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Le WWOOFing : voyager à moindre coût, voyager vert

À l’ère où les menaces environnementales nous affligent, où l’on ne sait pas toujours ce qu’on mange ni d’où ça vient, et où on a l’impression de travailler toujours plus pour pas grand-chose, il est tout à fait légitime de se réfugier dans le confort de nos pensées, où l’on peut rêvasser gratuitement de partir à l’aventure dans des contrées lointaines. Et si je vous disais que, dans une certaine mesure, c’était possible de faire de ces pensées la réalité? Et si j’ajoutais que cela pouvait se faire dans une perspective eco friendly?

Ce que je vous propose, aspirants globe-trotteurs aux finances restreintes, est l’organisation World Wide Opportunities on Organic Farms (WWOOF), qui pourrait être la solution idéale pour assouvir votre manque d’aventures et votre soif de nouveauté.

Concrètement, il s’agit d’un immense réseau d’agriculteurs certifiés bios qui s’étend sur plus de 99 pays de notre belle planète. Ceux-ci cherchent constamment à accueillir des bénévoles motivés qui souhaitent prêter main forte dans les terres, mais également apprendre davantage sur le biologique, sur les diverses formes d’agriculture (traditionnelles ou alternatives) en découvrant, du même coup, les joies de la vie rurale, souvent sous-exploitée au détriment des grandes villes.

WWOOF
Source

En revanche, vous serez, selon la formule standard, logé et nourri. Deux journées de congés par semaine vous seront aussi allouées afin d’explorer les environs, voire faire un petit trip dans une ville voisine. Pour ceux qui sont habitués aux shifts doubles en restauration pendant lesquels vous rushez votre vie, vous serez heureux d’apprendre que les journées de travail varient entre 4 et 6h, le tout à la discrétion de l’hôte. L’aspect « voyager à moindre coût », inséré dans le titre de cet article, prend ici tout son sens. Je suis présentement en train de vivre une expérience de WWOOFing dans la Valle de Ricote, dans la région de Murcie, au sud-est de l’Espagne, et je vous confirme que, depuis mon arrivée, il y a déjà 3 semaines, mes euros dorment paisiblement dans mon sac banane beige, au fond de mon backpack

Valle de Ricote
Crédit photo : Catherine Kotiuga

Ce n’est pas tout: je n’ai jamais mangé aussi bon et frais de ma vie. Bonheur!!!

Comment s’inscrire? C’est tellement simple, et tellement excitant. À go, tu choisis une destination parmi les pays membres (ICI). Quand t’es vraiment sûr que tu souhaites vivre cette expérience, que tu as déterminé les dates et l’endroit, eh bien c’est le temps de t’inscrire de manière officielle dans l’organisation WWOOF du pays concerné. Afin de prouver ton intérêt et ta loyauté, tu devras débourser un montant X (pour l’Espagne, c’était 20€) lors de ton inscription, et ainsi obtenir ton WWOOFer ID (valide 1 an) et accéder à l’incroyable banque d’agriculteurs bios du lieu de destination. C’est là que le fun commence. Entrer en contact avec des gens, se laisser charmer par les photos aux paysages hallucinants, choisir une région précise, trier au peigne fin les profils font partie du processus.

WWOOF
Crédit photo : Catherine Kotiuga

J’aimerais accorder une attention particulière à « trier au peigne fin les profils » : tu dois, de prime à bord, être conscient de tes limites personnelles et bien cerner ce que tu souhaites tirer d’une telle expérience. Je vais illustrer ceci à l’aide de ce que je baptiserai « l’échelle des granos » de 1 à 10. Le 1 représente le style « commune de nudistes crudivores qui vivent en autarcie et qui méditent en groupe ». (Fait cocasse : en demandant de voir des photos d’une ferme qui m’intéressait, j’ai reçu la photo d’une femme nue sur un poney gambadant parmi les arbres fruitiers, ainsi que celle d’une dizaine de gens nus se faisant griller sur une paroi rocheuse. Je me suis vite rendu à l’évidence que ceci n’était pas compatible avec l’expérience recherchée, et j’ai continué mes recherches). Le 10 représente le style « gens pas particulièrement environnementalistes qui pratiquent une monoculture biologique pour des fins commerciales de grande envergure » (par exemple, tu pourrais te retrouver à cueillir des olives tout au long de ton séjour, et sortir très peu de ta zone de confort). Chacun choisit son style. Il n’existe pas une seule bonne façon de WWOOFer!

Pour ma part, un 5 sur « l’échelle des granos » est pas mal ce que j’ai visé, et j’ai été servie. Selon mes observations du quotidien, je me considère plus proche de la nature que le citoyen moyen. Ça ne me dérange pas d’être sale, les insectes ne m’écoeurent pas, tant et aussi longtemps qu’un équilibre sain de l’écosystème règne et que les lieux restent salubres. Je prends plaisir dans l’expérimentation d’un mode de vie assez rudimentaire, mais je suis heureuse de savoir que j’ai la possibilité de prendre une douche, de me connecter à Internet pour des fins tant académiques que sociales, et j’apprivoise tranquillement le poêle au gaz, même si j’ai encore peur qu’il m’explose dans la face. J’aime aller chercher mon œuf fraîchement pondu par une poule en liberté le matin et boire des tisanes aux milles vertus en chantant Kumbaya. Ma famille « adoptive » est aussi animal friendly que moi, végétarienne, et ça n’a pas pris 24h pour que je me sente comme chez moi. Les Espagnols ont le tour de nous mettre à l’aise! Toutefois, ce match parfait est le résultat de semaines de recherches, d’échanges, et surtout en raison du fait que je me suis préparée 4 mois à l’avance. Je vous conseille de faire la même chose.

Ceci dit, si le WWOOFing comme manière alternative de voyager vous parle, foncez! Vous aurez un contact privilégié et authentique avec la culture choisie, vous reviendrez chez vous avec des connaissances et des savoir-faire agroalimentaires inouïs, et vous aurez aidé des agriculteurs biologiques à poursuivre leur quête dans un monde dominé par le chimique.

agriculteurs biologiques
Source

Ainsi, vous ne reviendrez peut-être pas avec des selfies devant la tour Eiffel ou le Machu Picchu, mais chaque seconde de votre périple en dehors des sentiers battus en vaudra tout autant la peine. Et vous ne serez pas obligé de manger des ramens matin, midi et soir à votre retour, faute de moyens.

Catherine KotiuagaMarie Andree Caron

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