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Mansplaining, ce qu’on n’ose pas te dire…

Ça fait maintenant quelques années que le terme a été créé (par qui exactement, on ne sait trop). Utilisé, critiqué, usé à la corde et depuis, semble avoir perdu de sa force de frappe, le mansplaining est ce néologisme péjoratif formé par le mariage des mots man (homme) et explaining (expliquer) qui définit cette manière condescendante, paternaliste, réductrice qu’adopte une personne (à la base il s’agit d’un homme) face à une femme (en général) pour lui parler d’un sujet, 1- qu’elle connaît et comprend déjà, 2-qu’elle maîtrise mieux que lui, 3-pour lequel elle a raison avec preuve à l’appui, sans pourtant que Monsieur lui concède le point et veuille la décrédibiliser à tout prix.

Je dis homme face à une femme, mais force est de constater que le mansplaining a des dérivés : whitesplaining, agesplaining, racesplain, womansplaining (ben oui, pourquoi pas, faudrait pas oublier que Madame peut être chiante, parfois)… les combinaisons sont sans fin. Et c’est là où, excusez-moi de vous le dire, on noie le poisson, où les arguments pour la lutte égalitaire sont tellement dilués que même les plus grand(e)s militant(e)s y perdent leur latin.

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Comprenez-moi bien, je suis la première à haïr cette façon médiocre d’interagir entre deux individus, peu importe leurs genres, sexes, ethnies, croyances ou préférences au niveau de la sauce à spag. Là n’est pas la question. Pour que les luttes sociales restent en vie, pour attiser la flamme du militantisme quel qu’il soit, il semble falloir absolument lui faire subir une cure de rajeunissement. Simplement dire à l’autre : « Arrête de me patronner /paternaliser /infantiliser », c’est pas assez populaire de nos jours. Pas assez #trend, si je veux être vraiment dans le ton. Nous sommes, une fois de plus victime du marketing -politique ici, pour faire semblant de traiter d’un problème qui englobe tous ces termes : l’inégalité sociale. Divide ut regnes (diviser pour mieux régner). Ce qu’on n’ose pas te dire, c’est qu’on décommunautarise les luttes, on divise le monde pour pouvoir le regarder s’entre-déchirer, loin, loin derrière des vitres pare-démocratie. Parce que c’est exactement ça qui arrive. Pendant que tout le monde se bouffe la face, nos gouvernants (pas gouvernements, ça ne veut plus rien dire depuis que ce sont les multinationales qui mènent le monde) sont morts de rire, se graissent la patte dans le feutré et se moquent largement de ce qui se passe dans la rue.

Au centre de nos beaux principes de démocratie, de libéralisme, l’égalité est bien fragile. Notre richesse vient de notre diversité, mais au lieu de fraterniser, au lieu de construire, au fond nous frappons toujours sur le même clou : nous-mêmes. Le mansplaining fait partie de ces termes mortifères, ces poncifs qui n’apportent rien de neuf au discours, au débat qui nous intéresse. Si depuis le dernier siècle, nous sommes si friands de justice sociale, d’égalité, de liberté, je me questionne sur les formes que prennent nos revendications. Chacun veut avoir droit au chapitre, chacun tire sur le bout de sa couverte en disant Moi Je. Chacun veut voir son unicité reconnue, sa parole lue, écoutée, partagée. Facebook, Twitter, les blogs, ce blog #funky : au fond, je ne me sens pas entendue sur la grande scène politique, sociale, alors je publie ici. Mais ici, c’est dans mon petit salon, assise par terre, dégustant une coupe de vin rouge, regardant mes chats dormir, râlant contre le voisin qui tond le gazon et fait fuir les chardonnerets et les roselins de mes mangeoires. Ici, c’est nulle part et partout à la fois. Même si ici, c’était dans la rue, en criant avec d’autres je, qui tendrait l’oreille, réellement? Je me sens égale aux autres et je crois fondamentalement que les autres sont mes égaux. Ce devrait être un fait, un droit, un acquis. Ce n’est pas le cas. Et je réagis. Tout le monde réagit positivement ou négativement aux comportements de domination, mais nous restons dans la réaction et pas dans le progrès.

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Suffit, la litanie des dominant(e)s quel(le)s qu’il(elle)s soient. Exit les oppresseur(e)s. Out les « si j’étais toi je ». Stop le splaining. Au Québec, nous nous sommes sortis de la Grande Noirceur, du joug de l’Église, du Pater Noster (Notre-Père-tout-puissant-qui-sait-tout). C’est le temps de revenir aux sources. Lorsque quelqu’un vous fait part de son opinion, on ne coupe pas. On se tait, on écoute, on réfléchit, on analyse. Les insultes et injures n’ont jamais mené bien loin.

Sans rancune!

Catherine Perreaultesthergirouxrond

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