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À toi, mon voleur

voleur

 

Le week-end dernier, ma meilleure amie et moi nous étions en trip de filles à Montréal. Notre seul planning était de décrocher du quotidien et de mettre de côté nos petits tracas de la vie. Je peux vous l’avouer, cette petite escapade était des plus méritées.

Alors le vendredi soir après le boulot, nous avons pris la route depuis Québec pour la grande métropole. Nous avions réservé un appartement pour la nuit avec Airbnb. La route était belle, la musique était parfaite, les éclats de rire nous berçaient, la vie était bonne.  C’était la première fois que j’étais éloignée de mon nouveau copain et je vivais très bien la séparation. J’étais avec ma meilleure amie et je n’avais qu’une seule envie, soit celle de m’éclater avec elle. À l’arrivée, nous nous sommes préparées pour sortir et nous dégustions de bonnes bières belges pour nous mettre dans l’ambiance. Par la suite, nous avons pris un taxi vers le club Appartement 200, mais il était fermé.

Nous avons donc choisi d’essayer le nouveau club École Privée. Dès les premiers instants, je me suis sentie sortir de ma zone de confort. Je dois l’avouer, je suis une fille de campagne qui se plaît à croire et à faire croire qu’elle est de la ville parce que ça fait cinq ans environ qu’elle demeure à Québec… Et depuis que j’ai habité en Europe pendant six mois, je crois aussi à tort que j’ai tout vu et que je ne suis pas facilement impressionnable. J’aime bien me vanter à la blague que rien ne me fait peur. Eh bien là, je sentais que mon petit pub de Québec était bien loin de ce que je découvrais en entrant dans ce bar.

Nous prenons quelques consommations, je commence à oublier que je ne suis pas à l’aise tant que ça. J’ai du plaisir avec mon amie. Je ris beaucoup avec elle. Je n’ai pas trop envie de texter mon chum, ce qui était une bonne nouvelle en soi, car cela signifiait que j’étais capable d’avoir du plaisir sans lui. Je fais une dernière vidéo pour mettre dans la story de mon Snapchat vers 1 h du matin, et puis bang… Je vais à la salle de bain pour me rendre compte que mon iPhone n’est plus dans la pochette extérieure de mon Rebecca Minkoff. « Ah fuck ». Je n’ai pas l’habitude de perdre mes choses, mais ces derniers temps, depuis que je suis entrée à pieds joints dans la vie d’adulte et que je travaille à temps plein, je suis souvent distraite et je ne sais plus trop où j’ai la tête. Alors, il m’arrive d’égarer mes trucs comme… mon téléphone. Je fais le tour du bar, mais sans succès. Cette fois-ci je ne le retrouve pas. Je m’en veux beaucoup, mais en même temps je n’ai plus envie d’être avec tous ces gens. Nous quittons alors le bar, avec mon air bête et mon refus de m’amuser. Je pète également une coche à mon copain qui essaie de m’encourager à distance. Et je suis déplaisante avec mon amie qui essaie seulement de me faire oublier ces instants.

Le lendemain au réveil, je suis pleine d’espoir de le retrouver. Je m’excuse à tout le monde. Et c’est avec la ferme intention de repartir de Montréal avec mon téléphone que je commence ma journée. Avec ma compagnie de cellulaire, c’est la cata. Ils ne peuvent rien pour moi, car ça ne faisait pas trois mois que j’avais ce nouveau iPhone 6. Bref, le coût de cette gaffe s’élèverait à 1000 $. Un montant que je suis loin de posséder en ce moment.

Je décide d’appeler au bar pour leur demander si par miracle ils ne l’avaient pas retrouvé. Eh bien, faute de l’avoir retrouvé, la femme qui répond m’apprend que j’étais la douzième personne à qui c’était arrivé la veille. En fait, des voleurs avaient été interceptés par des agents pour le vol à la tire d’iPhones dans le club. Je devais donc communiquer avec la SPVM pour plus de détails. Au moment d’écrire ce texte, je ne suis guère plus avancée. Je n’ai plus de téléphone et je n’ai pas plus de nouvelles. Je suis en attente de savoir si je vais le récupérer.

Ce n’est rien de vital, un téléphone. J’en suis consciente. Personne n’a été blessé, c’est juste du matériel. C’est juste une prise de conscience qui me fait réaliser que je suis plus attachée à des biens matériels que ce que je pouvais croire. Je suis matérialiste comme ça. La terre s’est arrêtée de tourner quand je l’ai perdu. Pourtant j’ai un amoureux qui m’aime autant que je l’aime. J’ai une meilleure amie des plus compréhensives. J’ai des parents qui m’appuient peu importe la situation dans laquelle je me trouve. Cette perte de téléphone m’a simplement fait prendre conscience de ce qui me dérangeait réellement dans ma vie. Elle a réveillé quelque chose en moi qui dormait et que je laissais dormir avec soin. D’autres problèmes se sont mis en branle. Il y a des comportements que je dois changer. Il y a des efforts que je dois faire. Y’a du changement au pouce carré qui doit s’opérer.

À toi, mon voleur, j’espère que le vol de ce téléphone t’a apporté beaucoup plus que le mal qu’il m’a causé. Ce n’est pas tant l’objet perdu qui est un problème ici, mais tout ce que tu as réveillé, tous les désagréments que tu as causés. Je peux comprendre que tu ne l’as probablement pas fait par plaisir, mais plutôt par nécessité. Il s’agit peut-être de ton emploi, de ta façon de vivre. Ça m’attriste que tu ne mettes pas à profit ton potentiel dans quelques chose que moi je trouve sain. Ça me fait quelque chose de savoir que tu n’as peut-être pas reçu l’éducation que j’ai obtenue. J’ai été aimée, j’ai une morale qui fait en sorte que peu importe mes besoins, je ne ferai pas passer mon bonheur personnel avant celui des autres. Je ne te juge pas. Je suis gâtée de la vie : j’ai une conscience que je considère altruiste. Je crois être une bonne personne. Tu n’as peut-être pas eu cette chance. Tu m’as causé du mal, émotionnellement parlant, parce que tu m’as privée d’une fin de semaine où je pouvais décrocher de mon quotidien difficile. Je vis des choses que je n’ai pas envie de dévoiler. Et toi, tu as jugé que tes besoins étaient prioritaires à ma paix d’esprit. J’aimerais honnêtement comprendre ce qui t’a poussé à en arriver là. Toi et moi, nous ne venons pas du même monde et je suis navrée que tu n’aies pas cette chance que j’ai d’avoir une morale.

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