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Avortement : le deuil invisible

Chaque année depuis trois ans, c’est la même chose. À l’approche du 6 avril, je sens une vague de tristesse lourde et profonde faire son chemin dans mon corps. Est-ce mon inconscient qui me précipite sur ce tracé accidenté qui mène à cette date fatidique, ou est-ce la personne que je suis devenue qui s’afflige cette peine volontairement? Un peu des deux, je présume. Les réponses ne seront jamais claires et, dans ce cas-ci, les questions non plus.

Est-ce que je regrette mon geste? Non. Je le referais pour toutes ces mêmes raisons qui me concernent.

Mais j’ai ressenti une peine à laquelle je n’étais pas préparée. Je vis un deuil qui ne se dit pas, et qui ne s’apprivoise pas. Il s’accroche, cependant. Il s’est métamorphosé en une deuxième peau, ce spectre qui ne vit ni ne meurt. Il git dans le sourire des enfants des autres. Il jette un voile sur la lumière, les rares fois où je tiens un bébé dans mes bras. Il est une faiblesse dans mon genou quand je vois des couples qui s’aiment. De belles femmes enceintes. Des familles unies. Il râpe mon cœur sur l’asphalte quand je vois bien qu’on m’aime gratuitement, et qu’au fond de moi, je sens que je ne le mérite pas.

Les gens qui me connaissent ont tenté maintes et maintes fois de me rassurer rationnellement. J’ai été prudente, c’est vrai. Je fais partie du minime pourcentage des gens pour qui la pilule contraceptive n’a pas été une alliée parfaitement effective. J’ai souffert, c’est vrai. La procédure s’est étalée sur plusieurs semaines, trois hôpitaux, et de bien malheureuses complications.

Mais cette peine qui m’habite, c’est la seule forme de deuil à laquelle je n’aurai jamais droit. Ça semble peut-être étrange ou cruel d’en vivre un deuil, puisque j’ai moi-même pris la décision d’avorter. Pour certaines, un ou des avortement(s) ne laisseront aucune séquelle. Pour d’autres, ce sera dévastateur. Chacune le vivra différemment puisqu’il est impossible de prévoir de quelle façon votre corps, votre âme et votre cœur réagiront à une telle épreuve. Il importe seulement de prendre une décision éclairée, réfléchie et en fonction de soi, et d’accepter ensuite de vivre selon les aléas des émotions, des dates anniversaires, et surtout du temps qui adoucit les choses sur son passage.

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Si je pouvais te parler aujourd’hui, je te dirais que je t’aime. Que je pense à toi. Que j’ai pris cette décision pour nous deux. À toi, je ne voulais pas donner une famille instable comme celle que j’ai eue – ou pire encore. Je ne voulais pas que tu grandisses avec une mère qui allait un jour t’en vouloir parce qu’elle ne se serait pas réalisée, parce qu’elle aurait laissé tomber ses aspirations et ses rêves pour se consacrer entièrement à toi. Ce n’est pas que tu ne le méritais pas, bien au contraire, mais je crois bien que je n’y serais pas arrivé. J’ai longtemps mûri cette décision. J’étais moi-même une grande enfant triste et sans repères. Je suis toujours cette enfant qui ne sait pas, même si j’ai grandi.

J’espère que vous comprendrez. J’espère que si vous vivez ce deuil, vous vous sentirez moins seule. Mais surtout, j’écris pour vous demander de ne pas juger. Je sais bien que le 6 avril, j’ai besoin d’être aimée. J’ai besoin d’être aimée, d’être bercée et de me sentir acceptée, parce que derrière ce choix que j’ai fait, il y a des cicatrices que vous ne pouvez voir et une peine qui gronde, que je serai seule à porter. Pour toujours.

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Photo de couverture : source

24 thoughts on “Avortement : le deuil invisible

  1. J’ai vécu 2 avortement un en 2010 et un en 2015 les 2 avec pas mal de complication. Chaque année surtout a l’approche de la fête des mères je ressens une grosse peine dans mon coeur qui me fait extrêmement mal .. Je ne regrette aucun des 2 les 2 fois je suis tombé enceinte sur la pillule et sur la patch .. Les gens autour de moi ne comprenne pas ce poid qui reste et ne disparait jamais .. J’ai encore de la difficulté a prendre des bébés … Ton texte m’a fait un grand bien je me sens moin seul dans cette peine .. Bien que je ne souhaite ca a aucune femme .. Pour la première fois j’ai l’impression de ne pu être seule .. Courage la peine diminue avec le temps .. Merci !

  2. Je te comprends ma belle. J’ai ressenti exactement ce que tu décris quand j’ai pris la même décision que toi. Je lui écrivais et lui parlais avec une titanesque honte tous les jours. Je ne pouvais pas regarder un enfant, une maman, le bonheur dans les yeux. Ça m’a pris 10 ans avant de me pardonner. Parce que moi, j’avais fait ce qu’on m’avait demandé de faire, et j’étais incapable de savoir si c’était aussi mon choix ou seulement celui des autres. Aujourd’hui, je ne remarque pratiquement plus ce moment du calendrier qui me faisait fondre en larmes autrefois. Tu arriveras à faire le deuil sans l’oublier. Tu arriveras à t’aimer malgré ou grâce au geste que tu as posé. Bisous.

  3. Je crois que personne n’a le droit de vous juger. J’aimerais vous dire qu’il n’en valent pas la peine mais malheureusement le mal est fait et ça ne console pas…
    J’ai le coeur en deuil d’un enfant moi aussi autrement. J’aimerais vous donner le droit a votre deuil si ça peut vous donner un tout petit peu de douceur aujourd’hui, je vous berce et vous accompagne et le 6 avril de chaque année, je penserai à vous.

  4. Bonjour, moi aussi j’ai fait ce choix il y a quelques années, et moi aussi à la date anniversaire de son présumé jour de naissance mon coeur se serre.

    J’ai été triste assez longtemps même si je sais que j’ai fait ce choix pour moi et pour les mêmes raisons que toi.

    Aujourd’hui j’aimerais être mère et me sens prête pour. Si ça arrive, ça sera une grande joie. Ça ne sera pas le premier mais mon deuxième enfant.

    Le premier vit toujours pour moi. Plus en moi mais autrement.
    J’ai désormais une pensée tendre et aimante pour lui, mais je ne m’assène pas une double peine de culpabilité et de honte.
    Il vit autrement.

    Avec tout mon amour.

  5. Je n’ai pas vécu d’avortement, mais ce texte me laisse sans voix et me touche profondément. Je l’ai partagé à des amies qui sont passées par là, je suis certaine qu’elles vont apprécier vos mots.

  6. Merci pour ce post tellement juste.
    Aujourd’hui je n’éprouve plus de culpabilité mais seulement, toujours à la date fatidique, une vague de tristesse. Un rappel du mal-être que j’ai pu ressentir à ce moment la, un anniversaire malheureux mais nécessaire.

    Merci d’oser en parler librement et de ne pas laisser le sentiment de honte prendre le dessus.
    Nous sommes encore dans une société dans laquelle les femmes qui font ce choix sont traitées comme des criminelles, mais en réalité, nous sommes des Héroïnes, car avoir le courage d’aller à l’encontre des valeurs de la société pour prendre une décision aussi lourde, ne demande que force et amour.

  7. Le 20 mars de cette année ça fait un an que j’ai prit cette décision et malheureusement seule. Ma tristesse est grande car je n’ai mêlé personne à mon histoire je ne pouvais tolérer aucune forme de mépris, de honte ou de pitié. Avec cet avortement je me suis déçue et sans qu’il ne le sache j’ai déçu mon fils qui est enfant unique et me demande sans cesse un petit frère ou une soeur. J’ai été enceinte seulement 5 semaines mais je l’ai su très tôt et durant ces 5 semaines je savais qu’il était là les nausée et la fatigue me prouvaient sans cesse sa présence. Mon fils inconsciemment flattait mon ventre et l’embrassait, il a arrêté de le faire le lendemain de l’intervention. J’ai eu beaucoup de peine. J’ai aussi ressenti cette peine lorsque la date ou j’aurais du le mettre au monde est arrivée, j’ai de la peine lorsque je vois des frères et des soeurs se chamailler. J’ai encore plein d’amour à offrir et j’espère un jour retomber enceinte sans les contraintes qui m’ont obligé à prendre cette difficile décision. Je connais mes raisons et j’accepte ma décision même c’est difficile à vivre.

  8. Bien sûr que j’étais trop jeune et que mes études n’étaient pas terminées. Mais il reste en moi un profond sentiment de tristesse, le détriment d’un amour pur et inconditionnel. Pire encore : la confiance en mes moyens et l’abandon des miens à la poursuite de mes objectifs. Est-ce que Yannick aurait mes yeux, la carrure de son père ? Je ne le saurai jamais. 21 ans plus tard, j’entends toujours une petite voix raisonner en moi, des histoires invraisemblables m’habitent. Celles d’une vie impossible avec mon petit Yannick. Aujourd’hui j’approche de la quarantaine et je n’ai toujours pas d’enfant, moi qui en désire maintenant si ardement. Moi à qui on dit maintenant à quel point je ferais une bonne mère, à défaut d’être une tatie géniale. Est-ce la vie qui se venge ? Est-ce encore ma confiance qui se bouscule ? J’ai mal à la vie chaque jour, j’ai hâte que tu reviennes dans mon ventre Yannick.

  9. J’ai fait ce terrible choix aussi il y a maintenant plusieurs années et dans un silence presque total… je crois que je ne saurai jamais dire si c’était le bon choix ou non, bien qu’il ai été le plus douloureux de ma vie. Je pense n’avoir pas eu d’autre choix que d’enfouir et de vivre seule avec;
    Jusqu’à aujourd’hui. J’ai réappris (grâce à l’homme que j’aime) à m’aimer et il est évident que le bonheur est enfin la pour moi parce que je me l’accorde.
    Je ressent auprès de lui une évidente envie, comme jamais ressenti auparavant de créer ensemble notre famille et nous souhaitons les 2 avoir un enfant. Depuis maintenant plus d’un an, nous laissons la vie suivre sont chemin mais malheureusement, cette chance n’arrive pas et chaque fin de cycle est devenu pour moi un terrible calvaire. La douleur psychologique directement reliée à mon vécu et qui ressemble à cette vague impossible à retenir, ce gouffre complètement immaîtrisable et destructeur, durant 1 à 2 journées. Puis mon moral et ma joie de vivre me ramène à la surface et coup sur coup, je tente de retrouver confiance aux belles surprises que nous offre la vie, mais la répétitions cyclique de ces déceptions aggrave cette souffrance chaque mois et les efforts pour remonter sont de plus en plus considérables. Au début, je vivais cela comme une véritable injustice que je méritais bien sûr… maintenant même malgré tous les efforts possible, cela ressemble à un tsunami de chagrin dépressif… Je souligne malheureusement et honteusement que certaines citations plus haut sont terriblement ressenties car il est vrai que les moindres détails touchant de près ou de loin à cette injustice vécu (regard d’enfant, jeune maman…) peuvent être personnellement destructeurs et ressenti encore aujourd’hui comme affreusement injuste.

  10. Merci pour ce témoignage qui me rappelle tant mon histoire.
    C’était il y a bientôt 6 ans, le 12 mars exactement, que mon petit amas de cellules (selon les termes de ma psychologue), mon petit Gaby (selon mes termes à moi) a été expulsé de mon corps.
    Six ans que je me demande de quel droit j’ai refusé que la vie triomphe, en dehors de toute considération religieuse. 6 ans que je me dis que finalement j’aurais peut-être réussi à le rendre heureux cet enfant.
    6 ans que chaque 11 novembre je me dis que ce devrait être un jour de joie, l’anniversaire de mon petit Gaby.
    6 ans que la tristesse m’accompagne.
    6 ans que je me persuade que je mérite d’être punie par là où j’ai péché (sûrement une considération religieuse inconsciente) et que je redoute plus que tout le cancer du sein, de l’utérus et des ovaires. Aujourd’hui je suis persuadée de m’être fabriquée un cancer du sein gauche (celui de la maternité chez une droitière) et je suis terrifiée.
    6 ans d’épreuve que je traverse seule, de phases de déprime et une dépression actuellement.
    6 ans que j’imagine quel petit garçon pourrait être mon petit Gaby : blond comme sa maman ou brun comme son papa, espiègle, têtu, casse-cou ou trouillard comme moi.
    6 ans sans qu’une seule journée ne passe sans penser à ce petit garçon (je ne sais pas pourquoi j’ai toujours penser que c’était un petit homme), à ce que pourrait être ma vie aujourd’hui si elle était égayée de rires d’enfant.
    6 ans de culpabilité
    Face à cette tristesse présente intérieurement depuis 6 ans et qui a pris le dessus sur l’extérieur j’ai décidé d’entamer un travail psychologique. Et ma psychologue a été effarée lorsque je lui ai dit que personne à part le papa n’était au courant et que depuis 6 ans je suis seule avec mon histoire douloureuse. Je pensais cette histoire éminemment personnelle et avouons-le j’avais peur d’être jugée. Alors aujourd’hui je me suis ouverte à 2 amies qui ont salué mon courage d’avoir traversé ces 6 années d’épreuve seule. Je n’en suis pas encore à parler de courage. Pour moi j’ai plutôt manqué de courage en refusant de tenter l’aventure si extraordinaire de la vie.
    Il y a un avant et un après 12 mars 2013. Avant j’étais pleine de projets, insouciante, les soucis me passaient au-dessus. Aujourd’hui j’a perdu toute capacité d’insouciance et d’oubli, je ne parviens pas à faire de projets à moyen ou long terme, je suis devenue tres tolérante (c’est le côté positif), plus généreuse et hypersensible. Je ne m’autorise que très rarement d’être heureuse.
    Ma psychologue dit que je me punis. Il y a sûrement une part de vérité je le sais mais pour passer au stade de l’acceptation et du pardon à moi-même j’ai encore besoin de temps
    Je finirai simplement en disant que si une mère se souvient toute sa vie du jour où elle a mis au monde ses enfants, moi je me souviendrai toute ma vie de ce 12 mars 2013 comme du jour où j’ai nié la vie

    • Votre message n’est pas si ancien. Je vous réponds, peut-être lirez-vous… Comme vos lignes m’ont touchées !!! J’espère vraiment que l’on vous prend dans les bras, qu’on vous console. Car tout ce que vous » méritez », c’est d’être consolée, choyée. Ce moment où la décision que l’on prend est motivée par « je n’y arriverai pas »… Puis vient les moments terribles, ou l’on se dit que c’est parce qu’on était seule ( où pensions-nous l’être), que cette décision a été prise.
      La seule personne qui peut vous pardonnez, c’est vous. En passant par du tiers ( la psy, les amies) vous permettez à l’autre de pénétrer dans votre histoire intime avec Gaby, et alors, pourrez-vous enfin vous pardonner. Je vous le souhaite de tout mon cœur. Nous sommes, dans ce que vous livrez, des sœurs d’histoire. En tout cas, dans ce qui a fait décision, et dans cette peine insoluble qui accompagne au quotidien : pourquoi n’ais-je pas pu faire confiance ?
      Avec toute mon amitié

      • des soeurs d’histoire… ces mots me vont droit au coeur c’est pourquoi j’ai choisi de vous répondre, bien que tous les témoignages que je lis ici me touche profondément. Il y a déjà 20 et 30 ans que je n’ai pu laisser s’incarner ces âmes et ma tristesse est encore grande. Je crois qu’elles ont également fait un choix…que la décision s’est prise « ensemble » en quelque sorte, malgré le fait que je continue à en prendre toute la responsabilité parce que c’est moi qui était là, sur Terre à ne pas les accueillir. Une jour, j’espère comprendre pourquoi nous avions cette épreuve à « vivre ». Merci pour votre texte.
        Je nous souhaite à toutes, la paix du coeur.

  11. Merci pour votre témoignage et tous ceux qui ont suivis.
    Le 25 février 2019 sera mon fardeau à moi… Le début d’une autre vie où mon cœur se sert quotidiennement, et où les larmes pleurent cet enfant qui ne naîtra pas.
    Est-ce que j’ai pris le bonne décision ?!
    Je ne sais pas… Mais malheureusement c’est trop tard.
    Plutôt qu’un bébé, c’est ma culpabilité et ma tristesse qui m’accompagnent et prennent sa place. Je suis la maman d’un bébé mort.
    Il aurait été mon quatrième enfant, je lui cherche un prénom, car j’ai besoin de faire le deuil d’un enfant et pas d’un avortement.
    J’espère qu’il me pardonne et qu’il est en paix.
    De mon côté, je ne sais pas si j’arriverai à me pardonner…
    Je vous souhaite à toutes d’être heureuses…

    • Moi aussi, il aurait été mon quatrième enfant…
      Je le pleure chaque jour…
      Le 5 avril 2019, il est parti rejoindre les anges…
      Je ne me pardonne pas, et je pense que jamais je ne le pourrai….
      J’espère aussi qu’il est en paix.
      Bon courage, je vous comprends tellement

  12. Je viens de lire vos messages dans lesquels je me retrouve. J’ai avorté deux fois, deux grossesses involontaires avec le père de mon fils duquel j’etais Séparée. Il n’en voulait pas, je n’ai pas eu le courage de les garder, de peur pour ces deux enfants et peur pour mon fils. Ma psy dit que j’ai voulu tous les protéger. Moi je m’e veux, d end pas m’être battue et de ne pas m’etre fait confiance.
    Je pense quotidiennement à ces deux enfants perdus et je m’en veux de laisser mon fils seul.
    J’ai tellement de peine, de honte et de culpabilité.Je voudrais seulement vivre sereinement avec ces deux enfants que je n’ai pas eu le courage de garder. Je les aime et leur demande pardon

  13. Vos lignes me touchent toutes beaucoup ce soir.

    3 juillet, il y a dix ans, je me rends compte que je suis enceinte. J’ai 24 ans, je connais le père depuis quelques semaines seulement, mon boulot ne me plaît pas et je n’ai pas fini mes études, je vis dans 18m2 et lui vient d’être licencié et de se séparer de sa copine donc il dort chaque soir sur un canapé différent… : on s’adore et on est très émus tous les deux d’être « parents », ce qui instantanément crée une proximité supplémentaire alors qu’on se connaît depuis peu de temps, mais si l’idée nous a effleurés de le garder dans la soirée, le lendemain matin c’est très clair : ce serait complètement irresponsable.

    Direction le gyneco. On ressort de là bouleversés par l’échographie, qui indique que le fœtus a trois semaines. C’est très paradoxal, car à ce moment là et durant les dix jours qui suivent (cf temps de réflexion réglementaire avant la prise des médicaments etc.) on est vraiment très heureux et on se sent parents, alors qu’on sait qu’on va mettre un terme à cette histoire. Pas de tristesse du tout, c’est même en soi un merveilleux souvenir : beaucoup d’émotions et d’écoute de mon corps, de rires et de passion partagés, on est hyper heureux que je sois enceinte, mais on ne veut pas être parents en fait. Pas comme ça, pas tout de suite. Même si ce que je raconte pourra sembler étrange à certaines, c’est vraiment ainsi qu’on l’a vécu, une sorte de parenthèse, certes bouleversante mais vraiment enchantée.

    J’avorte par voie médicamenteuse chez moi, le père est avec moi et m’assiste. C’est physiquement très difficile (j’ai rarement autant souffert de ma vie…), puis les effets secondaires s’estompent. Le surlendemain matin après en avoir rêvé, je retrouve un gros caillot dans ma culotte : ce serait l’œuf, expulsé. La vie reprend son cours trépidant.

    Aujourd’hui, j’ai 34 ans et je suis toujours avec ce garçon, qui s’est avéré rapidement être l’homme de ma vie, et est devenu mon mari. Nos situations professionnelles et notre confort de vie se sont largement améliorés et nous faisons en sorte de continuer de nous réaliser ensemble à travers nos voyages. Nous chérissons les souvenirs des débuts de notre relation (dont l’avortement fait partie), et je longtemps je ne me suis posé aucune question.

    On s’est dit aussi que cet enfant aurait pu tout simplement nous diviser, étant données des conditions matérielles d’accueil désastreuses et le fait qu’on n’aurait pas eu le temps de se connaître : l’aventure de notre couple étant de celles d’une vie, on s’est parfois dit rétrospectivement qu’on avait la chance de pouvoir la vivre, car qui sait quelles conséquences aurait eu cet enfant sur notre couple qui n’en était qu’à peine un, à l’époque…?

    Pourtant, depuis quelques années, moi j’y pense autrement : je me demande si nous avons vraiment fait le bon choix. Je m’imagine avec un enfant de dix ans à mes côtés, et c’est une vision heureuse, qui peu à peu révèle le manque qui finit par me peser. J’en viens à éprouver des regrets, et de la culpabilité de n’avoir pas pensé à cette vie en moi, d’avoir eu peur des conséquences alors que c’était ce qu’il aurait pu nous arriver, qui sait, pour le meilleur.

    En effet, malgré la stabilité de notre couple, nous n’avons toujours pas fait d’autre enfant, au bout de dix ans de vie commune. Rétrospectivement, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il y a un rapport.

    Mon mari ne se sent pas pressé, j’essaie de ne pas mettre de pression du tout car son histoire familiale est compliquée et car je ne peux pas concevoir l’idée d’avoir un enfant sans que cela relève d’un projet commun et d’un souhait totalement partagé… mais moi je sens l’horloge biologique qui tourne… Pas de pressions familiales, c’est déjà ça, mais je vois nos amis et connaissances de nos âges devenir depuis plusieurs années parents, les uns après les autres. Je me surprends à les envier, et à leur en vouloir. Et je me surprends à penser un peu plus chaque fois, de plus en plus clairement, à cet enfant qui était là, qui représentait toute une vie possible, une autre vie, et à qui nous n’avons laissé aucune chance puisqu’en quelques heures notre décision était prise.

    Aujourd’hui, ça fera dix ans que j’ai appris que j’avais ce bébé dans mon ventre, et c’est maintenant que j’ai l’impression de me prendre de plein fouet toutes ces années à faire comme si ça n’avait pas eu lieu et n’aurait pas pu avoir la moindre conséquence sur moi. J’ai pleuré toute la journée. Coincidence pénible : j’ai appris ce matin que la compagne de mon ex (le garçon que je fréquentais avant mon mari) était enceinte.

    Intuition douloureuse que je ne le serai jamais et qu’outre le deuil de cet enfant avorté, je dois me préparer à devoir faire, tout entier, le deuil de la maternité. Peut être même à cause de lui. Mais qu’est-ce qui nous est arrivé ? Je ne sais pas si mon mari sera prêt un jour pour décider de sa parentalité et en faire un projet. J’ai peur de ne plus être suffisamment fertile aujourd’hui, l’âge avançant. J’ai peur de ne jamais devenir mère. J’ai peur aussi, si j’arrive à avoir un enfant un jour, de penser toujours plus à ce qu’aurait pu devenir le premier en voyant le second grandir, et d’élever cet enfant avec un fantôme.

    Et je suis triste. Tellement triste, aujourd’hui…

    Et tellement effrayée, aussi, de me réveiller enfin et de me dire ce matin : putain, c’est vrai. Il y a des choix irréversibles, et qui modifient en tous points la trajectoire d’une existence.

    A l’époque je me suis demandée ce que j’allais devenir si je gardais cet enfant. Aujourd’hui, je me demande ce que je vais devenir justement parce que je ne l’ai pas gardé.

    C’est un cauchemar existentiel qui m’explose à la gueule après dix ans, à retardement, et que je n’avais pas prévu. Pas du tout.

  14. Bonsoir à toutes ,
    Je vous écrit le coeur gros en espérant que vous lisiez mon message.
    J’ai appris il y a dix jours que je suis enceinte . J’ai rendez vous demain pour une échographie. Je suis avec mon copain depuis deux ans , nous vivons ensemble et avons été très heureux mais depuis trois mois , je n’ai que des doutes sur mon amour pour lui , et voilà qu’arrive cette grossesse.
    Lui a 26 ans et il dit qu’il pensait que j’etais La mère de ses enfants.
    Il ferait d’ailleurs un merveilleux papa .
    Mais il me reste une année d’etudes ( je finis mon Master de psychologie ) avec deux stages très éprouvants ( dont un en maternité d’ailleurs).
    Quand j’ai vu les test j’ai immédiatement pensé à mon année en me disant que je ne pouvais pas la rater puis j’ai pensé aux problèmes avec mon copain , les doutes , les angoisses , est ce que je l’aime encore ou assez par rapport à ce qu’il m’aime ?
    Bref j’ai commence la procédure pour avorter , je dois prendre le médicament en fin de semaine normalement .
    Mais j’ai toujours rêvé d’être maman depuis toute jeune , j’essaye de ne pas penser à ce grain de riz qui pousse en moi mais la fatigue et les seins qui gonflent me rappellent qu’il est bien là . En lisant tous vos messages je me suis effondrée , car je sais que le chemin va être compliqué , que je vais me
    Culpabiliser , et qu’etrangement ne pas connaître ce petit être va me manquer.
    Auriez vous des conseils à me donner ?
    Je vous embrasse ( sans vous connaître mais par cette tendresse que peuvent avoir les femmes entre elles )

  15. Bonjour Sgt,
    Je ne sais pas quand tu liras ce message et peut-être as-tu déjà pris ton médicament
    Je n’ai pas de conseil à te donner. Toi seule peux prendre cette décision qui en effet impactera toute ta vie.
    La culpabilité n’est pas un sentiment obligatoire à partir du moment où tu auras pris TA décision
    Pense à toi, à toi seule pour savoir quel sera le bon choix pour toi, ton couple et cet enfant.
    On a le droit de penser à soi et il est primordial de se faire confiance. La vie montre souvent que l’on a une force parfois insoupçonnée
    Je ne sais pas si je t’aide en t’écrivant ces lignes mais je comprends ton questionnement pour l’avoir vécu il y a quelques années
    Bon courage. Tu n’es pas seule

  16. Bonjour à toutes, il y a 4 mois mon compagnon et moi-même avons choisi d’avorter. J’étais alors enceinte de presque 6 semaines. Ces trois derniers mois sont les plus durs de ma vie. J’ai le cœur serré tous les jours, quand je vois un bébé les larmes coulent toutes seules. Trois mois que je vis avec cette honte et cette culpabilité. Je n’arrive pas à pardonner cet acte. Beaucoup de choses ont fait que c’était cette décision. Mais même en me disant tous ça que c’était la meilleure décision pour lui j’ai honte. Je promène cette colère depuis 4 mois. Ce mois ci, je devrais être à 6 mois notre deuxième rencontre que je n’aurais jamais et dans trois mois je vivrais la pire des douleurs car je n’aurais jamais l’immense bonheur de te tenir dans mes bras. Même si tu ne seras jamais auprès de moi sache que de la où tu es je pense sans cesse à toi. Je t’aime et continuerai à t’aimer de tout mon cœur.

  17. Bonjour, je me chercher des livres/ouvrages/autres pour mieux vivre mon deuil, j’ai choisi l’avortement médicale et comme les femmes plus haut le disent, ce n’est pas parce que c’est notre choix que ce n’est pas douloureux.
    Alors si vous avez des tires de livres qui vous ont aidé a passer au travers j’aimerais bien les connaitre
    Merci a l’avance

  18. Bonjour,
    enfin des femmes qui ressentent la même chose que je peux ressentir. Le sentiment de culpabilité après avoir agit de façon volontaire/involontaire.. Il y a 5 ans, je venais de reprendre avec mon ex,(Monsieur X) et il était sûr que le bébé était d’un autre.. (Nous nous étions laissé durant quelques mois) Il a donc insisté pour l’avortement. Je ne me voyais pas seule avec un enfant. J’ai donc suivi ses instructions pour L’IVG. Il n’est même pas venu avec moi au moment de l’intervention. (Croyant que ce n’était pas le sien). On s’est laissé 2 ans plus tard. Il m’a avoué que quelques mois après l’IVG, il avait prit conscience que c’était son bébé à lui aussi. Il me la dit au moment où je l’ai quitté. Ça m’a confirmé que je devais partir, je ne pouvais rester avec lui, il m’avait enlevé mon enfant. J’ai toujours eu du ressentiment envers moi même. Par la suite, au début de relation avec mon nouveau conjoint, je retombe enceinte. Ne pouvant accepter d’avoir un nouvel enfant en début de relation (il a déjà une fille) nous prenons la décision d’avorter.. Encore un deuil mais celui-là, il est parti de lui-même… Le deuil était plus facile à accepter vu que ce n’était pas MOI qui l’avait fait partir. Les années passent.. Le désir d’être une VRAIE MAMAN, est encore plus fort. Pas d’être une belle-mère pour sa fille, ni d’être une mamange, mais le désir d’aimer un être inconditionnellement, de pouvoir vivre une grossesse, de pouvoir chérir et donner tout l’amour que l’on a toujours voulu recevoir. Donner, ce que je n’ai pas reçu adéquatement. Aujourd’hui, Monsieur X, attend un enfant avec sa conjointe des deux dernières années. Si fier sur ses photos, de montrer l’échographie, de mettre sa main sur son ventre. Mais moi, je ressens de la rage. De la rage de ne pas m’avoir écouté de continué ma grossesse comme je le voulais, de la tristesse de m’avoir fait enlevé mon enfant. C’est comme ça que je me sens. M’avoir fait enlevé mon bébé car je le voulais moi cet enfant. J’étais prête à être mère, mais pas seule. Je lui en veux de m’avoir fait vivre ce deuil. Est-ce qu’il a passé à notre bébé quand il a sû pour qu’elle était enceinte? Je ne lui en veut pas d’avoir refait sa vie. Il a le droit d’être heureux. Mais moi, quand est-ce que je le serai? Avec le SOPK et une fausse couche, j’ai peur de ne jamais pouvoir mettre un enfant a terme. Ça fait maintenant 2 ans que moi et mon conjoint ne prenons pas de contraception, et ça fait 2 ans que j’espère avoir un + sur un test de grossesse. Test d’ovulation, test de grossesse, Metformin (médicament pour régulariser les règles), et toujours rien…Je pense à mes deux petits anges, tous les jours. J’ai le besoin d’en avoir un près de moi. Je suis peut-être égoïste, mais j’ai hâte d’avoir mon petit bonheur avec moi, de pouvoir le prendre dans mes bras, le cajoler, le bécoter. Mon petit être si désiré…

  19. Cela fait environ deux ans aujourd’hui que j’ai dû « faire ce choix » douloureux.. J’emploie des guillemets parce que ce choix a été accéléré par un gynécologue peu scrupuleux..

    Lorsque je réalise que je suis enceinte, cela fait à peine quelques mois que je suis avec mon copain. Ca fait des années qu’on est amis, on se met en couple à la fin de l’été 2017, on passe deux merveilleuses semaines ensemble avant que je ne m’absente pour quatre mois, je tombe enceinte à mon retour.. J’ai déjà la sensation qu’il sera l’homme de ma vie, j’ai TOUJOURS rêvé d’avoir des enfants et peux même affirmer que c’est mon rêve le plus cher… je sais aussi que ma famille, passé le choc de la nouvelle, accueillerait cet enfant avec un amour inconditionnel et m’aiderait autant que nécessaire pour subvenir à ses besoins.

    Seulement voila, en février je dois entamer une prestigieuse carrière, mon futur cabinet compte sur moi et de ce que j’ai pu/cru? percevoir lors de mon stage, une grossesse ne serait pas de bon aloi. J’ai peur d’affronter mon entourage et le regard des gens dans un milieu si carriériste… De son coté, la situation de mon copain n’est pas au beau fixe, il a appris en septembre qu’une dette colossale pesait sur sa famille comme une épée de Damoclès et s’apprête à recommencer des études sous réserve de réussir un concours, justement au mois de février. Lorsque je lui annonce la nouvelle, il me demande ce que j’en pense, je lui réponds que ce n’est pas le bon moment et lui, enchaîne aussitôt sur le fait qu’il ne se sent pas prêt et la nécessité de se dépêcher pour avorter.

    A ce moment là, je n’ai pas insisté pour faire entendre la voix au fond de moi qui voulait réfléchir à garder l’enfant, je savais qu’il fallait de toute façon voir un gynéco pour confirmer la grossesse et qu’effectivement si un avortement devait se dérouler cela devrait se faire rapidement parce que je ne me voyais pas m’absenter du travail dans mon premier mois d’exercice et que surtout, surtout, je pensais que tant que je n’entendrais pas son coeur il n’existerait pas vraiment et que ça serait moins difficile.

    Je choisis donc un gynécologue proche de chez moi, parmi ceux qui acceptent encore de nouvelles patientes, au hasard de l’annuaire.. j’ai rendez-vous rapidement, le 26 janvier… j’ai déjà avec moi les résultats d’une prise de sang, prescrite pour une infection urinaire (liée à la grossesse) qui confirment que je suis bien enceinte. Après lui avoir expliqué la situation et lui avoir dit qu’on envisage l’avortement, il m’ausculte et c’est pendant que je suis allongée sur sa table gynécologique qu’il prend un médicament, me demande de confirmer que je suis sûre de mon choix et me l’administre directement par voie cutanée, sans même m’avoir préalablement expliqué ce que c’est ni même le processus qui s’en suivra.
    Sur le coup je me suis dit que c’était mieux ainsi, j’ai essayé de me persuader que son petit coeur ne devait pas encore être audible puisque je ne l’avais pas entendu. Pourtant ce petit être, avait bel et bien été là et avant ce moment je sentais indubitablement sa vie grandir en moi, même si c’était malgré moi.

    J’ai la sensation que durant cette période, très courte finalement, j’ai fermé les yeux et j’ai foncé dans un mur. Depuis ce jour je ne suis plus la même, pendant quelques semaines j’ai eu physiquement la sensation que par moment, on m’enlevait de petites parties de mon âme. J’ai l’impression de m’être trahie au plus profond de moi, très peu de personnes sont au courant en dehors de mon compagnon, seulement deux amies très proches qui je le savais, n’allaient pas me juger ou trahir mon secret et je ne me suis jamais autorisée à m’épancher auprès d’elles, je devais assumer mon choix…

    A vrai dire ce forum est un réel exutoire, j’ai tellement honte que j’ai caché toute trace de cet événement douloureux et c’est la première fois que j’ose écrire à ce sujet même pour moi. Je me reproche de ne pas avoir laissé sa chance à mon bébé, de ne pas avoir offert ce petit-enfant, ce neveu ou cette nièce, ce cousin ou cette cousine à ma famille, ça a totalement bousculé l’image que j’avais de moi même et m’a éloignée de ceux que j’aime. Non pas que je les aime moins, mais parce que je vis avec l’impression de leur mentir en permanence sur ce que je suis devenue et que je ne me sens plus très digne de leur amour. Au final leur en parler aujourd’hui ne ferait que les rendre tristes et ne réussirait pas forcément à soulager ma conscience. Cela fait deux ans maintenant mais j’ai l’impression qu’entre cette date et aujourd’hui je n’ai plus vraiment été heureuse, que j’ai vécu à côté de moi même, m’efforçant de tenir debout et d’avancer vers je ne sais quoi. Je suis en train de changer de métier, j’avais l’impression de continuer de me perdre encore un peu plus dans l’avocature, est ce que ce rejet vient du fait qu’en grande partie j’ai renoncé à mon bébé à cause de ce sacerdoce qui commençait? Je ne sais pas. Je suis toujours avec mon copain et nous envisageons le mariage et des enfants, j’appréhende beaucoup cette dernière partie, est ce que je saurais les aimer comme il se doit alors que j’ai déjà démontré mon incapacité à le faire il y a deux ans? C’est paradoxal, j’aime mon bébé de tout mon coeur et je l’aimerai toujours mais en le pensant j’ai l’impression de manquer de respect à sa mémoire car c’est sans conditions que j’aurais dû l’accueillir dans ma vie.

    En vous lisant j’ai compris que je n’étais pas seule et j’ai enfin osé écrire des mots pour dire mon indicible drame, ces maux qu’on s’interdit souvent de dévoiler rongées par la culpabilité. J’ai aussi compris qu’il y a bien un amour maternelle dans la souffrance que nous partageons. Même si la blessure est encore ouverte, je sens que cela m’a fait du bien, et j’espère que toutes avez trouvé ou trouverons le chemin vers des lendemains plus lumineux.

  20. Je vous remercie d’avoir écrit ces mots.
    Je ne me remets pas de cet avortement. Mon copain ne voulait pas d’enfant trop tôt entre nous. Il était catégorique. Pour ma part, je rêvais d’être mère mais l’élever seule aurait été un déchirement.
    Mon frère s’est proposé d’endosser le rôle du père mais c’était pas ce que je rêvais pour moi ni pour lui ni pour ce petit bébé. J’ai avorté seule et le jour de mon avortement, mon copain faisait la fête avec son ex petite amie et ils ont fini par coucher avec elle. Je l’ai découvert par hasard le lendemain en tombant sur des photos d’eux s’embrassant et qui étaient datés de la veille. Mon copain ne m’aide pas à surmonter cela. J’ai une profonde tristesse qui ne part pas. Je pleure souvent seule et mon copain ne réagit pas à ma souffrance. Je n’ai pas les clés pour aller mieux. Je pense sans arrêt à ce bébé que j’ai projeté et que j’aimais. Je me sens sombrer un peu plus chaque jour et cette souffrance est invisible aux yeux des autres.

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