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Je suis habitué à la déception

Je pense que je suis habitué à la déception.

C’est devenu une petite partie de mon être, et c’est un peu comme un voisin gossant ou bien une tache de café dans un livre. Je m’y suis tellement habitué que, étrangement, quand quelque chose me déçoit, j’ai probablement une réaction comme suit : « Oh. ».

Voyez la consternation et, pourtant, l’indifférence?

Hell, en fait, j’me déçois moi-même, quotidiennement, pis ça c’est pas nouveau, c’est même pas surprenant.

T’sais, si y’avait fallu que je gagne 10$ à chaque fois que je me suis fait dire : « J’veux vraiment rien développer avec toi parce que j’suis ici temporairement. » ou bien « Calme-toi, c’est juste une baise pis ça finit là. », j’pense que je serais riche. Bon, pas riche riche à m’acheter du caviar, mais assez riche pour combler certains besoins des étudiants modernes (un shitload de ramens, un chat de gouttière, une paire de bas pis deux / trois chansons sur iTunes, mettons).

L’affaire, c’est que d’où je viens, y’a comme huit homosexuels pleinement avoués, pis bon, on peut sortir le cliché des régions québécoises tout de suite : oui, là-dessus, y’en a qui sont membres de ma propre famille. « Hahaha! Couche avec pareil.» Bon. Premièrement, on n’est pas dans Game of Thrones, pis anyway l’inceste, c’est mal. Deuxièmement, ça me laisse souvent à me demander : « wtf?! ». Les autres homosexuels, ils sont en couple. Y’a aussi ceux qui sont pas intéressés. Bon, c’est beau la confiance en soi, mais j’peux pas plaire à tous. Moi (sans surprise) j’suis là, un peu comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Donc, la majorité de mes partenaires sexuels c’est des touristes. Clarifions quelque chose : ils sont pratiquement tous là l’été, et ce pour une période de trois jours à trois mois. Ça, si vous êtes bons en mathématiques, c’est neuf mois de calme (euphémisme) et (contre mon gré) d’ennui. Bref, dans mon cas, la vie ici, c’est un peu (beaucoup) plate.

Bon, je suis clairement pas assez hot pour convaincre un gars de rester ici avec moi le temps que je parte aux études. Ça, ce serait trop beau. Mais c’est juste que de subir autant de rejets, j’pense que ça affecte une personne à un moment donné.

J’suis là, à me plaindre, pis j’ai aucun doute que j’ai déjà scrappé les chances que j’avais avec des gens, mais ça c’est juste moi qui est con et qui est pas capable de voir les bonnes choses quand elles m’arrivent.

Je sais pas si c’est parce que c’est dans ma nature, parce que j’aime trop me faire détruire les idéaux ou parce que j’ai pas le cœur de pierre que j’aimerais secrètement avoir, mais j’suis plus qu’écœuré des one-nights qui veulent rien dire. Bon, oui, je ressens du plaisir pendant l’acte. Et faut se l’avouer, le flirt d’avant one-night est plaisant. Mais qu’est-ce que je ressens, après? C’est là que y’a un bémol. Là, je sais bien que c’est ça le principe du one-night : pas d’affection, pas de sentiments et surtout pas de deuxième fois. Et mon problème à moi, c’est que je m’intéresse trop à la personne pour me sentir bien après l’acte. Si c’était de mon ressort, ça serait souvent plus que pour une fois. Mais c’est égoïste d’attendre autre chose d’un one-night, non? Enfin, de la façon que je vois les choses, ça l’est.

Je me suis toujours imaginé une relation idéale, au sens où j’aurais pas à avoir peur de l’autre, où je pourrais (en pleine confiance) partager des choses, me confier, etc. Ça, c’est un peu l’idée d’une relation amoureuse stable, je crois.

Malheureusement, ça m’est jamais arrivé à moi.

Être amoureux? Oui, vraiment, plein de fois. Être dans une relation? Non, jamais. Avoir le cœur brisé? Ha. Ha. Ha. Laisse-moi rire, la question se pose même pas. Je dis ça, ça m’est peut-être arrivé deux / trois fois. Par contre, de me faire péter mes espoirs en pleine face, ça c’est redondant dans ma vie.

En fait, j’en viens souvent à me demander si j’crois encore en l’Amour.

J’aimerais vraiment ça y croire, mais c’est dur. J’ai des amis en couple, pis c’est dur de les regarder, parce que j’suis jaloux de leur bonheur. C’est pas que je les aime pas, mais j’suis mal à l’aise face à leur amour. Pourtant, j’suis vraiment heureux pour eux. Mon problème avec ça, c’est que je doute que ça m’arrive un jour. On me dit souvent que ça va être mieux une fois que je vais partir. Bah oui, comme si l’action d’aller habiter dans une plus grosse ville allait automatiquement me rendre attrayant. C’est sûr que le bassin de population va être plus grand, mais moi j’reste la même personne.

Et si c’était pas assez? Si j’avais pas ce qu’il fallait pour charmer quelqu’un?

Il y a une discussion que j’ai eue avec une amie y’a pas longtemps qui reste gravée dans ma tête. Elle me disait que le couple était peut-être trop idéalisé, que c’est pas la fin du monde d’être célibataire. Pis ça a comme fait un déclic dans ma tête. Elle avait raison. On s’en contrefout d’être en couple.

Mais quand même, moi, en tant qu’humain avec des émotions bizarres, bah j’aimerais vraiment ça dormir avec quelqu’un, écouter Netflix jusqu’à 3h du matin avec lui, commander de la pizza à des heures pas tant appropriées, jouer à des jeux vidéo en sous-vêtements, faire des batailles de bouffe dans un appart qu’on se partage. J’sais pas, t’sais? Les fameux clichés du couple heureux qui s’en peut plus d’être jeune, con et sauvage (style One Tree Hill).

J’idéalise vraiment beaucoup le couple, je sais, pis j’aime ça. On dirait que ça me réconforte. J’aime ça parce que même après toutes les déceptions, les brisures de cœur, les bleus à l’estime et les accrocs de la vie, bah moi j’ai encore espoir.

Par Guillaume Lapierre

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