une opinion n’est rien d’autre qu’une théorie personnelle basée sur la perception que l’on a de la réalité. Et notre réalité, elle-même, n’est qu’une perception floue de la vérité du monde.

La vérité, c’est ce qu’on devrait faire, mais qu’on ne fait pas dans la réalité collective (ou très rarement).

Ça fait longtemps que je sais que ma réalité est différente de celle des autres. On me l’a fait comprendre assez jeune en me présentant une réalité qui n’était pas la mienne comme étant l’unique vérité.

Le seul moyen qu’une réalité se rapproche de la vérité est de l’ouvrir à la réalité des autres et de l’inclure.

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