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Comprendre la différence… ou pas.

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J’ai voulu écrire un texte très scientifique et sortir des statistiques à propos de la déficience intellectuelle pour montrer que je m’y connais pas mal. Cependant, je me suis vite rendu compte que les mots les plus sincères que j’utilise sont ceux qui viennent de moi, juste de moi, pas de Google. J’ai donc laissé tomber les recherches pour déballer mon cœur et vous écrire du beau, à grands coups de vécu.

Laurie-Anne Tremblay
Crédit photo : Laurie-Anne Tremblay

On grandit dans un monde où on nous impose un modèle familial idéal : deux parents qui s’aiment, deux enfants tranquilles (ou quatre si t’es crinqué(e)) et un animal de compagnie qui n’essaie pas de manger les enfants. La vie en rose foncé, rien que du bonheur, qu’ils nous disent. Cependant, il arrive parfois que la réalité soit différente de l’image que la société nous projette. Au milieu d’une famille en santé, on retrouve parfois un enfant avec une déficience intellectuelle, un enfant différent des autres.

C’est le cas dans ma famille. L’une de mes soeurs a une déficience intellectuelle légère, qui lui a été diagnostiquée dès son jeune âge. Je vous mentirais si je vous disais que c’est facile à comprendre, la différence. Ça a toujours fait partie de ma vie, sauf que moi, je comprenais pas ce que ça voulait dire. Ça me faisait peur, ce mot-là. J’ai passé la plus grande partie de ma jeune vie à ignorer cette déficience-là, puisque je pense qu’il était plus facile pour moi de faire comme si elle n’existait pas que de devoir l’expliquer alors que je ne la comprenais même pas moi-même. Différent, ça veut dire quoi, si on est tous censés être uniques à la base? Sauf que plus le temps avançait, plus je commençais à voir que ma soeur n’était pas comme les autres. J’ai fini par développer de l’amertume, j’ai fini par être en colère. J’en voulais d’abord à elle d’être née différente, et donc d’empêcher une relation parfaite entre nous deux, comme celle que l’on a habituellement avec nos frères et soeurs. J’en ai ensuite voulu à mes parents de lui donner autant d’attention, je les ai blâmés pour tout le temps qui lui était consacré, pour tous les drames que sa différence avait créés dans la famille. Dans mes moments de colère, mes parents ont souvent eu à me rappeler que ma soeur avait une déficience intellectuelle, puisque j’avais tendance à l’oublier (encore aujourd’hui, c’est un combat).

Quand j’y pense aujourd’hui, je pense que ma soeur n’est pas un fardeau, pas plus que j’en suis un ou que mon frère en est un. Ma soeur est différente de la majorité de la population, mais elle reste complètement humaine. Elle ressent la joie, la tristesse, la peur, la honte et la colère. Elle sait quand on parle d’elle, quand on ne va pas bien ou quand on la met de côté. Je n’ai jamais été une soeur exemplaire, mais je sais une chose : la différence prend l’importance qu’on lui donne. Il faut pouvoir accepter ce qu’on ne comprend pas et savoir ouvrir nos esprits à ce qui n’est pas commun, car ce qui nous est inconnu n’est pas nécessairement mauvais. C’est juste différent. Pis c’est beau pareil.

Laurie-anne tremblaymarie-andree caron

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