Menu

Assieds-toi, qu’on parle drogues!

Je me rappelle la première fois que j’ai pris un petit joint. C’était dans le parc (obviously) de mon village, sur les estrades. On était cinq à se partager ce petit bâtonnet d’herbes, et je pense que j’ai ben ben buzzé. C’était ça ou l’effet des quatre shooters de Jack Dégueux que j’avais pris juste avant. Mon été 2009 est celui où j’ai le plus consommé de fines plantes autres que de la salade printanière. Jamais de consommation en solitaire et toujours lors d’occasions spéciales. La fête du Canada, par exemple. Bref, ce que j’essaie de vous dire, c’est que je n’étais vraiment pas la plus grande consommatrice.

J’ai une grande ouverture d’esprit. Donc, je ne suis pas portée à juger ton mode de vie, tes consommations, tes fréquentations ou le fait que tu écoutes du Sylvain Cossette en cachette. Les drogues sont partout. Accessibles peu importe l’heure et dans n’importe quel parking d’épicerie près de chez toi. Ça n’a jamais été quelque chose que je ressentais le besoin de consommer et encore moins de posséder. J’étais celle qui en parlait ouvertement avec ses amis, ses parents, son plus jeune frère. Celle qui voulait être avec lui lorsqu’il allait en prendre pour la première fois comme n’importe quelle sœur qui veut servir à son frangin sa première gouttelette enivrante au crépuscule de ses 18 ans. Je n’ai jamais été une grande fan de drogues chimiques. Si tu n’étais pas un Rocket, si t’avais la forme d’un gun, d’un transformer ou du profil de Bart Simpson, tu n’entrais pas dans ma bouche. Il m’est arrivé une seule fois d’en consommer, le temps d’une nuit fraîche de mai. Je me suis sentie aussi glorieuse que Rose sur son Titanic. Croyez-moi que j’ai cherché longtemps mon Jack lorsque, tremblotant sur le prélart de ma salle de bain, je vomissais ce naufrage pathétiquement à quatre pattes. Aucune autre expérience chimique ne s’en suivit.

Ma relation personnelle avec les drogues, aussi fines soient-elles, s’est avérée amère et peu agréable. C’était plutôt un combat constant entre ce buzz et moi, et l’énervement de savoir qui allait en sortir vainqueur. La jeune adulte anxieuse que je suis était habitée de pensées obscures qui prenaient la majorité de l’espace, et j’appréciais l’expérience autant qu’un tour d’Ovni à La Ronde après avoir mangé quatre queues de castor cassonade-banane. Juste l’idée d’être prise dans cette sensation effervescente me donnait le vertige. Ça ne m’a jamais empêchée de me tenir avec des consommateurs, car on s’en souvient, je ne juge pas. D’autant plus que ce n’est pas parce que je supporte mal l’effet de ces substances que je suis contre leur usage. Mais pour avoir côtoyé des personnes qui consomment régulièrement, je peux affirmer que peu importe ce que tu prends ‒ drogues dures, molles, poudre, alcool ‒, si cette consommation affecte ton jugement, ton portefeuille, tes décisions, ta santé physique et mentale, ou celle d’autrui, il y a place à reconsidération. Plusieurs peuvent consommer et nous faire croire sans l’ombre d’un doute le contraire, car rien ne laisse entendre dans leurs actions ou dans leur charisme qu’ils ne sont pas à jeûn. Certains connaissent leurs limites, certains les repoussent, d’autres les dépassent.

Lorsque mensonge, fuite et prétexte se mettent de la partie, la game commence à être plus épicée, et malheureusement, le joueur se fait parfois avoir à son propre jeu. Évidemment, je suis plus touchée quand je vois ces personnes qui me sont plus précieuses que d’autres se laisser valser dans ces plaisirs éphémères qui s’imposent de plus en plus à leur vie. On espère que leurs expériences leur servent de leçons, de fables à raconter, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Mais parfois, ces plaisirs deviennent leur quotidien, leur « tous les jours », comme une seconde peau. Parfois, on ne saurait détacher l’essence du costume et les deux ne forment plus qu’un. Souvent se sont les proches qui paient le prix pour trop vouloir les guider, les soutenir, les éclairer. Ce qui me fait souvent peur, c’est que disparaisse cette luminosité allumée et vivante dans le regard de ces personnes que nous aimons, cette luminosité qui nous réconforte.

J’ai l’air grand-mère (et je le suis un peu). On ne souhaite à personne de s’égarer dans ces plaisirs à double tranchant, peu importe le vice. Si tu te sens perdu, il y a toujours plein de sites, de lignes téléphoniques et de gens prêts à te donner le soutien nécessaire pour retrouver l’équilibre. La modération a quand même toujours meilleur goût, disent-ils, même ton nombre de temps à passer sur Netflix. (Clin d’œil)

Par Valérie Charlebois

popupelisetetreaultrond

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de