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Les aventures de Katou, Michou et le Bébé volant

bébé dans les airs

– Tu f’ras pas ça, m’man!

La maman de Katou titube vers le réfrigérateur, en ouvre la mâchoire, béante, néon hésitant, qui suinte de la petite ampoule jusqu’au plancher, un prélart carotté vert luzerne et jaune cireux.

D’une poigne franche, la maman de Katou agrippe un quarante onces de verre brun, porte le goulot à ses grognements, avale un quatre ou cinq secondes, tousse un bon coup.

– Cartain que m’a le faire! M’a le tirer dans le lac, ce bebé-là!

Katou tente de museler le mammifère de cuisine.

– Arrête donc de boère, moman! Va donc t’coucher, tu fais peur à la petite.

Le teint malade, la maman de Katou avance dans la direction de Katou mais, interrompue par un coin de table qui lui fait obstacle, elle entreprend de négocier avec lui son passage, le battant à coups de hanche et de coups de poing.

Katou, elle, retourne s’asseoir en marbre indien, trop accoutumée et pourtant toujours plus furieuse de ce genre de scène.

Cheveux hirsutes, la maman de Katou renverse une chaise.

Katou a le dos froid, la tête droite.

Dans sa robe d’été trop ajustée pour ses cent kilos, la maman de Katou triomphe de la petite cuisine du chalet qu’elle traverse à grand-peine, pour venir aboyer jusqu’au lit de camp où Katou berce, frénétique, un nourrisson langé de cris, dont le minuscule visage annonce un cataclysme.

La maman de Katou marque une pause, un temps où elle tente d’immobiliser son corps et ses nausées pour se concentrer sur ce qu’elle va faire.

Katou, depuis le lit, lui fait face. Tendue, elle essaie de calmer sa protégée.

La maman de Katou scrute tour à tour les deux jeunes filles comme on interroge une chose inusitée du regard, puis elle repart :

– Sa mère, c’t’une câlisse de vache! Y’a des limites à toute me faire payer tabarnac! C’est-tu son chum à elle qui loue le chalet icitte, hein? Pantoute! C’est le mien! Pis elle, que c’est qu’a paye? Rien!

Michou, l’ami de Katou, sort de la salle de bain et rejoint Katou sur le minuscule lit de camp. Michou porte ses seize ans avec plus de timidité que Katou, fixe sa montre… Quarante, quarante et une, quarante-deux… quarante-cinq…

– Pis si son câlisse de bebé arrête pas de brailler tu-suite, m’en vas le tirer dans l’lac!

La scène de la maman de Katou dure tout le matin. Michou n’ose pas regarder la femme, si aigrie à l’aube de la quarantaine, qui monologue ses jurons, gesticule avec elle-même ses menaces dans quelques pieds carrés de chalet. Et, quand il n’observe pas les aiguilles qui tiquent à son poignet, Michou le timide ose son cœur volcanique à des lèvres, à des pupilles de diamant…

– Tu vois ben que c’est pas l’temps, Mike, arrête ça!
– S’cuse-moi Kat. S’cuse-moi.
– Pis sais-tu la meilleure, ma fille? C’te chienne-là va appeler son bebé comme toé!
– Catherine, j’pense que je vas m’en al…
– Ben oui fais donc ça! Laisse-moé tu-seule avec ma folle de mére pis la p’tite qui feel pas. Débarrasse!

C’est ainsi qu’au coup de midi se terminent les aventures de Katou. Pour la petite histoire, Katou et Michou se sont séparés, la maman de Katou n’a pas lancé le bébé dans le lac et Katou et sa maman se sont réconciliées. Elles sont aujourd’hui très proches et s’adorent.

Les gens m’inspirent. Leurs histoires, surtout. Ce qu’ils vivent et ce qu’ils ont vécu. 

ElizabethCyrrondcatherine-jodoin

Photo de couverture : Source

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