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À bas, la mère parfaite

Je ne t’ai jamais vue en vrai. On parle de toi comme des gars qui passent la balayeuse; t’es une figure mythique que tout le monde aspire à rencontrer. Un genre de modèle ultime pour les mères éplorées qui souffrent du syndrome de l’apitoiement sévère. C’est pas de leur faute, c’est une maladie génétique dégénérative transmise de mère en mère qui les oblige à se sentir coupables à qui mieux-mieux en se comparant à toi, la Sainte-Mère de la maternité.

Je voulais te dire que moi, tu ne m’as pas eue.

Tu sonnes faux avec tes cheveux peignés comme Kate Middleton, habillée à la Katy Perry, en pleine gestion de gastro.

L’odeur de Spic ‘n Span pis de pain frais cuit qui plane chez vous combinée à la netteté de tes planchers laisse présager que t’as accouché d’enfants surnaturels qui ont le pouvoir de léviter à quatre pouces du sol pis de « télékinésier » les dégâts de jus dans l’évier de la cuisine.

Le succès de ta nouvelle recette de poulet-au-beurre-végétarien-de-courgettes-de champignons-de-graines-de-chia-pis-de-sriracha, qui fait l’envie de toute ta marmaille-au-toupette-bien-léché-sur-le-côté-assis-à-la-table-le-dos-ben-droit-dans-leur-tee-shirt-blanc-immaculé, est aussi peu crédible que le « c’est-pas-moi » d’un enfant graissé de chocolat accusé d’avoir engouffré trois cupcakes d’affilée.

Ton air réjoui de G.O.-mexicain-employé-de-l’année te donne une petite teinte jaunâtre quand t’entreprends ta huitième activité dirigée de la soirée, un mercredi de semaine, à grands coups de bricolage, de peinture pis de pâte à modeler.

Ta zénitude a l’air en plastique quand t’expliques à ton dix-huit-mois d’arrêter de garrocher son souper par terre pour la quarante-sixième fois en cinq minutes, en l’enrobant de ta tendresse tout en lui caressant les cheveux.

L’impassibilité de ta face au vingt-cinquième « on-arrive-tu-bientôt » me laisse croire que ton dernier lifting remonte à la semaine passée.

Ton sens de l’écoute perpétuelle avec tes grand yeux verts disponibles en toutes circonstances me confirme que tu viens d’une planète où les responsabilités, les soucis du quotidien pis les semaines de travail qui rentrent dans le corps n’existent pas.

Pis le ton de ta voix toujours égal, éternellement posé pis surchaleureux, laisse présager une infection au streptocoque sévère.

Tu ne m’as pas eue. T’es ni un modèle, ni un idéal à atteindre.

T’es ni plus ni moins qu’une figure intangible à jeter aux poubelles au profit de la sienne.

Parce que le vrai luxe, c’est d’être soi-même, coûte que coûte et pour le meilleur et pour le pire. Je te dis à bas, la mère parfaite.

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