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50 nuances dont 48 ne sont qu’illusoires

illusions

Quand les gens se rendent compte que j’écris pour un blogue, c’est toujours la même question qui revient : « Pourquoi? Pourquoi tu n’écris pas juste dans un journal intime, à la place? »

Parce que. J’ai pas à me justifier.
Pardonnez-moi, je ne me sens pas très enjouée et conviviale, ces temps-ci.
Vivement la mi-session.
Mais bon, vu que mon texte ne peut pas finir là, je vais continuer à écrire.

Je pense que la plupart des gens considèrent que je suis cruche, quand j’ai des conversations avec eux. Pis c’est correct, c’est pas comme si ça m’affectait.

Sauf que là,  je mens. Ça m’a déjà suffisamment affectée pour que j’y accorde l’importance d’y penser. J’ai fait une liste mentale.

Les gens me trouvent cruche parce que :
— Je déplace beaucoup d’air ;
— Je parle fort sous l’émotion ;
— Mes figures de style préférées sont l’hyperbole et ironie ;
— Je parle avant, je pense après ;
— Quand je suis mal à l’aise, j’essaie d’enterrer le silence sous un gros vomi de mots, peu importe de quels mots il s’agit, ce qui finit par laisser une grosse coulisse de malaise, et c’est encore pire.

Afin de remiser à la situation, la seule et unique solution était certainement que je me taise. Fallait que j’arrête de parler.

Parce que dès que j’ai acquis le droit de parole, j’ai développé une espèce de frénésie pathologique qui m’oblige à dégueuler mes mots. Comme un spasme violent. Même quand je ne pense pas ce que je dis, même quand je pense le contraire.

Pis j’aime exagérer.
J’aime exagérer si gros qu’il  n’y a plus d’espace pour un propos opposé.
Sans oublier que je peux dire complètement le contraire, la minute d’après.

On dirait que j’aime la réaction déconcertée des gens qui m’écoutent.
Comme pour donner une leçon.
Ça t’apprendra à m’écouter et à te prendre au sérieux.
Je ne me prends pas au sérieux, pas du tout.
Je ne vois pas pourquoi, ou même pour qui je le ferais, d’ailleurs.

LES MAJUSCULES EN SONT GÉNÉRALEMENT UN INDICE. SUBTIL, CERTES. MAIS TOUT DE MÊME.

Il est rare, voire improbable, qu’on m’entende un jour énoncer un propos qui ne soit pas blanc ou noir. Le gris est pour moi une créature mythologique aussi réelle que le monstre du Loch Ness, la fée des dents et la dette du Québec.

Le gris a peut-être été créé pour plaire à ceux qui hésitent, qui sont désintéressés ou ignorants. La neutralité, c’est un peu de ne pas savoir, après tout.

C’est un « Oui, mais… ».

Dans mon nuancier Pantone verbal à moi, il y a le blanc, le noir, et 48 nuances de rien pantoute. 48 nuances qui sont peut-être ajoutées par désir de plaire à une société de consommation. Ou peut-être pas.

Mais ça reste 48 nuances qui ne sortent pas de ma bouche.
48 nuances qui ne sont même pas drôles.
48 nuances qui ne font pas réagir le public.
48 nuances dont on ne se souvient pas.

C’est pour ça que j’écris.
Parce qu’à un moment donné, j’ai réalisé que ce que j’écrivais avait réellement du sens.
Qu’on y voyait plus facilement ma sensibilité. Parce que ça me donne l’air calme, pis que c’est ironique.

Parce que je suis obligée de m’arrêter pour penser, avant de taper sur mon clavier.
Parce que je suis capable d’être un peu drôle pareil.
Parce que les écrits restent, donc on s’en souvient.
Pis parce qu’en général, ça me représente plus que ce que je dis.

J’ai appris à créer, avec 48 nouvelles nuances utiles.

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