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Le port d’la brassière

On en a entendu parler au téléjournal, à la radio, dans les journaux, sur internet… Le 26 mai dernier, des élèves de l’école secondaire Robert-Gravel, dans le Mile-End, ont réagi à un changement de règlement dans le code vestimentaire. La formulation explosive qui a engendré la manifestation d’étalage de brassières et de port de celles-ci, par-dessus les vêtements des étudiantEs, allait de cette façon : « le port des sous-vêtements est obligatoire, et ils ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que les gars ». Suite à la mobilisation étudiante, le conseil d’établissement a dû revoir son règlement, jugé sexiste, et des changements ont été apportés : « les sous-vêtements et les parties du corps qui se trouvent normalement sous les vêtements ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que chez les garçons ».

brassières
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Cool, le conseil a écouté les complaintes estudiantines, cool, les élèves ont été pacifiques, cool, on ne parle plus ici de sous-vêtements obligatoires, mais bien de cacher ce mamelon que l’on ne saurait voir.

On a bien étouffé le conflit en le réglant de manière sage comme une image, on a juste décidé de remettre un voile dessus, comme sur les petits (ou pas) seins pré (ou pas) pubères des adolescentes.

On a entendu le beau message de M. Moubarak, président du conseil d’établissement, qui auréolait la démocratie étudiante, l’écoute et la liberté d’expression.

C’est drôle, j’ai vraiment essayé de rester objective sur le sujet, mais je suis juste pas tant capable, parce que le fait est, et le fait est toujours, il y a un malaise…

D’un côté, les adolescentes sont traitées de jeunes hypersexualisées, qui portent des « tites » bretelles, des shorts « shorts », des tissus transparents, des bras trop voyantes, pas d’bras, des strings, ou pas d’dessous pantoute… Dans un cas comme dans l’autre, soit c’est trop, soit c’est pas assez. Mais, me direz-vous, elles s’habilleront comme elles veulent chez elles ou en sortant entre amis, l’école, « oh établissement du savoir par excellence », ne devrait pas être l’endroit pour se pavaner le nipple. Mais vous le savez autant que moi, l’école, qui plus est le secondaire, c’est exactement l’endroit pour faire ça.

Même avec un uniforme, il y aura toujours ce besoin de plaire, d’attirer, de découvrir sa sexualité, de s’incarner marginaux, de « dé-passer » les normes, les lois et les règlements.

D’un autre côté, les jeunes filles ne sont pas ignorantes, elles voient leurs idoles afficher leurs atours, certaines de manière plus politique, plus égalitaire, et elles tendent à s’affirmer dans la même voie que les Miley Cyrus ou Lena Dunham de ce monde. « On a fait une grève, on a accroché nos brassières sur nos casiers avec des messages pour dire que c’est notre choix », explique Nina Cooren, une étudiante interrogée par Le Devoir. Et c’est ça en fait qu’il faut prendre en considération, le choix.

Keira Knightley
Keira Knightley

Rumer Willis
Rumer Willis

Miley Cyrus et Rihanna
Miley Cyrus et Rihanna

SLUTSHAMING

Il faut arrêter de se dire aussi que les ados sont trop jeunes pour s’habiller de manière affriolante, parce qu’elles ne sont pas encore des adultes. #Périodedelatence. Une jeune femme qui veut assumer sa sexualité ça ne devrait pas être si tabou que ça. On croirait vivre dans un état républicain… quoiqu’on en est pas si loin non plus « icitte », avec un ex‑gouvernement conservateur qui flattait de la patte la loi sur le droit à l’avortement. Le VRAI problème il est où? Ben oui, encore dans le fait que la sexualité des jeunes soit à ce point taboue, qu’on coupe dans les programmes d’information aux élèves, dans les cours d’éducation sexuelle.

Mais même là, je refuse de dire qu’une fille qui s’habille en montrant des parties de son corps qui sont jugées TROP sexuelles, soit une petite slut, petite pute, petite etc. (rajoutez-en autant que vous voulez). On appelle juste ça du slutshaming. C’est quoi ça? C’est compromettre le très connu proverbe qui dit que l’habit ne fait pas le moine. On peut s’habiller comme on veut et faire ce qu’on veut de nos enveloppes charnelles. Si une fille s’habille comme ça, elle en a tous les droits. Elle peut vivre sa sexualité comme bon lui semble, ce n’est (de un) pas de vos maudites affaires, et (de deux) pas nécessairement et, très rarement, relié à son habillement.

FREE THE NIPPLE

Vous avez déjà remarqué qu’une photo de fillette-fille-femme-aïeule, mamelons nus, ça ne passe pas sur Facebook ou Instagram? Ben non, ça passe pas pantoute. On en a d’ailleurs déjà eu la preuve à la fabcrep en se faisant signaler une photo qui montrait un gars pis une fille les boules à l’air. Mais pourtant, des mecs en torse, ça passe en « esti ». Le mouvement international Free the nipple prône une désexualisation du corps féminin, en particulier des mamelons. Le sein féminin ne devrait pas être plus sexué que le sein masculin, or, c’est tout le contraire qui arrive. Des photos de femmes seins nus vont directement à l’index, alors que les torses des messieurs ne sont, pour leur part, jamais censurés. On a vu, au sein du mouvement (ben oui toton hihi houhou), des femmes porter fièrement le nu dans la rue, on peut penser entre autres à Lili Boisvert qui se baladait topless sur Ste‑Cath, ou encore aux nombreuses photos trafiquées sur le net, montrant des femmes qui se collaient des mamelons masculins, ou l’inverse, sur les nipples. Le tout reste assez rigolo, mais la cause, elle, est bien sérieuse.

nipples
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nipples
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Le mouvement est surtout actif aux États-Unis, et avec raison! On peut lire sur leur site internet : « […] (qu’) il est illégal pour une femme d’être torse nu, même pour allaiter, dans 35 États. Dans les endroits moins tolérants comme la Louisiane, un mamelon exposé peut équivaloir à trois ans de prison et à 2500 $ d’amende pour une femme », citait Jessica Nadeau dans son article du Devoir.

2500$ pour un nipple! Sérieux? Avouez que c’est ridicule.

Mais on n’en est pas si loin « icitte », parce qu’au Québec, on est encore pas mal frileux des boutes, si vous voulez mon avis…

***

Ariane LessardAlice Arsenault

Source photo de couverture

 

2 thoughts on “Le port d’la brassière

  1. Mais qu’est ce qu’il faut faire?? Des manifs, ça ne change rien. Des pétitions, pour donner à qui? De la sensibilisation, c’est bien, mais le problème reste. Il faut changer les lois, mais comment? En Ontario, c’est une protestation contre une amende de 75$ pour s’être baladé torse nu (comme les hommes juste à côté d’elle) qui a fait avancer la cause. Lorsque la cour annule la condamnation, cette loi ne peut plus être appliquée pour les autres, se promener torse nu est donc maintenant légal. La réponse est donc… il faut que des femmes courageuses et prêtes à aller contester à la cour, se promènent seins nus en lieux publics. Ville par ville, province par province, les lois changeront au fur et à mesure que des femmes se feront entendre à la cour et verront leur condamnation annulée. Vous avez une autre idée?

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