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Qu’est-ce qu’on devient sans le fameux bout de papier?

finissant

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C’est indéniable : mon choix de carrière teinte mon opinion quant à cette fameuse hausse de la diplomation dans la société moderne occidentale, ou plutôt à ce phénomène de surspécialisation. Je suis enseignante, alors j’ai naturellement la solide conviction que l’éducation est la clef d’une société meilleure. Ça coule dans mes veines, j’y crois, et c’est entre autres la raison pour laquelle je fais partie de cette grande organisation du savoir. Au-delà de ce rêve utopique, celui de croire que tout le monde sera un jour scolarisé, l’école est aussi pour moi un endroit où je me sens à la maison : j’y suis en sécurité, j’y suis valorisée. Je réussis, j’ai soif de connaissances. Je suis passionnée, quoi! L’école est synonyme de mon épanouissement personnel. On peut donc dire que j’ai une vision de l’école assez aveuglée par mes propres sentiments y étant rattachés.

Par contre, j’ai eu envie de sauter la clôture, d’aller chez le voisin l’instant d’une réflexion. Pour une fois, j’ai poussé mon raisonnement au-delà du « j’aime ça », donc « c’est bon ». Je crois que trop longtemps, je me suis laissé endormir par le charlatan qui veut me faire croire, bêtement, frette sec de même, que « diplomation » signifie « qualification » et qu’il ne nous est pas permis d’exercer un métier qui ne serait pas directement relié aux études dûment accomplies.

Oui, je prône une scolarisation pour tous et j’espère également, à ma façon, contribuer à la diminution du décrochage scolaire. Je ne souhaite à personne de vivre les impacts néfastes de ce fléau qui s’attaque souvent aux plus démunis. Mais l’inverse me fait tout aussi douter. Avoir un diplôme pour avoir un diplôme ne dévalorise pas la raison pour laquelle nous nous rendons pendant 20 ans de notre vie à l’école, c’est-à-dire apprendre?

Trop souvent, on se bute à : «  ce n’est pas dans mon domaine, ce n’est pas dans mon champ de compétences, je n’ai pas le diplôme requis, je ne peux pas pratiquer ce métier. » L’expérience, elle, on en fait quoi? Qu’est-ce qu’on fait de toutes les connaissances que nous n’avons pas apprises sur les bancs d’école? Elles ne valent rien? Au yeux de qui? Qu’est-ce qu’on fait des nombreux papas de ce monde qui n’ont pas eu la chance de terminer leur secondaire par manque de fonds, d’intérêt, de motivation, d’encouragements, mais qui ont tout de même très bien réussi? Ils ont, dès leur plus bas âge, affronté le monde du travail à bout de bras, la goutte au front, et ils sont parvenus à créer de véritables petits empires. Ils ont réussi, ces papas : ils sont directeurs, enseignants, de fiers travailleurs qui ont acquis leurs connaissances et développer leurs compétences directement sur le champ de bataille. Maintenant, ils n’ont plus ces possibilités, ils ne peuvent plus accéder à ces hauts niveaux. Ils doivent se contenter des rares emplois qui acceptent les non diplômés. On se dit que ça ne fonctionne plus comme ça. On accepte ce changement et on reste sur les bancs d’école par peur de se retrouver à la rue.

On freine notre créativité, notre polyvalence en acceptant que la réussite ne soit permise qu’à ceux qui ont suivi la formation académique requise pour exercer une profession. Donc, on se limite. On s’empêche de toucher à plein de disciplines, d’étendre nos connaissances, de se développer davantage et plus globalement. Je suis enseignante, donc je ne serais pas qualifiée pour ouvrir mon restaurant, car je n’ai pas de cours en cuisine ni de cours en administration des affaires. Je ne réussirais pas dans ce domaine, c’est bien ça? Ça, c’est le vrai crime qui me touche : ce suicide de créativité, d’innovation, cet avortement des possibilités. En plus de faire preuve d’élitisme en excluant des métiers intéressants ceux qui n’aiment pas l’école ou qui n’y réussissent pas (de toute façon, « ils ne sont pas assez motivés », semble-t-il… hé! on va se le dire une fois pour toutes, c’est bien difficile d’aimer un domaine dans lequel on échoue systématiquement!), on se prive d’une foule de professions, d’opportunités d’emploi, de développement de compétences, d’apprentissage par l’expérience en raison du diplôme qui nous fait faux bond. Les diplômés ne sont pas les uniques détenteurs du savoir. Ça y est, c’est dit! Je n’ai pas de diplôme en littérature, mais je dévore les livres comme s’ils étaient mon dernier repas sur terre et j’arrive à saisir toute la profondeur de certains passages sans toutefois les avoir étudiés.

Toi, que ferais-tu si on ne t’avait pas placé dans une petite boîte?

carolannbedardrondmarieandreecaron

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