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J’ai l’herpès

Ce sont des mots que je ne prononce pas souvent. En 7 ans, verbalement, je dois l’avoir dit 2-3 fois et à l’écrit, chaque fois que j’ai dû annoncer à mon nouveau partenaire la nouvelle ou me confier à une amie. Il n’y a pas une fois où ça m’a pas fait shaker, de peur de perdre la personne que j’aime, peur du jugement. Parce que j’me juge moi-même. J’me juge de moins en moins, mais j’me juge quand même. J’me juge parce que j’ai toujours prôné la contraception, toujours fait attention, toujours été la première à donner la leçon aux gens: « Fais pas le fou, protège ton bout ». Certaines personnes vont avoir une sexualité beaucoup plus exubérante et s’en sortir indemne, c’est pas juste. J’le souhaite pas à personne, et personne ne mérite ça, mais moi non plus.

J’ai passé les premiers mois à me sentir tellement sale, j’avais l’impression que mes simples gestes allaient me faire propager ma maladie partout sur mon corps, sur les autres… Mon vagin, mon pire ennemi. C’était ma faute, j’étais la conne. J’me rappelle pas une fois d’avoir blâmé la personne qui était allée voir ailleurs sans faire attention, l’homme à qui j’avais décidé de faire confiance dans une relation de presque 1 an. Même encore aujourd’hui, j’suis beaucoup plus difficile envers ma personne qu’envers lui. Probablement parce que c’était beaucoup plus décevant de ma personne que de la sienne. Une marque indélébile pour me rappeler mes mauvais choix amoureux. I should have known better. La vérité c’est que depuis 7 ans, l’herpès est présent dans mon système, mais je n’ai pas à dealer souvent avec des lésions. Dans mon cas, l’impact est beaucoup plus psychologique, parce que les ITSS c’est aussi ça.

Pis l’herpès, c’est une des jokes les plus populaires. « J’pas dédaigneuse, tu peux prendre mon Lipsyl, j’ai pas l’herpès hahahaha » ou encore « Tu veux goûter à mon drink, ça me dérange pas, t’en qu’t’as pas l’herpès hahahaha ». J’pas mal sûre que ça doit te dire quelque chose, des commentaires de même. J’l’ai ai tellement entendus souvent. Le nombre de fois où j’ai eu envie de répondre que oui je l’ai, mais non j’te le donnerai pas en buvant dans ton verre d’eau. De te dire à quel point ta joke est poche en criss pis ignorante. L’herpès, ce n’est pas une joke, c’est une ITSS qui ne se guérit pas. C’est quelque chose que je risque de transmettre chaque fois que j’fais l’amour aux gens que j’aime, quelque chose qui, même si le risque est minime, sera toujours présent. Je vivrai toujours avec la menace d’infecter la personne avec qui je suis, ma plus grande peur.

Je suis responsable, je ne prends jamais la décision à la place de l’autre en ce qui concerne le risque, une personne qui a des relations avec moi connait les enjeux que ça comporte et je suis grandement reconnaissante de l’accueil que j’ai pu avoir au fil des années. Je donne la chance aux personnes qui me côtoient, celle que moi je n’ai pas eu : de savoir. C’est important de faire attention, de se protéger des ITSS et de se protéger de l’autre…

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