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Poésie mon amour

C’est l’histoire d’un statut Facebook qui a changé ma vie pour toujours.

5 avril 2014, minuit 25, Sainte-Foy. Allongé dans mon lit, cellulaire à la main, je compose le message suivant sur mon mur : « La poésie est une maladie transmissible textuellement. »

Quelques secondes plus tard, une amie commente : « La poésie est une arme de séduction massive. » OK. Je réplique : « La poésie est un volcan… » Ce petit jeu continue toute la nuit.

Une semaine plus tard, Gilles Vigneault dit à Tout le monde en parle : « L’écriture est une maladie transmissible textuellement ». Le torrieux. Je l’aime pareil.

Au fil des mois, ce sont des centaines de personnes qui commentent mon statut. La poésie est, la poésie de, la poésie partout, tout le temps. C’est un instant, une réflexion, un poème inédit. Des images et des vidéos s’ajoutent naturellement au fil de poésie comme des couches de peaux. Réalité ou fiction, nous sommes huilés au quotidien. (Je vous épargne le nombre de notifications.)

Parenthèse. Retour en arrière. Gros plan sur ma face. Au moment de composer ce statut, je terminais un baccalauréat en études littéraires à l’Université Laval. Comme beaucoup d’élèves, j’étais en transe après avoir lu un livre particulièrement original : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Georges Perec. L’auteur s’est installé trois jours place Saint-Sulpice pour noter tout ce qu’il y voyait. De l’intéressant au plus banal, le roman présente une liste déroutante d’observations et d’actions instantanées. Il y a quelque chose de contemporain et de désintéressé dans cette démarche. L’accumulation dévoile des vérités troublantes sur notre société. Mon statut Facebook n’était peut-être pas si innocent.

Saint-Sulpice
Source

Un an plus tard, en avril 2015, une trentaine de personnes des plus actives du Thread de la poésie organisent un party mythique dans un appartement du quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec. Le virtuel quitte l’écran pour rassembler les gens autour d’un verre. Plusieurs visages se sourient pour la première fois. C’est une rétrospective annuelle. Statistiques, anecdotes et fous rires. Les choses se passent. C’est un véritable happening de poésie. Nous sommes contaminés par les mots, la pensée poétique, prêts et prêtes à recevoir la magie de chaque instant. Nous ne pouvons plus revenir en arrière. Poésie mon amour. J’ai perdu le contrôle. Et c’est beau.

Un mois plus tard, les gens veulent aller encore plus loin. Concentrer cette énergie bouillonnante pour réaliser des projets artistiques ensemble. C’est la naissance du Collectif RAMEN, rassemblant une dizaine d’artistes de différents horizons (littérature, photographie et arts visuels) selon un mode d’organisation horizontal et participatif. Chaque membre peut proposer et réaliser ses projets avec l’aide des autres. Objectifs : démocratiser la poésie, rencontrer des gens, avoir du fun, oser des projets audacieux et investir des lieux inusités. Spectacles, fanzines, ateliers et interventions poétiques sont au rendez-vous. Ils et elles participent au Mois de la Poésie, au Salon Nouveau Genre, à la Revengeance des duchesses, aux ateliers Mine de rien… la liste est longue. (Je vous invite à consulter la page Facebook pour rester au courant des nombreuses activités.)

Collectif RAMEN
(Crédit : Bureau des affaires poétiques. Photo prise pendant le mois de la poésie 2016 durant le spectacle La Poésie sur un Fil du Collectif RAMEN)

Au-delà des projets, il y a les humains. Une communauté de filles et de gars qui se tiennent serrés, le cœur entre les deux yeux. Le Thread se targue d’être un safe place poétique. Tout y est possible sauf l’intimidation et les propos haineux. Sur Facebook ou en vrai, les gens se parlent, se rencontrent et créent de l’art ensemble. Comme quoi les réseaux sociaux peuvent être utilisés différemment et devenir des incubateurs à projets artistiques à visages humains.

À ce jour, il y a plus de 127 000 commentaires et de nouveaux adeptes chaque mois.

Es-tu game de participer?
C’est ICI.

Simon PoirierElise Tetreault
Crédit de l’image de couverture: Joanne Leblanc

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