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Semaine 3 : les attentes VS la réalité

« It’s never too late to be who you might have been. »

George Eliot

Mon maillot portant l’inscription « Train Like a Beast », déniché en liquidation dans un rayon mal rangé d’une grande surface, bien lavé et plié dans mon sac, n’attendait que ce moment où je le porterais pour m’entraîner comme une bête. J’avais un plan bien précis pour la semaine de relâche : six jours d’entraînement sur sept pour brûler un maximum de calories, une gourde pleine d’eau fraîche, une serviette propre pour essuyer ma sueur, une paire d’Adidas confortables, comme marcher dans un nuage, et la trame sonore de Rocky IV téléchargée sur mon lecteur mp3 pour rythmer mon cardio. J’étais prête.

L’idéal de Rocky Balboa fait partie de ma vie depuis que mon grand frère Stéphane a ramené la vidéocassette du quatrième opus à la maison, quelque part autour de 1988 ou 1989. La trame sonore est rythmée et motivante, davantage lorsqu’on comprend les paroles des chansons, et la scène d’entraînement en Russie est la meilleure des six films. Depuis ce temps-là, je rêve d’être en forme. En fait, depuis que j’ai fait la connaissance du boxeur de Philadelphie, j’aspire à réaliser des prouesses comme on le voit faire dans ses entraînements.

Paradoxalement, je séchais mes cours d’éducation physique à la bibliothèque parce que, étudiante à une époque où le mot « intimidation » n’existait pas encore, les autres élèves se moquaient de moi. Le plus souvent, le professeur semblait ne rien remarquer, mais il est déjà arrivé que ce fût lui qui parte le bal. Quand tu vis dans un petit village et qu’il n’y a qu’un seul enseignant d’éduc à ton école, six années de primaire, c’est assez long et pénible pour installer confortablement dans ta petite caboche l’idée que tu n’aimes pas ça le sport. Même si tu rêvais d’autre chose.

Petit à petit, je me suis convaincue que, comme je n’étais pas bonne en saut en hauteur, puisque je me recroquevillais au lieu d’attraper le projectile du maudit ballon prisonnier, le seul jeu autorisé à la récréation, et considérant le fait que je cours de manière encore plus ridicule que Forrest Gump avec ses armatures, je devais abandonner l’idée d’être en forme et de faire des redressements assis suspendue à une poutre de grange, un jour.

En me réinscrivant au gym, en amorçant une nouvelle fois cette démarche de mise en forme, je me suis promis de devenir celle que j’avais toujours voulu être : la fille en forme qui fera un jour des épaulés jetés, ou refera ce fameux Dragon Flag, exercice effectué par mon boxeur fictif préféré.

 dragon flag

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Ça, c’était le plan.

Dans la réalité, après un entraînement très satisfaisant qui m’a permis de brûler un nombre estimé de 784 calories (je prévois m’offrir un cardio fréquencemètre pour mon anniversaire dans deux semaines pour un résultat plus précis) lundi, mon plan a amorcé son agonie mardi matin quand je me suis levée avec les signes avant-coureurs d’une gastro-entérite. Le diagnostic, confirmé vers seize heures quand j’ai commencé à évacuer le méchant par le haut comme par le bas, a officiellement signé l’arrêt de mort de mes projets. Ci-gît ma semaine d’entraînement bestial, terrassée par les vomissements et la diarrhée. J’ai traîné mon virus aussi péniblement que ma carcasse jusqu’à vendredi, moment où j’ai commencé à reprendre du poil de la bête.

Assez pour recommencer à m’alimenter. À ce sujet, on ne savoure pas assez les petites choses de la vie comme goûter à un Jell-O. Quand on va à l’hôpital, on se plaint du dessert à la gélatine aux saveurs plus ou moins claires, mais il n’existe pas de bonheur plus grand après quatre jours à se régurgiter l’intérieur que de sentir sur ses papilles, les arômes artificiels qui tentent d’imiter les petits fruits.

Dans les faits, je n’aurais pas pu m’entraîner comme une bête. En tout cas, pas comme le tigre menaçant estampé sur ma camisole et que rappelait la chanson de Survivor Eye of the Tiger. Peut-être comme un tout petit minou mignon qui nous regarde avec des yeux de Chat Potté quand il décide de baptiser de ses excréments la litière qu’on vient de changer. Un chat cute qui fait des affaires cute comme ceux qui nous grugent notre temps quand on aligne les visionnements de vidéos sur YouTube.

J’aurais pu choisir de laisser mourir ma motivation là, de ranger mes rêves jusqu’à la prochaine fois où j’oserais les dépoussiérer, mais j’ai choisi une autre option. Le lundi suivant, encore un peu affaiblie, j’ai revêtu mon beau kit, j’ai chaussé mes espadrilles faites en nuage et, avec la trame sonore de Rocky IV dans les oreilles, je suis retournée au gym. Même si j’avais eu toutes les raisons d’arrêter. Même si c’était gênant quand tu as dit que tu viendrais tous les jours et qu’il n’en fut rien. Même si je me sentais quelque part entre le tigre et le chat domestique, j’y suis retournée.

marieevepoulinrondjoanieboutinrond

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