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Mon cher bikini

Mon cher bikini,

Je n’arrive pas à te mentir, à me mentir, à faire semblant : je te déteste. Je redoute tous les ans le moment où vient le temps de te porter. J’essaye de toutes mes forces de t’éviter. Je me dis qu’en remontant suffisamment les manches de mon chandail et ou en roulant mes pantalons, j’arriverai peut-être à te contourner. Mais non, c’est pire : j’ai chaud et je me trouve ridicule. Alors, je m’y résous chaque fois.

C’est complexant de le porter, le maillot de bain. Pourtant, je suis plus souvent qu’autrement le moins vêtue possible, et ce, dès que je franchis le seuil de la porte de ma maison. Le linge, je trouve ça beau sur des cintres dans ma garde-robe. Je préfère arborer le plus grand chandail de mon chum dans mon salon sans rien en-dessous. Je me sens mieux ainsi. Les pantalons, moins longtemps je les porte, mieux je me sens. Je n’ai aucune difficulté avec le principe d’être bien peu vêtue. Alors, pourquoi en faire tout un plat avec ce dit maillot? Pourquoi ne suis-je pas en mesure de l’accepter, celui-là? Lorsque vient le temps d’enfiler ce petit maillot deux pièces, qu’il soit parfaitement ajusté à ma taille ou non, je flanche, j’ai envie qu’il fasse froid pour me voir dans l’obligation de m’emmitoufler dans une grosse laine. Ce n’est pas une question de poids, c’est une question du peu de camouflage qu’il procure.

Pourquoi on se torture de la sorte? Pourquoi est-ce si difficile ? Depuis l’arrivée de toutes ces campagnes qui encouragent la diversité des corps, ne serions-nous pas en mesure de nous accepter, de ne pas nous comparer? J’observe ma sœur qui sait ce que veulent dire les mots « être bien dans sa peau », et tout cela m’apparaît si simple. Pourtant, dans mon cas, il s’agit d’un laisser-aller que je ne peux me permettre, et ce, pour un ensemble de raisons qui m’appartiennent et qui vous appartiennent. La seule chose à retenir est qu’il s’agit d’une perte de contrôle qui est difficile à accepter.

J’ai décidé, cette année, au lieu de me changer, au lieu de me dire « oui, oui, Caro, tu as confiance en toi! », au lieu de me faire bronzer et de maigrir pour me rendre confortable quand sera venu le temps où je n’aurai d’autre choix que de porter ce bikini, au lieu de choisir celui qui me va le mieux, au lieu de faire toutes les « to do list avant de porter son bikini » que suggèrent les magazines, j’ai décidé que c’est le maillot qui allait s’adapter à moi. J’ai choisi le maillot le plus confortable et le plus favorable pour le bronzage. J’ai choisi le maillot dans lequel je suis bien pour faire le ménage, celui avec lequel il va falloir que quelqu’un me dise : « Tsé, il serait peut-être temps que tu penses à l’enlever… » tellement je suis bien lorsque je le porte. J’ai choisi un maillot pas si beau, mais un maillot que j’ai envie de porter. Et le truc, c’est de le porter avec des gens en qui tu as confiance, des gens qui t’aiment et qui vont le faire même si tu n’es pas parfaite. Le truc, c’est de le porter, d’avoir chaud, de manger des pops glacés, de s’amuser, de se mouiller et d’oublier le reste. Porter mon maillot, c’est, pour moi, retomber en enfance, cette époque durant laquelle les complexes n’existaient pas et où je ne pensais qu’à m’amuser et à grignoter.

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