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Ces filles-là

J’me suis surprise à espérer bien fort que votre article soit un article du Journal de Mourréal, une simple farce qui souligne les imperfections de la vraie presse, puis j’ai vu votre nom. J’ose à peine vous adresser la parole directement, car je ne voudrais pas favoriser ce clic que votre journal semble tant chercher. Je ne veux pas vous affronter ou vous insulter, mais j’aimerais comprendre.

On me dit que votre article était du sarcasme, que vous utilisez souvent cette méthode dans vos messages. Je suis pourtant une grande fan du sarcasme, mais si votre article en contenait, il manquait d’évidence et il en manquait le punch. Je ne suis pas là pour vous insulter ou pour vous prêter des intentions qui ne sont pas les vôtres, alors comme vos lecteurs, je ne peux me fier qu’à vos paroles.

Ces paroles qui au premier degré, si je suis dépourvue de la variante de ton que vous pourriez leur apporter, stipulent dans le texte et dans le titre qu’une fille, c’est un peu nono. Qu’une fille, ça ne dit pas souvent non à un homme. Qu’un homme, lui, est bien plus enclin à un bon jugement et est bien plus fort de caractère.

S’il y a des femmes qui écoutent ces hommes au doigt et à l’œil et que cela fait d’elles des nounounes, qu’en est-il de ces hommes qui exigent ces actions?

Je pense aussi à cet homme qui a déjà vécu la violence ou des agressions, l’homme qui se trouve gros, qui essaie de perdre du poids, qui ne se retrouve pas dans la description de l’homme que vous avez dépeint. Je pense aussi à cette femme voilée qui le fait pour un tas de bonnes raisons, sans se sentir forcée par un homme.

Je pense à ces femmes qui ont le choix et à ces hommes qui n’en ont pas.

Même si, tout le long de votre texte, j’ai grincé des dents jusqu’à m’en déboîter la mâchoire, j’avoue que la finale était probablement ce qui est venu m’atteindre le plus. Sûrement parce que je suis un peu tannée d’entendre les gens essayer de discréditer ces femmes qui vivent dans la violence ou qui subissent des agressions sexuelles. Ces femmes qui portent plainte et qu’on cherche à déconsidérer en publiant des morceaux de l’histoire comme si c’était la bande-annonce d’un film à voir absolument. En réalité, une femme qui vit de la violence, c’est beaucoup plus qu’une femme qui aime les hommes riches et célèbres: c’est aussi une femme qui a connu un agresseur qui sait manipuler. Une femme qui se fait agresser, c’est beaucoup plus qu’un article qui vend et une diversion publique.

Nous n’avons pas besoin de votre pitié, nous avons besoin de votre aide.

Que je comprenne votre sarcasme ou pas n’est pas important, car je ne suis pas d’accord avec les propos écrits et je pense avoir le jugement à la bonne place en ce qui concerne les débats hommes-femmes. Mais je pense à cette personne qui lit vos paroles et qui ne comprend pas la subtilité cachée – ou pas – derrière le texte, qui ne se questionne pas par votre texte et qui est seulement en accord avec celui-ci. Cette personne, d’ailleurs, est trop bien représentée parmi ceux qui écrivent leurs commentaires en bas de votre opinion d’aujourd’hui.

Je vous laisse donc le bénéfice du doute. Si jamais votre idée était de soulever les foules, qu’on s’indigne, qu’on se chamaille, c’est réussi. J’ai cependant passé beaucoup plus de temps à chercher à savoir si vous étiez sérieux, qu’à avoir une réelle discussion sur votre article. J’aimerais que votre article, qui comporte autant de sujets passionnants et frustrants, m’enseigne quelque chose, m’apporte un argument nouveau.

J’aurais aimé que votre article, s’il est vraiment sarcastique, ne sonne pas aussi nono…

dominiquebabinrondesthergirouxrond

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